En colère, les agriculteurs déversent leur ras-le-bol dans Dijon

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Ils se disent incompris, accablés par les contrôles et les réglementations. Les agriculteurs de toute la région défilaient à Dijon, mercredi 5 novembre. Un rassemblement prévu de longue date pour alerter aussi bien les politiques que les consommateurs sur l’état de la profession.

Plusieurs centaines d’exploitants et de tracteurs dans la rue

Quatre pommes de terre et quatre oignons dans un petit sachet en papier. Ce n’est pourtant pas jour de marché à Dijon, mais à l’arrière du cortège, plusieurs agriculteurs distribuent ces précieuses victuailles aux passants. À l’intérieur, un petit papier vert pour inciter les clients à consommer français. “C’est la seule façon de sauver l’agriculteur”, promet celui qui en assure la distribution. “Les grandes surfaces prennent une marge très conséquente, il faut leur mettre la pression”.

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FNSEA et Jeunes agriculteurs sont tombés d’accord sur la date tout en appelant au calme. “Je reçois un SMS du préfet toutes les cinq minutes”, note , président de la FRSEA. Devant le conseil régional de Bourgogne pourtant le ton va commencer à monter. Les agriculteurs souhaitaient voir , mais le président PS du conseil régional de Bourgogne ne l’entend pas forcément de cette oreille. “Nous irons le chercher par la peau du cul s’il le faut”, lance un agriculteur monté sur une remorque.

À l’étage, l’ancien ministre de l’Agriculture a entendu ses allégations. Quand une délégation va à sa rencontre, il s’offusque : “Je ne cède pas à la pression de la rue. Vous voulez me faire descendre pour me huer alors que je vous propose de vous recevoir démocratiquement dans mon bureau”. “La démocratie pour un paysan c’est la rue, c’est être sur le terrain”, lui répond un membre de la délégation.

Pendant ce temps-là, plusieurs dizaines d’agriculteurs ont réussi à pénétrer dans le hall du conseil régional. Finalement, chaque parti tombe d’accord pour discuter dans la salle des séances, pour peu que cela se fasse dans le respect de chacun. “Je comprends et j’accepte la colère qui est la vôtre”, assure François Patriat après s’être fait huer. “Je n’ai pas voté le Grenelle de l’environnement, je me suis toujours opposé à l’écotaxe. Je tiens tête aux environnementalistes sur plusieurs sujets”.

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Climat tendu

Dans l’assemblée, comme à l’extérieur, le ton monte. “Nous ne sommes pas des pollueurs. Si vous voulez une révolte, si vous voulez une révolution, vous allez l’avoir. Nous voulons des actes”, lâche Patrick Bruandet, agriculteur à Nolay. Un autre d’ajouter : “En 1789, nos ancêtres ont guillotiné des monarques, devrons-nous guillotiner des énarques ?”.

“J’ai bien conscience que j’incarne pour beaucoup la ruralité et je veux bien être celui avec qui vous discuter”, répond François Patriat. Depuis 2014, les régions de France ont dorénavant, en tant qu’Autorité de gestion, la responsabilité de la mise en œuvre, l’application et le suivi du Fonds européen agricole et de développement rural (Feader), le second pilier de la politique agricole commune. Sur les 553 millions d’euros alloué à la région, François Patriat promet que 495 iront directement à l’agriculture. Les exploitants demandent aussi des garanties quant à la révision du classement des zones vulnérables aux nitrates. Près de 4 000 communes supplémentaires sont désormais classées.

À l’extérieur, les agriculteurs qui n’ont pas pu rentrer s’impatientent. La rencontre s’écourte et la manifestation décide de se diriger vers la direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal) afin de rencontrer le préfet de région, Eric Delzant. Dans le cortège, on peut lire que “l’agriculture est en deuille” (sic) et même croiser un motard casqué et portant un masque de François Hollande. À peine sont-ils arrivés devant les grilles de la Direction que la situation commence à dégénérer. Dans les remorques, paille et fumier attendaient, au cas où. Ils seront déversés pour constituer un grand bûcher. La victime ? Ségolène Royal, l’actuelle ministre de l’Environnement. Son mannequin sera brulé alors que des pommes de terre et des oignons sont déversés sur la voie publique.

La veille, la ministre a pourtant promis, dans un communiqué, d’éviter les contraintes injustifiées. “Le revenu médian est de 17 000 euros par an”, s’alarme un cultivateur. “Cela signifie que les jeunes, qui ne représentent que 10% de la profession, peuvent ne toucher que 10 000 euros par an”. En guise de bonne foi, Stéphane Le Foll, le ministre de l’Agriculture, a promis de publier un guide pour favoriser l’achat de produits alimentaires français dans les marchés publics. Le patriotisme alimentaire pour sauver l’agriculture ?

Les commentaires sont clos.

  1. “Je n’ai pas voté le Grenelle de l’environnement, je me suis toujours opposé à l’écotaxe. Je tiens tête aux environnementalistes sur plusieurs sujets”. C’est vrai ? Il a dit ça ? Quel con ce type !

    Pendant ce temps là, à quelques centaines de mètres, un agriculteur comparait devant le tribunal parce qu’il a refusé l’année dernière de mettre des pesticides. Cet agriculteur est soutenu par les citoyens.
    Messieurs les agriculteurs, vous voulez qu’on achète français? Alors, proposez du bio et vous aurez le soutiens de milliers de personnes !

    dijon-ecolo le mercredi 5 novembre 2014 à 19h00

  2. le conseil général vient de leurs donner 15000 euros sur 5 ans

    wad le jeudi 6 novembre 2014 à 6h39

  3. et la mairie socialiste porte plainte contre les dégradations de ces parvenus de l’union européenne? Ah non j’oubliais les socialistes il suffit de verser du fumier su leurs pompes pour avoir droit d’audience avec danse du ventre etc.
    Quand les cons et les pleutres se retrouvent ça donne ça…

    Didier21 le jeudi 6 novembre 2014 à 9h49

  4. Magnifique réplique :
    “En 1789, nos ancêtres ont guillotiné des monarques, devrons-nous guillotiner des énarques ?”
    Ça a du jeter un froid chez les élus. Un grand bravo à ce paysan !
    Et tout ce que Patriat trouve à répondre c’est : “Je comprends et j’accepte la colère qui est la vôtre”, qui est une phrase totalement creuse. Le retour du réel va faire mal !

    Jean le jeudi 6 novembre 2014 à 10h09

  5. Dire que ce sont les gendarmes qui ont accompagné le cortège (y compris sur l’autoroute)… pour en arriver à ce faux dialogue. La République doit être forte, la loi est la même pour tous, et aucun groupe de pression ne doit pouvoir accaparer le pouvoir ou faire pression en dehors des règles qui prévalent concernant le droit à manifester. Il faut réprimer les excès, les abus de toutes les corporations ou groupes d’intérêts, et sévèrement, sinon, la porte est ouverte à l’anarchie, et la répression de petits casseurs n’a plus aucun sens.

    andorcet le jeudi 6 novembre 2014 à 11h04

  6. Et si justement un peu d’anarchie pouvait remettre les choses en place? Un bon coup de pied dans la fourmilière?
    Une révolution, quoi…

    CamilleG le jeudi 6 novembre 2014 à 12h35

  7. Pauvres chéris , accablés par les contrôles et réglementations!
    J’en déduis qu’ils veulent des subventions sans contrôle…
    Quant à la réplique citée par Jean, il faudrait revoir précisément la place des paysans dans la Révolution. Ils ne souhaitaient pas l’abolition de la monarchie, mais s’élevaient contre les privilèges et les charges qui pesaient sur eux. Ils n’ont donc pas poussé les monarques à la guillotine.
    Je ne dis donc pas bravo à ce paysan, mais l’invite à réfléchir pour qu’il affute ses slogans.

    Observateur le jeudi 6 novembre 2014 à 20h03

  8. Je suis natif de Saône et Loire en milieu rural,Messieurs les agriculteurs , vous n’avez même pas le respect pour votre propre travail ! ! J’achète des légumes Bio et je ne jette rien , rien . Vous voulez qu’on vous aime , alors allez distribuer vos légumes aux nécessiteux au lieu de les jeter .Non seulement vous polluez les campagnes , mais les villes en plus ? Qui paye les dégâts que vous faîtes ?Gardez votre fumier , il peut vous être utile au lieu de vos poisons en poudre.Un agriculteur voisin dans mon pays natal se vantait d’avoir acheté une nouvelle voiture avec l’impôt sécheresse en 1976 , pas pour compenser ses pertes… Combien de dérives depuis cette date , d’aides distribuées à tort et à travers ! Allez un peu travailler avec les sans terres au Brésil , là vous pourrez beugler comme vos bovins !

    Calorix le jeudi 6 novembre 2014 à 23h29

  9. Francis Letellier, président de la FRSEA Bourgogne “tout et son contraire” :
    – il veut que les collectivités achètent français alors qu’il veut les aides à l’export…
    – il est contre les circuits courts et les AMAP (cf. son discours de fin de manifestation) alors que les agriculteurs ont distribué des oignons et pommes de terre aux dijonnais durant la manifestation…
    – il dit en avoir marre de la biodiversité, des cultivateurs bio, càd ceux qui ne représentent que 3% et recoivent trop d’aides (selon lui) et que lui représente les 97% (cf. son discours de fin de manifestion)
    Allez comprendre quelle agriculture défend ce monsieur… Ne veut il que faire croire qu’il la défend… (et la dessert au final).

    Alexandre le vendredi 7 novembre 2014 à 1h34

  10. Alexandre : tu oublies qu’il critiquait aussi l’agroécologie et la plantation des haies, et pourtant bien des agriculteurs en font. Il ne représente pas les agriculteurs, c’est certain.

    Phil le vendredi 7 novembre 2014 à 9h16

  11. Ces types ne récoltent que notre mépris ! la FNSEA est un ramassis de pollueurs influents, son chef, Xavier Beulin, est l’une des plus grosses fortunes de France. IL faut les combattre, non seulement pour cette histoire de ragondins, mais pour tout le reste : pollution généralisée des eaux et des terres, algues vertes, destruction des haies, forêts, destructions des sols et inondations, pollution de l’air (pesticides et oxydes d’azote), ferme des 1000 vaches et méga porcheries/poulaillers. Enfin, ce sont les fossoyeurs de la ruralité, en soutenant les aides aux grosses exploitations et en écrasant les petits paysans.

    soleil vert le vendredi 7 novembre 2014 à 10h45

  12. Honte à ce pouvoir lâche avec les forts et fort contre les faibles : des militants anti-corrida ont écopé de 6500 € d’amende pour “manifestation interdite” (Rion-des-Landes, 2013). Les cultos peuvent dégrader, détruire le bien public, ils savent qu’ils ne risquent rien. D’ailleurs, ils ont devenus des agrimanagers, les paysans, les vrais, ont disparu de nos campagnes dévastées. ceci dit, et heureusement, les citoyens ne sont pas dupes, des centaines de commentaires sur Facebook sur les pages de la FNSEA, pour leur dire ce qu’on pense de leurs pratiques. Quel dommage que personne à Dijon, par crainte, n’ait réagi contre eux !

    soleil vert le vendredi 7 novembre 2014 à 10h51

  13. GROSSO MERDO :

    1) Les agriculteurs dans les rues
    2) Les ventes d’armes à l’exportation en hausse de 43 %
    3) Les bobos dans les champs
    4) Les schizo-paranoïdes des formulaires et du dossier cloîtrés dans les bureaux
    5) Les salariés pressurisés en révolte
    6) Les futurs Kerviel à la finance et à la comptabilité
    7) Autres

    Bref : CHOISISSEZ VOTRE TRIBU

    Ness39 Tee le samedi 8 novembre 2014 à 13h00