Premier jour au musée

2013-09-culture-inauguration-musee-beaux-art-aurelie-filipetti-pleurants-JJ-miroir-268

Samedi 7 septembre, il est pratiquement midi. La pluie s’abat sur Dijon, le temps est grisâtre. Dans une heure, le musée des Beaux-Arts sera ouvert au public. Mais y a-t-il seulement du monde prêt à s’aventurer dehors et répondre présent à un rendez-vous qui se voulait avant tout populaire ?

Braver la pluie

Avant de se rendre à la cour de Bar, il faut alors traverser la rue de la Liberté et zigzaguer entre les tas de fumier de chevaux. Oui, il y avait du monde prêt à braver la météo. La longue rue se voit à moitié bouchée par des blocs de parapluies multicolores. Au loin, une musique résonne. En se rapprochant du palais des Ducs, la place de la Libération se dévoile avec une scène aménagée pour un groupe de pop-rock. Une centaine de personnes s’agglutinent devant. Plus tard, ce sera une troupe de troubadours déguisés en gueux du Moyen-Âge qui prendra la relève, avec des sketchs de rue. Mais pas de trace du ou des chevaux.

Photo Jonas Jacquel

Photo Jonas Jacquel

En pénétrant dans la cour de Bar, on saisit l’importance pour les Dijonnais de répondre présent à l’ouverture du musée. Ils sont plus d’une centaine à faire la queue. Oui, mais pourquoi ? Il n’est que midi et l’ouverture au public est prévue pour 13 heures. “Cette file, c’est pour suivre François Rebsamen et Aurélie Filippetti pendant la visite inaugurale”, explique Régine, qui s’est mise à l’abri du côté du bar de la cour, qui n’ouvrira qu’à 18 heures. “Mais moi j’attends l’ouverture au public. J’ai beau avoir mon carton pour rentrer, les discours me barbent”.

La file s’écoule très lentement, seule une poignée rentre à l’abri dans le musée des Beaux-Arts toutes les 5 minutes. La pluie fait rage et vient à bout de la patience de plusieurs groupes. D’autant plus qu’un officiel vient expliquer que le programme sera retardé et qu’il faudra attendre encore un peu avant de rentrer pour les chanceux qui ont le ticket d’or imprimé par la mairie. “Ma femme est actuellement à l’intérieur, mais moi je n’ai pas d’entrée. Alors je l’attends et je la rejoindrai à l’ouverture”, raconte calmement un homme à l’abri. À côté de la queue immobile, une estrade où devait avoir lieu auparavant une animation se défait dans un silence assez pesant. Une légère impression que la fête s’est finie dans le flou.

2013-09-culture-inauguration-musee-beaux-art-aurelie-filipetti-pleurants-JJ-miroir-368

Photo Jonas Jacquel

La curiosité comme moteur

Il est bientôt 13 heures, la cour s’est petit à petit vidée… jusqu’à ce que le chapiteau de France 3 Bourgogne reprenne vie avec l’arrivée sur le plateau du sénateur-maire de Dijon et de la ministre de la Culture. Les badauds arrivent nombreux, des guides touristiques anglais et allemands traînent dans leur sillage des groupes étoffés. Surtout, la file d’attente pour l’ouverture publique se forme. Et quel engouement ! Comptez un quart d’heure, à partir du porche d’entrée, et quelques escarmouches de baleines de parapluie pour enfin visiter le musée révélé.

Nous voilà enfin dans la salle des Tombeaux, une des premières étapes du nouveau parcours. “Ce sont les petits bonshommes, les Pleurants ?”. Certains les découvrent pour la première fois, d’autres s’émerveillent toujours autant de la beauté des œuvres. Mais pour tous, une raison commune de faire la visite : “la curiosité”. “J’attendais avec impatience la réouverture. J’adore les musées, dès que je visite une ville c’est ce que je fais en premier. En plus, je suis Dijonnaise, alors j’étais obligée…”, témoigne une quadragénaire. La curiosité, mais pas que, certains sont tirés par le col : “Je viens uniquement parce que j’accompagne ma femme. Moi, les musées…”.

Toujours est-il qu’il en ressort une bonne impression sur cette nouvelle salle des tombeaux, “beaucoup plus lumineuse et agréable” que dans sa précédente version. Les couloirs sont bondés, “on ne sait pas trop comment se diriger”, signale une vieille dame excédée. “On est en train de chercher la sortie, elle est où ?”, en demande une autre aux hôtesses présentes. Néanmoins, le musée ne désemplit pas. Mieux, les gens s’attardent systématiquement devant chaque tableau pour en discuter.

Musée révélateur

Une autre salle a du succès, celle des armes du Moyen-Âge. Une petite fille demande à son père comment fonctionne ce qu’elle pointe du doigt, une arbalète. Il se fait un plaisir de lui expliquer, rajoutant que “l’arbalète transperçait de part en part ses cibles, même si les ennemis portaient une armure”. Il lui expliquera également comment manier les épées à deux mains et leur utilité pour transpercer un homme.

À l’étage, des jeunes s’amusent à imaginer des histoires à la poignée de Pleurants exposés individuellement. “C’est bien de les voir de si près”, lâche un touriste anglais, “ils sont remplis de détails”. Dans une autre salle, les vitres donnent sur l’église Notre-Dame. “Je n’avais jamais aussi bien vu le Jacquemart, il est splendide”. Plus qu’un “musée révélé”, c’est surtout un “musée révélateur” de l’engouement des Dijonnais pour sa culture et son histoire.

Les commentaires sont clos.