Slow Food : petite virée au salon mondial du goût -Terra Madre de Turin

2014-10-slow-food-salon-curt-gibbs-cc

” Bientôt, au lieu de se souhaiter bon appétit, on se souhaitera bonne chance “, c’est en une courte phrase que l’un des penseurs de la nouvelle agriculture résume la menace que font peser les additifs chimiques sur notre alimentation quotidienne.

Pesticides, engrais, perturbateurs endocriniens et nourriture industrialisée, vidée de ses bénéfices, voilà ce qui inquiète aujourd’hui le consommateur français. Consom’acteur ou simple citoyen atteint brutalement d’une maladie (auto-immune, cancer, etc), chacun trouve une bonne raison de raccrocher avec la cuisine du potager de grand-mère.

Contre le fast-food, s’installe donc peu à peu l’idée d’une slow food (une nourriture saine, bonne et juste dans sa production) – un concept qui n’est pas récent puisqu’il a été imaginé par Carlo Petrini au début des années 1990 en Italie. En 2004, ce sociologue et critique gastronomique a lancé un salon, Terra Madre, rassemblant à Turin, 5000 producteurs du monde entier, issus de 150 pays.

Depuis, le salon a grossi et marche main dans la main avec le salon du goût de Turin. Le Miroir est allé tester cette foire gastronomique atypique…

Périple

Pour aller à Turin depuis Dijon, inutile de dire qu’il faut avoir les crocs, avoir la dalle, bref avoir faim. Parce que cinq heures et demie de voiture, ça ne s’improvise pas, ensuite, parce que le Salon Slow Food est tellement riche qu’il faudrait certainement toute une vie pour goûter chaque produit exposé. Ici, des producteurs du monde entier affichent leur amour pour la terre nourricière – et (surtout) pour la bonne chère.

De Dijon, suivez Grenoble, puis direction le tunnel de Fréjus après lequel on s’arrête pour un café à Susa (Italie) afin de prendre l’air sur le pont qui franchit le Fiume Dora Riparia, éclairé par une lumière printanière alors que Dijon vit ses premières heures d’automne. Arrivé au Lingotto di Fiere (l’équivalent du Parc des Expositions de Dijon), on souffle à nouveau avant de franchir les portes de l’immense complexe labyrinthique.

La première impression est la même qu’à Dijon – sans l’odeur lourde toutefois. Des stands sont installés à perte de vue, et une foule plutôt dense se promène, verre à la main et serviette au bout des doigts pour tamponner le bout des lèvres. Mais que dégustent-ils donc ?

Des bières artisanales déjà. Nombreuses, à croire que l’Italie s’est mise en tête de voler la vedette à l’Allemagne. Fini les packs de douze aux marques bien connues, on découvre avec chaque producteur une note nouvelle et une philosophie différente. Star aussi des étals, c’est bien entendu l’huile d’olive. Les Italiens cultivent le cliché à raison, on les déguste sur le bout des doigts avec un gâteau sec. Dense, non filtrée, revisitée, elle est l’un des débouchés pour les olives décidément créatives sur ce salon : panées et avalées en apéritif ou réduites en tapenade aromatisée de toutes sortes. Parmi les grands classiques, on retrouve également des rayons de jambons crus venus de toutes les régions.

Venus d’Emilie Romagne, on croise pâtes fraîches artisanales, pesto et laboratoire des fromages ; de Ligure, l’huile, le chocolat et la tome ; du Trentin Haut-Adige une série de distilleries ; de Vénétie, des tortellini, du riz et des pâtisseries ; et puis de la mortadelle des Abruzzes, du café et du Campari de Lombardie, des associations d’apiculteurs du Piémont, du prosciutto de Toscane..

Le Salon du goût, c’est donc une bonne occasion pour les Français de booster leurs connaissances de la cuisine italienne – pays aux innombrables dialectes. On découvre aussi du côté de la Sicile, les Arancini, ces boules de risotto panées fourrées de viande hachée à l’apparence de grosses oranges (d’où leur nom). On goûte aussi les Cannolis, ces pâtisseries à la ricotta – c’est un rouleau de pâte au marsala et au cacao, frit et garni de crème à la ricotta sucrée et parfumée à la vanille. Idéalement, quand on ne connaît pas, le mieux, c’est de tester.

Entre un et 3 euros, vous mangerez sur le pouce, plat par plat, entre 5 et 10 euros, vous pouvez prétendre à un repas : Minestrone paysan ou sushis maison du côté du Japon. Pour zéro euros, vous goûterez de tout. Mais le plus intéressant est à suivre.

Le Salon accueille un vaste espace dédié à la street-food semi-gastronomique. On redécouvre ici tout ce que la société du fast-food avait oublié : le Kumpir turc (cette pomme-de-terre réduite en purée crémeuse et garnie d’ingrédients frais) revisité par Poormanger, les brochettes de saucisse siciliennes – sorte de paupiettes cuite sur le feu, entre autres – appelées Bombetta.

En face, un forum est dédié aux vins italiens, toutes les régions sont représentées. Rouge, blanc, rosé ou pétillant et bio, les bouteilles sont classées en fonction de leur prestige et dégustées au verre. Dans le dernier espace, on croise tous les pays du monde (ou presque) et à défaut de rencontrer des Bourguignons (alors que sont présents les Bretons et les Basques), on s’émeut devant un Epoisses bien fait, calé entre ses congénères français dans un présentoir réfrigéré. Bien entendu les Japon, Liban, Algérie, Burkina Faso, Argentine, Brésil, Chine, Arménie, Équateur, Bulgarie sont entre autres représentés. Chacun est venu avec une spécialité artisanale, des graines, parfois, à essaimer dans le monde pour sauver l’espèce, à replanter dans son jardin.

Ce salon du goût accueille des espaces “Terra Madre” en son sein, l’initiative Slow Food. Entre reconstitutions de jardin type permaculture, vente de graines ou productions agricoles, ce forum parallèle de rencontre pour les artisans de la terre (mère) de demain propose également la nourriture de l’esprit avec une bibliothèque mais aussi d’innombrables conférences tout au long des 5 journées, multilingues. L’événement tente de semer l’idée qu’une autre façon de se nourrir est possible sans tirer un trait sur le plaisir de (vraiment) bien manger.

Les commentaires sont clos.

  1. En lisant votre article, on voit que ce que vous avez visité est le Salone del Gusto, un salon gastronomique, et non pas Terra Madre, la manifestation parallèle qui n’est pas un salon mais plutot une rencontre pour favoriser les echanges entre agriculteurs.

    Mike Tommasi le lundi 3 novembre 2014 à 13h49

  2. Marion Chevassus

    Bonjour et merci de votre intérêt pour le Miroir, certains passages ont été clarifiés. Excellente journée.

    Marion Chevassus le lundi 3 novembre 2014 à 14h08