“Sous-investir dans la culture est une très mauvaise manière de préparer l’avenir”

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Dans le Miroir Magazine n°6, , directeur du Théâtre Dijon Bourgogne () trace les enjeux de l’art, et notamment le spectacle, pour le futur. Une interview passionnante où le théâtre apparait comme une solution possible pour mieux appréhender le présent.

La saison 2013-14 a marché du feu de dieu au Théâtre Dijon Bourgogne. A quoi attribuez-vous cet engouement ?

Je pense que nous avons fait découvrir des choses nouvelles. Cela génère fatalement de la curiosité. Nous avons enregistré 30 000 spectateurs dans les salles l’année dernière, ce qui, compte tenu de nos jauges est exceptionnel. La fréquentation du festival Théâtre en Mai a quasiment doublé. Et la plupart des spectacles que nous avons présenté l’année dernière étaient très pleins.

Cela raconte une chose très simple, il me semble, c’est que comme disait mon maître Pierre Debauche, le théâtre est une idée neuve en France. C’est à dire qu’on est pas du tout au bout du compte de la décentralisation. On a un chantier immense devant nous. Des tas de gens vont devenir des spectateurs… et ils ne le savent pas encore. Je pense que c’est le démarrage.

Le théâtre public est donc encore un chantier ?

Je pense qu’on n’est qu’au début de la compréhension du service qu’on rend de la présence de l’art vivant sur les territoires. On a souvent l’impression que la démocratisation culturelle a échoué. L’accusation sur la sphère culturelle me laisse toujours un peu perplexe. A l’heure qu’il est, on sous-investit dans le secteur de la culture et c’est une très mauvaise manière de préparer l’avenir.

Et cela me terrifie d’autant plus dans la situation politique de notre pays : des menaces – pas du tout anecdotiques – viennent de ce que la radicalisation emporte d’un seul côté (de l’extrême droite), du côté d’un conservatisme en matière de mœurs, de politique. Or mes missions de directeur de centre dramatique national (CDN) ont été imaginées dans l’idée même de République, dans le conseil national de la Résistance de 1945 (CNR). Nous essayons donc à l’inverse de travailler à la libération et à l’émancipation des gens.

Comment le théâtre peut-il être un vecteur puissant de cette liberté dont vous parlez ?

Je passerai par un détour pour vous répondre. A quoi avez-vous pensé ce week-end ? Une chose est sûre, il y a une chose à laquelle vous n’avez pas pu ne pas penser, sauf si vous êtes resté enfermé chez vous, que vous avez éteint tous les médias. C’est le retour sur la scène politique de l’ex-président Nicolas Sarkozy.

Considérez-vous cela comme un événement ? Moi non. Mais une chose est sûre, c’est que cet événement est rentré dans notre psyché. Vous auriez pu faire tout ce que vous vouliez, vous ne pouviez pas l’en empêcher. Même si vous n’avez pas envie de le savoir, vous le savez. C’est un phénomène étrange, d’autant plus étrange que les canaux d’information se sont démultipliés avec internet.

Cette démultiplication a généré un phénomène étonnant, c’est une hypersynchronicité. Tous ces médias différents les uns des autres sont tous synchronisés.

Les commentaires sont clos.

  1. YEEESSSS TDB brille la night!Fuck the dette, viva Caroussel aquatic parc en 2018

    BM.21 le mardi 9 décembre 2014 à 17h05