“Qu’est-ce que le théâtre ?” Notre triple critique du spectacle du TDB

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L’entrée en matière pour la saison du TDB est courte (55 mn), fulgurante et drôle. L’équipe du Miroir a choisi de livrer ses propres émotions à propos d’un duo d’acteur mis en scène par Benoît Lambert, directeur du , qui s’est mis en tête de faire franchir aux novices les portes du théâtre. Bienvenue dans la salle Jacques Fornier pour la pièce “Qu’est-ce que le Théâtre?” joué par Nathalie Matter et Pierric Plathier.

Au programme de cette conférence atypique, coaching et psychologie copié sur les techniques des entreprises les plus performantes de notre monde globalisé.

Marion : Joue là comme TedX

Le monde bouge, les techniques de persuasion évoluent. Pour vous convaincre des atouts du théâtre, hier, on vous aurait distribué un fascicule en couleurs, aujourd’hui, on propose la conférence façon TedX, une sorte de stand up persuasif, joué par deux comédiens en costume-chemise. Parce que quand deux professionnels analysent avec sérieux la méthode qui vous fera aimer (enfin) le théâtre, à l’aide de moyens mnémotechniques, comme pour les formations powerpoint, la structure dit banco, le TDB signe, stratégie marketing oblige… Les temps sont durs, il faut être agressif, si on veut un public. S’en donner les moyens, en finir avec la frivolité.

Grâce aux deux excellents et énergiques acteurs, à leur discours qui déjante à mesure qu’il se déroule, grâce à cette caricature pseudo-psychologique, le théâtre apparaît sous un jour différent. Non plus comme un outil de culture rébarbatif et obligatoire, mais comme un instant précieux de récréation pour l’esprit. On comprend enfin ce que les acteurs ont derrière la tête quand ils jouent, emportés par leur propre passion du jeu et transportés par leur rapport avec l’audience. Avions-nous peur de rentrer dans une salle de théâtre, de risquer l’embolie pulmonaire, coincé entre deux sièges, de ne pas être assez bien habillés, de ne pas pouvoir tousser ?

Qu’à cela ne tienne, on sort de cette heure de démonstration en riant, le cœur léger.

Lilian : Briser les tabous

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“Si vous êtes ici ce soir, c’est que vous avez un problème avec le théâtre”. Dès la première seconde du spectacle, on comprend l’intitulé pédagogique de la pièce. Pas de scène, des comédiens interpellant directement le public, nous voilà débarqués dans un véritable training à l’américaine. Paperboard et graphiques en camembert à l’appui, deux présentateurs au bagou commercial digne d’un concessionnaire automobile assurent le séminaire de motivation.

Quant à nous, public, si nous sommes là ce soir, c’est pour incarner le Français moyen. Et de la motivation vis à vis de la pratique du théâtre, à en croire les chiffres officiels, il en a bien besoin. Il cultiverait même un véritable problème avec celui-ci. Un art qu’il ne comprend pas, qu’il boude, voire provoque en lui des montées d’angoisse, avant de le rejeter par des arguments tous plus fallacieux. On s’y emmerde, on est mal installés, et les pièces modernes n’ont aucun sens. Mais plus encore, le pays se divise en deux camps. Car en face, dans celui des “intellos cultureux”, on retrouve le même dédain pour les classes qui ne daignent pas élever leur esprit par la fréquentation régulière d’une salle de théâtre.

Pendant près d’une heure, dans un argumentaire s’appuyant et se moquant de cet état de fait, nos deux animateurs, rompus par l’envie de nous convaincre, vont ainsi tenter de dépasser nos angoisses. D’abord par quelques boutades faciles, mais surtout en démontrant par le jeu et le commentaire le formidable tour de force qu’est la pratique de la comédie qui, combinée à la magie des mots, parviennent à faire voyager le spectateur n’importe où, dans n’importe quelle époque, et vers n’importe quel sentiment. Sans aucun autre artifice.

Initialement destiné aux scolaires et aux néophytes, le petit spectacle moqueur d’autopromotion qui nous est joué là, s’il ne parvient pas à nous abonner pour l’année, a le mérite de briser les tabous et de bien nous faire rire. Mais à la fin, a-t-il rapproché les deux camps ? Si nous rions des clichés véhiculés par les allergiques du théâtre et si nous sommes d’autant plus présents de notre plein gré à cette représentation, ne sommes-nous pas déjà dans le camp adverse ? En s’adressant à un public volontaire, donc déjà conquis, nos deux VRP ne sont pas allés démarcher de nouveaux clients.

Mais par l’autodérision, ce spectacle a le mérite de prouver que le théâtre – et en particulier celui de Benoit Lambert – n’est pas si austère et désuet, qu’il a conscience de l’extraordinaire travail d’ouverture et de communication qu’il lui reste à faire. Une introduction de saison prometteuse.

Aurélien : Théâtre à jouer partout

“Qu’est ce que le théâtre” : du théâtre, rien que ça. La simplicité, la sobriété et l’importance fait au jeu prouve que cette pièce est une réelle œuvre de spectacle vivant. Ils sont deux, ils nous font rire, ils nous détendent et nous surprennent. Prêt à nous démontrer, prêt à nous expliquer, ils se travestissent par leur talent de comédien.La force du jeu, et l’absence d’artifice nous place en face à face avec ces acteurs, libres de leurs mouvements, libres d’être autres qu’eux mêmes.

Benoit Lambert nous présente là son “théâtre à jouer partout”, mais, ajoutons, pas par n’importe qui. Les comédiens, survoltés, nous donnent magistralement la réplique, à nous spectateur, acteurs de cette supercherie, un étrange exposé sur la “définition du Théâtre”. On est pris au piège dans cette démonstration quasi mathématique, gérés par deux communicants adeptes des techniques de coaching. Cet exposé nous concerne, il nous montre du doigt, nous, piètres spectateurs, mauvais public, qui sommes parfois tentés de nous endormir dans les salles de théâtre.

Les commentaires sont clos.

  1. J’ai assisté au spectacle grâce au miroir mag d’ailleurs…1h de pur bonheur…très drôle…merci encore le miroir.

    Anonyme le jeudi 23 octobre 2014 à 18h27