“Y a plus d’saison”, le vrai du faux

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L’été s’achève sur un mois de septembre très chaud. Mais, il n’en a pas été de même tout au long de la saison. Entre inondations, tornades, grêles et chaleur étouffante, la saison fut assez agitée.

La raison ? “C’est qu’il n’y a plus de saison, ma bonne dame !”. Ah oui, vraiment ? Si en se promenant au marché de Dijon on apprend qu’avant “le temps était plus stable”, qu’est-ce qui a alors changé ? , prévisionniste à Dijon pour , fait le point.

Vrai : “Cet été était mi-figue, mi-raisin”

“On a eu un été à deux faces, et la moins bonne a duré plus longtemps”, lance à son client un vendeur derrière son étal. Pas vraiment, à en croire François Lequeu : “Sur l’ensemble des trois mois de juin, juillet et août, ce que l’on appelle l’été climatologique, les températures ont été supérieures aux normales”. Avec une moyenne de 20 degrés, l’écart par rapport aux normales et à peu près d’un degré. Il est vrai que le mois de juin était plus chaotique, “les épisodes orageux étaient violents, preuve en est avec la tornade qui a touché le Chatillonais”. D’autant plus qu’en mai, les crues de plusieurs rivières ont sensiblement marquées les habitants.

Pourtant, pas de quoi dramatiser non plus. “Notre été fut ensoleillé, on a cumulé près de 600 heures de Soleil sur les 3 mois”. Une donnée brute difficile à percevoir, mais elle représente une hausse de 70 heures par rapport aux étés habituels. “Une valeur assez élevée”, concède le prévisionniste. “Ça tombe bien, le premier semestre de l’année était très peu ensoleillé, cet excédent vient compenser ce manque”. Toutefois, rien d’exceptionnel non plus : “en 1949, l’été climatologique a offert plus de 1.000 heures de Soleil”.

Indéterminé : “On a détraqué la météo”

Du côté des agriculteurs, l’été 2013 n’a pas fait l’unanimité, notamment à cause des orages qui ont détérioré les cultures et les vignobles. Entre “10 et 90% des vignes de Beaune ont été touchées” (Lire ici France 3 ). Vendredi matin, devant les Halles, certains vendeurs se plaignent de la pousse tardive des tomates, “décalée de plusieurs semaines. Mais vous savez, tout ça, c’est parce qu’on a balancé pleins de machins dans l’air”.

Le réchauffement climatique peut-il être lié à ces phénomènes climatiques extrêmes ? “C’est toujours un peu délicat d’en parler”, explique François Lequeu, “on n’a toujours pas fait le lien entre ces phénomènes violents et le réchauffement climatique”. Néanmoins, la montée des températures est “constatée depuis les années 80, sans qu’il n’y ait d’évidence concrète avec tel ou tel événement sur un endroit du globe. Et c’est valable pour la Bourgogne”.

Il s’aventure malgré tout : “Quand on regarde dans le passé, il y a eu des événements similaires, mais un peu plus disséminés dans le temps. Là, on a eu une succession d’épisodes assez remarquables. Fin avril-début mai, il y a eu les crues de rivières, on n’avait pas vu ça depuis 1965 avec l’Ouche à Dijon. Juin, la tornade, et puis juillet de gros orages de grêle sur Beaune, notamment. Ces événements sérieux étaient plus nombreux que la normale”.

Faux : “Il n’y a plus de saison”

Bon, et cet adage populaire, vrai ou faux ? Pour François Lequeu, “notre mémoire est sélective et donc on ne se rappelle pas forcément des excès du climat”. Cependant, pour un des marchands présents “les saisons étaient beaucoup plus stables que de nos jours. J’ai souvenir que la météo était beaucoup plus clémente”. Pour le prévisionniste, “c’est juste que le climat change au cours du temps : on parle de variabilité du climat. D’une année à une autre on a pas les mêmes séries et amplitudes de températures”.

Comment de tels écarts se justifient ? “Tout dépend des courants d’air en altitude et des anticyclones. Notre climat est tempéré, c’est une lutte perpétuelle entre de l’air froid qui vient du Nord et de l’air chaud qui vient du Sud. D’une année à une autre les climats changent beaucoup”. Et de citer un exemple, un grand écart d’un été à l’autre. En 1976, “l’été était très beau et très sec”. Et l’année suivante ? “Il était pourri, avec des averses à répétition”.

Finalement, cette variabilité du climat permet-elle une météo typique sur la région ? “Pas vraiment”. Il réfléchit un court instant avant de rajouter que “par le passé, les hivers étaient assez froids”. Or, entre les années 80 et 90, “ils étaient plutôt doux, à tel point qu’on se demandait si les hivers n’allaient pas être sans neige. Bon, aujourd’hui, ils sont de nouveau rigoureux”. Un thermomètre qui fait le yo-yo, quelle que soit la saison “ça existait aussi avant, et on ne savait pas l’expliquer. Désormais, c’est de l’ordre du courant”.

“Par le passé, les saisons étaient peut-être un peu plus régulières, avec des températures qui n’avaient pas les à-coups qu’on constate maintenant”, s’avance-t-il, avant de conclure que “par le passé on a aussi connu des bizarreries”.

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