Notre critique de Castor et Pollux à l’opéra de Dijon

Castor & Pollux Opéra de Dijon | Photo Gilles Abegg

On vous en a parlé dans le Miroir Magazine n°5, le fameux opéra Castor et Pollux, de Jean-Philippe Rameau, est de passage dans la ville de naissance du compositeur dijonnais. Comme on est cultivé au Miroir, et qu’il ne fallait pas manquer ça, on y est allé. Et on ne regrette rien : la mise en scène d’Yves Lenoir, qui remonte la production de la star anglo-saxonne Barrie Kosky pour Dijon vaut le détour.

Carré de cœur et de bois

Castor & Pollux Opéra de Dijon | Photo Gilles Abegg

Déjà parce que la performance sur scène est carrément impressionnante. Imaginez, sur scène, les chanteurs courent, sautent, s’agitent dans tout les sens en continuant avec brio leurs vocalises ! Cet opéra sportif oppose dans un joyeux ballet les deux frères mythologiques, , qui s’empoignent, se battent avec leurs ennemis, affrontent des démons en costume cravate. La forme épique du spectacle nous fait oublier d’un coup que l’on est à l’opéra : on est dedans.

Le drame qui se joue dans le carré amoureux formé par Castor, Pollux, Tellaïre et Phébée s’exprime avec une tension prégnante. Les émotions extrêmement fortes charriées par une série de dilemmes cornéliens sont transmises à l’auditoire, qui engoncé dans son siège regarde, hagard, Pollux se sacrifier plusieurs fois pour son frère, lui cédant son amour, puis sa vie.

Castor & Pollux Opéra de Dijon | Photo Gilles Abegg

Ces sacrifices donnent le frisson, portés par une musique touchante, comme dans ce moment où Castor et Pollux se retrouvent aux Enfers, très proches l’un de l’autre – sur le bord de scène – dans  un moment intime, sous un rai de lumière. Castor, soulagé que son frère soit venu le délivrer se rend compte avec une déception profonde que Pollux doit en réalité se sacrifier pour lui. Déchiré, il lui jure solennellement que “son séjour sur Terre ne connaîtra pas de nouvelle aurore”, qu’il sera de retour avant le petit matin.

Prisonniers des chaînes de leurs passions, les deux frères le sont aussi du gigantesque cube de bois dans lequel évoluent, sur scène, les acteurs. Par un jeu de panneaux coulissants, la scénographie évolue, dévoilant soudain un décor ou toute une troupe de choristes du Concert d’Astrée, qui jouent tantôt les diables, tantôt le bon peuple. Le personnage de Jupiter est quant à lui un homme mystérieux avec un grand chapeau et sans visage, toujours accompagné d’une créature inquiétante aux grands doigts crochus.

Emmanuelle Haïm, grande chef d’orchestre

Castor & Pollux Opéra de Dijon | Photo Gilles Abegg

Jupiter, devant l’amour fraternel de ses jumeaux de fils, décide de leur accorder l’immortalité en les transformant en constellation. L’instant est magique, inoubliable : sur scène, ne restent que les chaussures en cuir des deux hommes, une poussière de paillettes dévale l’espace scénique comme un rayon d’étoiles qui tombe par terre. Tandis que Phébée, git, morte et que Tellaïre court, seule et moitié folle, en chantant encore et encore.

Le chef d’oeuvre de Rameau est magnifiquement mis en musique par le Concert d’Astrée, sous la direction maîtrisée d’Emmanuelle Haïm. La chef d’orchestre a prouvé à Dijon qu’elle est bien l’une des plus grandes amoureuses de Jean-Philippe Rameau, réinterprétant la plus belle œuvre du compositeur de manière intemporelle. Un percussionniste donne parfois à la trame musicale des airs de bande-originale de film contemporain. Pour le reste, on finit par s’accrocher aux thèmes musicaux récurrents.

Côté artistes, Mercure brille plus par ses ailes mécaniques que par son jeu, en revanche Phébée jouit aux moment du salut final d’une pluie battante d’applaudissement.

Les commentaires sont clos.

  1. Je ne la lis pas. J’y vais demain!

    CamilleG le mercredi 1 octobre 2014 à 18h41

  2. OUI A JEAN-PHI R

    Dijon Autrement le samedi 4 octobre 2014 à 17h15

  3. Alors moi, j’ai découvert Rameau: j’aime bien sa musique. Un peu dur au départ de se plonger dans l’intrigue, et de savoir qui est qui… En revanche, le second acte… Génial, surtout à la fin avec la transformation de Castor et Pollux en constellations. La mise en scène était magnifique. En revanche, je ne sais pas pour vous, mais il n’y avait pas beaucoup de monde parmi les spectateurs.

    CamilleG le samedi 4 octobre 2014 à 20h49

  4. Tout à fait d’accord avec cette critique… mais je ne suis pas un spécialiste.
    Seul bémol : Castor, un peu en-dessous par rapport aux autres… le choeur en revanche… génial!

    Castor le lundi 6 octobre 2014 à 18h13