4 choses que vous ne savez (peut-être) pas sur la Libération de Dijon

2014-09-societe-liberation-dijon-1944-11-septembre

“Dijon respire !” titre un article du quotidien La Bourgogne Républicaine le 12 septembre 1944, peu après la qui a eu lieu dans la nuit du 10 au 11 septembre 1944. Si la ville est déserte au matin du 11 septembre, les premières commémorations débutent dans l’après-midi, place Wilson. Les jours suivant seront marqués par les défilés militaires des libérateurs acclamés par la population. L’engouement militaire atteindra son paroxysme avec la venue du Général De Gaulle, alors président du Gouvernement Provisoire de la République Française, le 23 octobre 1944.

Si l’optimisme n’est pas forcément au rendez-vous – la guerre n’est pas encore finie et le pays connaît des difficultés économiques – le peuple libéré fête le départ de l’ennemi, rend hommage à ses morts et tente de reconstruire sa vie et sa ville.

Le 11 septembre seront fêtés les soixante-dix ans de la Libération de Dijon. De nombreuses commémorations sont au programme tout au long de la journée dans le centre-ville. L’occasion de revenir sur quelques éléments méconnus qui font partie de cet épisode de l’histoire de Dijon.

Le char de la place Général Estienne

Avez-vous remarqué le char Duguay-Trouin, place du Général Estienne ? Il s’agit d’un authentique tank de type Sherman ayant servi lors de la Seconde Guerre Mondiale. Conduit par des Résistants dans la région de Beaune le 6 septembre 1944 (quelques jours avant la Libération de Dijon) ses passagers furent tués par les troupes allemandes. Sans pour autant avoir participé à la Libération de la ville, le char a été rapatrié à Dijon puis placé Place du 1er Mai, en symbole de la Résistance.

Suite à des travaux, il a été déplacé Place du Général Estienne, qu’on appelle souvent “place du char”. A ses côtés, deux plaques. L’une rend hommage aux passagers du char : “Dans ce char, le sous-lieutenant Cattaneo Antoine, le brigadier-chef Petitbon Alexis, le cuirassier de 1ère classe Delaporte René, du 2ème cuirassiers, sont morts pour la France à leur poste de combat”. L’autre plaque replace cet événement dans son contexte, et évoque notamment l’instant de la mort des résistants : “Le 6 septembre 1944, lors des combats précédant la libération de Dijon, sa tourelle fut transpercée par un obus allemand. Trois des cinq hommes d’équipage furent mortellement atteints”.

La gare Dijon-Ville

Alors que le débarquement de Provence et le débarquement de Normandie donnent lieu à une percée importante sur le territoire français occupé, les troupes alliées se rejoignent à Nod-sur-Seine, non loin de Dijon. L’armée allemande se retrouve alors prise au piège entre les troupes libératrices et se voit contrainte de fuir. En quittant la Capitale des Ducs, elle dynamite la gare de Dijon-ville. Cette imposante bâtisse caractéristique de la révolution industrielle, à l’instar de la Gare de Lyon à Paris, n’est plus qu’une ruine.

Après un projet de reconstruction au Sud-Ouest du port du Canal pour mieux adapter la ligne Paris-Lyon-Marseille à son trajet, la gare est finalement reconstruite à l’endroit initial avec ses propres débris, par manque de moyens. Il a fallu attendre les années soixante pour lancer une véritable reconstruction. Les travaux auront duré de mai 1960 à juillet 1963 pour édifier la nouvelle gare conçue par les architectes Alfred Audoul et Paul Peirani. Après une série d’aménagements en 1980, puis en 2007, on pourrait encore distinguer un détail de la gare d’antan selon Yves Arthur, Gaby Bachet et François Cheveau* : “un oeil exercé peut encore voir des parements en brique portant le sigle SF (pour Sud-France), témoins de la destination finale des lieux”.

Le Chanoine, premier résistant de France

C’est durant la Seconde Guerre mondiale que se construit la carrière politique, mais aussi la légende du Chanoine Kir. Avant même l’occupation et face au départ du maire de la ville, il se propose pour faire partie de la délégation municipale en charge d’administrer temporairement la commune. Nous sommes le 16 juin 1940, les Allemands arrivent le lendemain et ils signeront l’acte de reddition à 14h. “Quand on est poli, on frappe avant d’entrer”, aurait dit le Chanoine. Durant ces sombres années, il s’illustre en aidant plusieurs milliers de prisonniers à s’évader du camp de Longvic. Il expliquera même avoir été condamné à mort par les Allemands, lors d’une arrestation à l’automne 1940.

En janvier 1944, un commando de cinq Français tente de l’assassiner. Son épais portefeuille bloque une balle qui devait finir dans son cœur. Après quelques soins à la clinique Sainte-Marthe, il se réfugie en Haute-Marne, à l’école d’agriculture de Malroy, loin de la Gestapo. Fait du hasard, il revient dans la ville, le jour de sa libération, le 11 septembre. Il se fera ensuite prendre en photo sur un char de la première division blindée. Là encore, la légende s’écrit : le Chanoine a libéré la ville. Il faudra attendre l’année suivante et la campagne des Législatives pour apprendre que la photo a en fait été réalisée plusieurs jours après la Libération. Rien qui ne puisse empêcher le Chanoine de s’auto attribuer le qualificatif de “Premier résistant de France”.

La vierge noire à l’origine de la fin de l’Occupation ?

Dans l’église Notre-dame se cache l’un des plus beaux trésors de la ville… Et surtout son plus précieux ! En septembre 1513, l’armée suisse attaquait et assiégeait la ville. La situation était désespérée et les Dijonnais s’en sont remis à la vierge. Le 11 septembre, les habitants se sont tous mis à prier et ont porté la statue en processions dans les rues. Résultat, deux jours plus tard les envahisseurs ont rebroussé chemin. C’était là le premier miracle attribué à la vierge noire, devenue Notre-Dame de Bon-Espoir.

Or, 431 ans plus tard, jour pour jour, la vierge réalisait un nouveau miracle. En 1944, les forces alliées avançaient et se préparaient à libérer la ville. Les troupes allemandes ne souhaitaient pour rien au monde la” lâcher” aux Alliés, ce qui encouragea les Dijonnais à prier de nouveau ensemble à Notre-Dame. Et, dans la nuit du 10 au 11 septembre, les Allemands quittèrent Dijon, le jour de l’anniversaire de la procession de 1513. Vous avez dit coïncidence ?

*dans Histoire des chemins de fer départementaux de la Côte d’Or

Dans le cadre du soixante-dixième anniversaire de la Libération de Dijon, les archives municipales de Dijon organisent une exposition à la salle des gardes de l’Hôtel de Vogüe (8 rue de la Chouette). Ouverte du 8 au 14 septembre, de 14h à 19h, l’exposition présente une série de documents originaux : photos, affiches, unes de journaux de l’époque, tous choisis par Eliane Lochot, commissaire de l’exposition et directrice des archives municipales. L’occasion de découvrir le Dijon de la Libération à travers des pièces authentiques.

Les commentaires sont clos.

  1. Le journal que tenait Romain Rolland, réfugié à Vézelay (et édité récemment sous le titre “Journal de Vézelay”) apporte de nombreux témoignages sur la situation de Dijon durant l’occupation. Mais, si le courage des résistants fut indéniable, la passivité – pour ne pas dire plus – de la grande majorité de la population doit être soulignée, hélas.

    andorcet le jeudi 11 septembre 2014 à 10h05

  2. Et parmi les choses qu’on ne sait – peut-être – pas sur la libération de Dijon, quid du parcours d’Eric Rebsamen, recherché en août 1945 pour “atteinte à la sécurité de l’Etat” selon La Bourgogne républicaine, qui publie la photo de l’homme en tenue d’officier allemand ?

    Hippolyte le jeudi 11 septembre 2014 à 13h21

  3. …et la razzia éthylophile sur les stocks des Docks?

    Dijon Autrement le jeudi 11 septembre 2014 à 18h35

  4. C’est l’Union Soviétique qui a gagné la guerre, en France il n’y a pas grandes chose pour être fier. hélas

    Maryia le vendredi 12 septembre 2014 à 13h46