Gratuité des musées : le coup de pouce qui ne coûte rien

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Ils renferment des trésors nationaux inestimables, et pourtant on y rentre – presque – comme dans un moulin. Les musées de Dijon participent à l’élévation culturelle de tous. Comme c’est le cas dans quatre autres établissements municipaux, les collections permanentes du musée des Beaux-arts sont devenues libres d’accès et gratuites le 1er juin 2004 à Dijon.

Le 07 septembre 2013, il ouvre à nouveau grand ses portes à tous, après un lifting qui aura coûté en tout 60 millions d’euros aux collectivités. Un financement en deux tranches, dont la seconde sera effectuée entre 2015 et 2018. Un effort financier qui n’a pas le moins du monde été entamé par la gratuité.

Le Miroir : , bonjour. Vous étiez adjoint à la culture lors du premier mandat municipal de François Rebsamen, et avez instauré la gratuité dans cinq musées de la Ville de Dijon. Pourquoi ?

Il y a deux raisons à cela. Tout d’abord, nous voulions que le coût de l’entrée ne soit pas un obstacle à certaines catégories de personnes comme les groupes ou les familles. Ensuite, dans le budget de fonctionnement du musée, nous avons observé que la part des recettes issues de la billetterie était très faible et compensait à peine les frais des salariés employés à la caisse.

LM : Hausse de la fréquentation, diversification des publics, quels ont été les résultats effectifs dans l’immédiat ?

Nous avons été suivi par d’autres villes. La fréquentation du musée a augmenté dans le même temps à Dijon, mais nous ne pensons pas que la gratuité en soit la cause, c’est plutôt lié à la qualité des expositions temporaires proposées.

En effet, la raison pour laquelle certains publics ne vont pas au musée est culturelle et ne dépend pas du tarif de l’entrée. Ils pensent que cet endroit n’est pas fait pour eux, voilà la vraie barrière que nous devons faire tomber. En travaillant par exemple sur la médiation en direction des publics non-acquis.

LM : Considérant l’impact sur le budget de la Ville, êtes-vous, avec du recul plutôt satisfait de cette mesure ?

Comme je l’ai dit, le bénéfice étant minime, nous avons préféré réaffecter les postes de vente de billets à la médiation. Nous sommes en lien avec l’Education nationale pour attirer les scolaires et en lien avec les associations de quartier pour s’attirer les publics plus excentrés. C’est une bonne occasion pour les Dijonnais de se réapproprier leur patrimoine historique.

LM : Le MBA pratique-t-il le mécénat par les grandes entreprises, comme c’est le cas par exemple au musée du Louvre de Lens ?

Bien sûr. Nous pratiquons volontiers le mécénat à Dijon, notamment lors de l’acquisition de nouvelles œuvres ou de partenariats pour faire venir des expositions temporaires. Parmi eux, Eiffage, qui nous a permis d’acquérir la statue de Louis XIII enfant, sculpté par François Rude. Nous avons des mécènes locaux réguliers dans le Bâtiment et travaux publics, les cabinets d’experts comptables, mais aussi les banques comme la Caisse d’Epargne Bourgogne Franche-Comté, des filières d’EDF.

LM : On dit que le musée des Beaux-arts de Dijon est exceptionnel en France, pour quelles raisons ?

Sa spécificité est quasi unique en France. Il est situé dans un palais ducal, un monument classé historique qui a abrité les Ducs de Bourgogne depuis le Moyen-Âge. C’est l’un des plus anciens musées de France.

LM : Même gratuite, la culture reste parfois élitiste …

Je ne vois pas de bastion municipal inaccessible à Dijon. Nous nous activons à baisser le tarif des billets, à favoriser l’accès des jeunes publics à la culture. C’est un travail qui ne se voit pas. Bien sûr, les associations ont plus de difficultés à baisser leurs tarifs quand les subventions baissent et qu’elles n’ont pas de mécénat.

Le Consortium est peut-être élitiste dans la mesure où il traite d’art contemporain, mais ils font un travail d’explication des œuvres et de visites important. Au musée des Beaux-arts, c’est la même chose. Et lorsque l’on s’est laissé expliquer une œuvre, on ne la voit plus du tout du même œil.

LM : Un dernier mot ? 

Nous pensons que la rénovation du musée sera un vrai succès en terme de fréquentation. La moitié des visiteurs sont des locaux. Je n’ai rien de concret mais j’entends un peu partout l’impatience des Dijonnais à voir la salle du tombeau des ducs rénovée.

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Photo Jonas Jacquel

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