Brodinski : “La French Touch est un point dans le temps aujourd’hui historique”

Brodinski |Photo Nicolas Boeuf

Brodinski |Photo Nicolas Boeuf

Les deux Belges de 2 Many DJ’s sont en plein set quand on nous prévient que l’on peut s’entretenir en tête-à-tête avec . Nous le retrouvons en backstage, une dizaine de minutes avant qu’il ne monte sur scène. De l’ état des lieux de la musique électronique française jusqu’à sa collaboration avec Kanye West, Louis Rogé, de son vrai nom, a répondu en toute décontraction à nos questions. Ha, et on s’excuse d’avoir un peu retardé sa montée sur scène.

C’est drôle, en ce moment les 2 Many DJ’s jouent leur set et tu expliquais lorsque tu débutais qu’ils étaient tes idoles. Ça fait comment de se dire que tu joues après ?

C’est génial. Quand je débutais je suis rentré en contact avec eux, on échange assez et ils m’ont conseillé. Quelque part ils sont devenus comme des grands frères.

Tu t’es habitué à ce milieu musical, à être au milieu de plein de noms réputés ?

J’ai appris à pouvoir les côtoyer, à être à leur côté.

Tu viens de Reims, une ville qui a vu éclore Yuksek. Je suppose que c’était un de tes premiers véritables contacts avec la scène électro ?

C’était pareil avec lui. Il était le premier et c’est encore quelqu’un avec qui je discute aujourd’hui, on s’envoie des sons, on partage toujours ensemble. C’est un très bon ami. Surtout qu’il est de bon conseil.

Visiblement oui, puisque tu as grimpé d’un échelon supérieur l’an dernier en produisant Black Skinhead de Kanye West, sur son dernier album Yeezus.

Ça fait quelques années que toute l’équipe de Bromance, notre label, donne des conseils à des gens qui sont à l’écoute. Et c’est pareil dans l’autre sens, on est prêts à travailler pour d’autres. Quand Kanye est venu nous chercher, c’était un rêve. Surtout quand il nous a fait écouter ses premières maquettes, là on s’est tous dit “il est dans la vérité” le type.

Ça s’est passé comment, il t’a envoyé un SMS, un mail ou ça s’est fait par contacts interposés ?

Ce sont des gens qui sont venus nous chercher en nous demandant de leur faire de la musique.

Vu que tes sources d’inspiration sont très rap, ça collait plutôt bien.

Ouais. Moi c’est la techno qui coule dans mon sang depuis toujours mais je suis un fan de rap. J’ai appris à ne faire aucune différence entre les deux. Ces gens savaient exactement ce qu’on faisait. On vient d’ailleurs, d’un univers différent. La techno, c’est l’anti-thèse de la musique populaire depuis sa création. Mais que deux mondes aussi différents puissent se rencontrer, pour moi, c’est une belle réussite.

Brodinski |Photo Nicolas Boeuf

Brodinski |Photo Nicolas Boeuf

En conséquence, cette collaboration a-t-elle changé ton approche musicale ?

Depuis le début, Kanye West a exécuté concrétisé son concept d’artiste. Il va au bout de ses visions dans chaque album, comme dans 808s and Heartbreak ou Yeezus – qui est mon favori -. La façon dont il travaille m’a énormément plu.

L’album a un côté très futuriste mais en même temps très agressif, comme toi tu peux le faire.

Oui, ses inspirations se rapprochaient des nôtres. C’est pour cela qu’il est venu nous chercher. C’est pas seulement la musique que l’on fait qui nous définit. C’est aussi celle qu’on écoute et qui nous entoure. J’écoute aussi bien Ben Sims que Kanye, Jeff Mills, Randomer… Je viens de finir mon mix pour I love techno et en même temps je prépare mon album avec des rappeurs. J’essaie de créer ma bulle. Je tente juste de transmettre ma propre vision de la musique.

Tu disais que l’électro c’est l’anti-thèse de la pop. Mais ce soir tu joues à Dijon, dans un concert plein air, gratuit et multi-générationnel. Tu crois pas que maintenant c’est fait et que la musique électronique est devenue populaire ?

La musique électronique a pris une ampleur énorme. Je suis fier d’être aujourd’hui à Dijon pour le – également parce qu’on a une qualité de line-up énorme ce soir. Breton, Christophe – une légende de la chanson française – les 2 Many DJ’s. On n’est pas au avec Magic System, tu vois ce que je veux dire ? Ce soir, c’est la bonne parole de la musique de qualité.

Et tout ça devant un public populaire…

Ouais, c’est très important de ne pas confondre populaire et mauvais.

Est-ce que tu te considères comme un ambassadeur du renouveau de la French Touch ?

Pas du tout. La French Touch c’est un point dans le temps qui est aujourd’hui historique. DJ Falcon, Cassius, les Daft… Moi quand j’ai commencé la musique ce moment était déjà passé depuis longtemps. J’avais 13 ans, on était en 2000, j’ai dû revenir en arrière pour l’écouter.

Tu es plutôt de la génération de DJ Mehdi, Justice…

Exactement. Quand je suis arrivé, Justice était là et on appelait ça la French Touch 2.0, mais c’était surtout pour mettre encore un nom sur quelque chose. J’ai 27 ans, j’ai grandi dans une culture reliée à Internet, je ne me considère pas comme un musicien français pur souche qui fait de la musique française. J’ai plutôt l’impression de mettre ma touche personnelle dans la musique, ce qui est beaucoup plus subtil que si j’étais Américain par exemple. (rires)

Comment expliques-tu que tu es plus connu à l’étranger qu’en France ?

Parce que la France regarde beaucoup vers l’extérieur comme elle l’a toujours fait, et c’est une de ses particularités. Tu vas en Suède, à la radio ils écoutent Abba, pour de vrai, ils sont très nationalistes niveau musical.

La musique électronique française est-elle suivie à l’étranger ?

Énormément. On a beaucoup de suiveurs sur le continent américain, en Australie, énormément en Europe, alors qu’il y a beaucoup de pays qui ne regardent que ce qui se passe chez eux, comme l’Angleterre, l’Allemagne, l’Espagne. Si demain on doit faire une liste de la scène électro française de Paul Ritch à Laurent Garnier, en passant par Para One, Surkin et plein d’autres que j’oublie, alors on réalisera qu’on a une très belle scène par rapport à d’autres pays.

Du coup, l’électro est loin d’être mort en France ?

Très loin d’être mort, mais comment veux-tu que je sois objectif là-dessus ? (rires)

Juste pour finir, le nom de scène Brodinski, ça vient d’où ?

C’est le nom de jeune fille de ma grand-mère. Je suis d’origine polonaise.

Les commentaires sont clos.

  1. Il a l’air d’être sympa, ce mec!

    CamilleG le samedi 30 août 2014 à 22h32