Les carottes sont-elles cuites pour nos fruits et légumes ?

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Et si c’était la fin des fruits et légumes de Côte-d’Or ? Pas encore ou à peine rentrés de vacances que vous voilà face à des étals de marchés vides de leurs produits. Le scénario n’est pas encore une réalité, mais la Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles du département ( 21) tire la sonnette d’alarme pour éviter que le pire ne se produise.

Parmi les facteurs entravant l’agriculture légumière et fruitière, l’embargo russe décrété par Vladimir Poutine, le 7 août dernier, interdisant toute importation d’Europe ou des Etats-Unis sur son territoire. Selon le ministère de l’Agriculture, en 2012, la France a exporté pour 737 millions d’euros de ses produits agricoles en direction du Grand Ours. Pour autant, l’embargo ne concerne pas les vins et spiritueux, que la France vend en grande quantité. En se basant sur les chiffres de 2013, la France devrait se priver alors de 400 millions d’euros.

Selon le président de la FNSEA, Xavier Beulin, l’embargo russe pourrait aboutir à “une situation de crise” parce que “les productions qui ne vont plus aller en Russie vont se rabattre sur le marché européen”, lequel devrait être vite saturé. C’est ce que souligne Nicolas Michaud, président de la commission fruits et légumes de la FDSEA 21 : “Aujourd’hui, il y a une surproduction nationale et européenne. Comme il y a beaucoup d’offres sur le marché, les prix sont tirés vers le bas. Les cours se sont effondrés”.

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Exploitation de Jean-Philippe Pélissier à Auxonne | Photo Valentin Euvrard

Plus pessimiste encore, la projection de Luc Barbier, président de la fédération nationale des producteurs de fruits, au micro d’Europe 1 : “Les Russes vont continuer à manger des pommes, des tomates, des pêches. Sauf que l’origine ne sera plus européenne : elle sera d’Asie, du Brésil, d’Afrique du Sud, etc… Donc quand ce marché se rouvrira, il faudra des années pour reconquérir des parts de marché. C’est dramatique”.

Météo morose

Au-delà des exportations bloquées à la frontières russes, Nicolas Michaud pointe du doigt la fermeture cette année de l’unité de déshydratation d’oignons sur le site de Villers-les-Pots “compromettant leur débouché sur les années à venir”, mais également la fermeture du site D’Aucy à Ciel mettant fin à la production légumière de haricots, petits pois et flageolets sur une superficie de 700 hectares.

D’autant plus que depuis 2 ans, la météo n’est pas des plus clémentes. “Parce que le climat est morose, le débit de récolte n’est pas optimal. A cause de la pluie, des organismes vont se développer, notamment les taupins (des larves d’insectes coléoptères), et vont attaquer les cultures de pommes de terre. Une fois qu’elle est mangée, elle ne sera plus commercialisable à cause d’un défaut d’aspect”. Et évidemment, impossible de vendre un légume qui fait grise mine, la faute à des consommateurs devenus “trop exigeants. Le mode de consommation est ainsi aujourd’hui, à nous de nous adapter”.

Exploitation de Jean-Philippe Pélissier à Auxonne | Photo Valentin Euvrard

Exploitation de Jean-Philippe Pélissier à Auxonne | Photo Valentin Euvrard

“Les légumes les plus touchés sont les pommes de terre et les salades, qui ont du mal à pousser à cause du manque d’ensoleillement et de l’humidité”, observe Nicolas Michaud. Une réalité qui se constate sur le terrain, sur l’exploitation de Jean-Philippe Pélissier, basée à Labergement-les-Auxonne. “Les salades ont eu du mal à pousser car il y avait trop d’humidité. Du coup, il faut jongler pour planter en plein-air et trouver le moment idéal”. Résultat, les salades arrivent par vagues sur les marchés.

Maintenir l’activité légumière dans la région

“C’est assez dur d’être agriculteur en ce moment, mais je n’ai pas trop à me plaindre, je travaille toute l’année sur une cinquantaine de légumes. La production de l’hiver s’annonce bonne, cela compensera mon été. Mais concernant les maraîchers qui ne travaillent qu’aux beaux jours, leur année risque d’être compliquée…”.

Surtout que la concurrence des pays du sud est toujours aussi ardue. “On vend nos pommes de terre à des acheteurs nationaux et ces entreprises là trouvent des pommes de terre entre 5 et 10 centimes le kilo, alors que nous en Côte-d’Or on tourne entre 12 et 20 centimes”, compare Nicolas Michaud. “Logiquement, les gros fournisseurs vont chercher les légumes les moins chers. Ce prix en kilo en hausse, c’est le coût de la main d’oeuvre et les charges qui sont élevés”… Ce qui n’est pas le cas de l’Espagne, du Maroc et même de l’Allemagne.

“Il ne faut pas que les gens aient peur d’acheter nos produits locaux, même s’il y a un petit surcoût, ils garantissent la qualité de nos productions et de maintenir l’activité légumière dans la région”, tient à rassurer Nicolas Michaud.

Les commentaires sont clos.

  1. Affichons notre soutien à la filière des fruits et légumes frais frappée par l’embargo en partageant sur tous les réseaux sociaux nos selfies avec les fruits et légumes de nos régions ! #anosfruitsetlegumescitoyens

    Patriotes le jeudi 4 septembre 2014 à 14h51

  2. Ben, puisque nous sommes en surproduction, dans une mondialisation artificialisée et subventionnée qui profite toujours aux même gros exploitants, réjouissons-nous !! Les prix vont chuter, donc la consommation de fruits et légumes va augmenter, et donc la santé des gens également !
    PS Cet été j’ai acheté d’excellentes pêches en Italie à 0,50 € le kg……

    soleil vert le vendredi 5 septembre 2014 à 10h34

  3. Et pourquoi ne pas profiter de ce contexte pour remettre à plat tout le système?

    CamilleG le vendredi 5 septembre 2014 à 10h52

  4. chez pélissier : “les produits de traitements et engrais sont utilisés de façon rationnelle puisque des analyses de sols sont réalisées régulièrement pour optimiser les dosages de traitement” : le terme “de façon rationnelle” ça ne veut rien dire excepté que les légumes sont bourrés de pesticides de synthèse. Non merci !

    Vic le vendredi 5 septembre 2014 à 17h46