Qui peut relancer le centre-ville ?

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À mesure que la suprématie du modèle tout automobile s’effrite, les commerçants de flairent le bon coup : et si avec, c’était tout un modèle de consommation qui était remis en cause. Celui qui faisait la part belle aux centres commerciaux de périphéries.

Aux , qui se tenaient à Dijon les 3 et 4 juillet, professionnels et élus se voulaient unanimes sur la question : la recherche de lien social, l’engouement pour la proximité ou l’interaction croissante entre la consommation, les loisirs et le tourisme vont rebooster la fréquentation des centres historiques. À condition toutefois de savoir attirer le chaland et le badaud.

Des enseignes qui veulent venir

Un samedi pas vraiment comme les autres au centre commercial Toison d’Or. Certaines enseignes débutent leur deuxième démarque. Les allées d’un blanc immaculé du vaisseau de la consommation sont tout simplement bondées. La queue s’étire devant les caisses du géant du prêt-à-porter Primark ferait pâlir le moindre indépendant. Le jour de l’ouverture des soldes, plus de 30 000 personnes ont franchi les portes du centre commercial du Nord de l’agglomération. Et en regardant le parking, pas de doute possible : c’est bien au-delà de la simple agglomération ou du simple département de la Côte-d’Or que le centre attire : on croise pêle-mêle des “71”, des “52”, des “25”.

Beaucoup ressortent avec des sacs du distributeur irlandais de vêtements. Dans le jargon, on appelle ça une locomotive, c’est-à-dire un magasin capable de rayonner sur une zone de chalandise bien supérieure à la moyenne. Ikéa en est une par exemple. La Fnac ou les Galeries Lafayette, au centre-ville, deux autres. “La locomotive peut être différente selon les villes. Il faut panacher, s’adapter aux besoins des habitants”, reconnaît Rose-Marie Moins, responsable de la formation et de la promotion au sein de la Fédération française de la franchise.

“Le centre-ville n’a plus le monopole de la centralité”, complète Cédric Ducrocq, directeur général de Dia-Mart, un groupe de conseil en marketing et stratégie. “La consommation n’est pas le motif primaire pour se rendre au centre-ville. Les gens y vont pour travailler, pour un problème de santé, pour faire du tourisme ou pour se détendre. La consommation s’ajoute ensuite”.

Au centre-ville de Dijon, la municipalité reconnaît avoir un taux de vacance de ses locaux commerciaux de 7%. “Rien par rapport à la moyenne nationale”, tempère rapidement Thierry Huguenin, directeur du commerce de la ville de Dijon. Mieux encore, des grandes enseignes chercheraient à s’implanter sans forcément trouver d’emplacement. La mairie va ainsi bientôt engager des travaux place Grangier : le bâtiment historique de la Poste doit bientôt accueillir des cellules commerciales et un hôtel tout comme l’ancien bâtiment du Centre communal d’action sociale dont les services sont désormais situés au 11 rue de l’hôpital. On parlait de Nespresso, qui aurait refusé, d’Habitat. Reste que des enseignes vont bien s’installer : JD Sport et MaxiLivres pour ne citer qu’elles.

Quand la locomotive va bien, elle tire le commerce vers le haut, mais dès qu’elle va mal, c’est tout le centre-ville qui flanche

Durant la campagne des élections municipales, François Rebsamen, alors candidat, avait même promis “d’encourager la rénovation du centre commercial Dauphine“. Car Dijon n’est pas la seule à se poser des questions sur l’avenir de son centre. Bien plus au Sud, la ville de Nîmes est dans la même situation. C’est du moins l’avis d’Henry Douais, président de la CCI de Nîmes, dans le Gard. “Le centre-ville n’a pas su répondre de façon concrète aux enjeux des périphéries”, assure-t-il. “Dans les années 1990, le centre commercial de cœur de ville, la Coupole a permis de donner un peu d’oxygène, mais il est en perte de vitesse. C’est essentiellement à cause du gestionnaire qui n’a pas su investir. Quinze enseignes ont disparu”.

Le centre Dauphine n’est pas géré par un promoteur privé, mais par une copropriété, le problème est donc différent. “L’offre commerciale dans les centres-villes se paupérise”, renchérit Éric Gamard qui n’est autre que le directeur Enseigne Carrefour City Région Est. “Les banques, opticiens et assurances se ruent sur les locaux disponibles et nous ne trouvons plus les surfaces nécessaires, c’est un frein à notre développement”. Après Carrefour et ces déclinaisons citadines, Ikea, le numéro un mondial de l’ameublement a aussi annoncé qu’il allait prochainement ouvrir son premier magasin en plein centre-ville, à Hambourg, en Allemagne.

“Quand la locomotive va bien, elle tire le commerce vers le haut, mais dès qu’elle va mal, c’est tout le centre-ville qui flanche”, tempère Henry Douai. Alors, les commerçants ont chacun des parades pour résister. Comme Éric Bertolone. Le directeur des succursales de la chocolaterie Jeff de Bruges exhorte les boutiquiers à dynamiser leurs vitrines : “Il faut impérativement faire tourner les collections, modifier tous les quinze jours quelque chose en vitrine pour donner envie de revenir”. Reste alors un problème : celui des loyers : “Le franchisé, comme l’indépendant par exemple ne peuvent pas se permettre de payer des loyers trop importants”, assure Rose-Marie Moins.

C’est la problématique qui se pose avec la fermeture de la lib de l’U, rue de la Liberté. À Toulouse, une librairie en tout point similaire a aussi fermé ses portes. “Un million de loyer, 1 600 m2 de locaux”, se souvient Arnaud Ernst, manager du commerce de Toulouse. “Orange a voulu racheter les locaux. Le maire s’y est opposé, alors nous avons travaillé avec le propriétaire pour redécouper les cellules et nous avons cherché trois enseignes dont Desigual et Nespresso. Nous jugions inopportune l’ouverture d’une boutique de téléphonie mobile à cet emplacement d’autant que la tendance est à la concentration”. L’opérateur historique s’est installé dans une autre rue, Free lui a emboité le pas en ouvrant une boutique juste à côté ! Un moyen de ne pas tuer l’activité là où elle existait alors que , encore lui, va ouvrir son premier magasin français en plein centre-ville, dans la ville rose.

Les commentaires sont clos.

  1. Combien de schizophrénie avec des commerçant-e-s
    à la fois au CV et à la T’O (sans le dire)?
    A Mme Juban et à SHOP IN DIJON de faire

    Anonyme le jeudi 10 juillet 2014 à 16h15