Tourisme de centre-ville : demain, des parcs d’attraction ?

Photo Jonas Jacquel

Photo Jonas Jacquel

Bienvenue à Bourguiland ! Le pays du vin et des expériences de terroir. Nous sommes en 2050 et les Chinois viennent ici en week-end ou en séminaire. On leur a vendu un cadre romantique au cœur des vignes, des évasions gourmandes dans les plus grandes cuisines étoilées, et des nuits en chambre d’hôte de charme. Deux jours de découverte organisée en circuit.

“Wow, les jolies Françaises ! Ooh, des maisons du moyen-âge à colombages comme dans les films. Oouf ! Des cathédrales monumentales. Et pour les quartiers libres, voici un portefeuille garni d’euros à dépenser en souvenirs en tous genres. Bourguiland… une destination tourisme que vous ne regretterez pas.

Un tourisme plus offensif

Comme Venise ou Paris, les villes de Bourgogne commencent à capitaliser leur son nom pour attirer les touristes. Il est derrière nous, le temps où l’on misait sur l’intelligence des visiteurs en leur suggérant un intérêt historique ou culturel, voire un éventuel rayonnement artistique. Aujourd’hui, le tourisme est un “atout économique français” et les opérateurs qui le prennent en main mettent en place des techniques beaucoup plus offensives. Fini donc la “cueillette” passive ds potentiels clients, constate Jérôme Le Grelle, directeur du cabinet d’études Convergence CVL.

Place à “une véritable prise de conscience” dit l’enquête dont les conclusions seront rendues à la rentrée scolaire aux ministres concernés. Parce qu’à y regarder de plus près, le visiteur est un touriste et le tourisme… “est une clientèle”, résume Jean-Paul Bailly, président du groupe La Poste, très investi dans les questions du tourisme de centre-ville. D’ailleurs “la zone touristique est un espace à part entière”, se permet-il d’ajouter.  “Organisation de parcours”, “périmètre touristique”, les mots sont pensés pour créer une véritable “cohérence”. Tout pour simplifier l’offre des centres-villes, qui possèdent aujourd’hui un vrai attrait touristique et ont de plus en plus de succès auprès des citadins sous forme de séjours courts.

“Un tourisme sans vie commerciale autour, c’est un tourisme pauvre”

Des horaires coordonnés, des vendeurs préparés aux touristes (et pourquoi pas déguisés en escargots ou en pots de moutarde ?) capables de les renseigner sur leur ville, d’avoir quelques connaissances sur les “cultures des pays cibles”… Voilà la stratégie gagnante selon l’homme de tourisme. “Consensus, cohérence, coordination : c’est la règle des 3 C”. On n’est pas loin du parc d’attractions grandeur nature.

Bourgogne, il est donc temps de te mettre à l’heure internationale et d’organiser tes richesses en kits prêts à consommer. Et ta cible numéro un, ce sont les Asiatiques et les Russes.

Le tourisme, cette industrie

Un peu comme dans le monde de Mickey où les apparences sont fantastiques mais où le vocable stratégique qui orchestre la réussite est impitoyable, le monde du tourisme mute. Merci bien, les différents offices de tourisme locaux, l’empilement des compétences des opérateurs institutionnels, semble conclure Bernadette Laclais, présidente de Centre-ville en mouvement. Vous êtes “des freins”. Tout comme le “manque de formation des personnels aux langues étrangères ou la législation française”, trop contraignante.

Car “une destination”, ça ne s’improvise plus, explique Christian Mantei, dirigeant d’Atout France, chargé de développer les stratégies de marque de tourisme. “Une destination, ce sont des volumes techniques”. Des stocks. Un volume de chambres d’hôtel. “Un marché sérieux, industrialisé dans la distribution”, comme en Espagne. Vous avez saisi, le tourisme est une manne d’argent potentiel, alors un microcosme s’organise autour pour ordonner la chose. “Un territoire n’est pas forcément une destination même si elle a un logo. Ce n’est pas une destination au sens industriel du terme”, avertit-il.

Pour aider à consolider les projets touristiques, l’Etat a créé un outil transversal (public-privé). Le contrat de destination aide à mieux développer l’attractivité car le tourisme, ça ne s’invente pas. Mieux, “Un tourisme sans vie commerciale autour, c’est un tourisme pauvre”, révèle André Marcon, président des CCI de France. Tout doit donc s’organiser pour créer une symbiose entre le tourisme, le commerce et la culture – le “tiercé gagnant”, conforte Roger Villeneuve, directeur du réseau Galeries Lafayettes.

Collez “ici” votre label d’hospitalité

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Auguste Verola ne vous dira pas le contraire, adjoint au maire de Nice, une des villes les plus touristiques de France, il affiche un aéroport en pleine croissance, et même un outil phare : la “Carte Magique” ou le “French Riviera Pass”, sorte de carte combinée de transports et de shopping dédiée aux visiteurs. Là-bas, on a le sens du tourisme depuis longtemps. Déjà on sent la petite touche Disneyland sur le marketing de la destination. Mais, et Dijon, est-elle aussi dans la course ? Le magistrat niçois salue l’importance de la restauration et de la piétonnisation du centre de Dijon : “un bel effort”.

Côté effort justement, les acteurs de la table ronde de ce débat sur le tourisme sont unanimes : les Français ne sont pas les champions de l’hospitalité. (Se laisseraient-ils berner par les clichés et les apparences ? Ne savent-ils pas que l’énorme accent français possède un capital séduction inestimable auprès des Américains ? ) Bref, quoi qu’il en soit, la CCI a mis en place son High Hospitality, un label qui met en valeur la culture du service. Mais quel avantage pour les CCI de s’emparer désormais de la question du tourisme ? Parce que c’est un moteur actif du commerce, certes. Mais une seconde réponse est suggérée par le directeur général d’Atout France : “Une ville touristique signe le retour de l’investissement”.

Business is business.

Les commentaires sont clos.

  1. Le consumérisme n’est pas un humanisme

    Dijon Autrement le samedi 5 juillet 2014 à 8h09

  2. Et on se mettra des plumes dans le fondement en dansant la bourrée, sous l’œil amusé des tinois?

    Gluck le samedi 5 juillet 2014 à 9h25

  3. Espérons surtout un tourisme intelligent axé sur le culturel.. Soyons un petit Paris a notre manière; sans musée d’Orsay , Le Louvre ou L’Opéra Garnier et ( hélas) même pas l’Yonne -Seine. Moi qui suit client aux Galeries Lafayette ; j’ai souvent vu arrivé en masse des Chinois pour y faire des achats : et bien tant mieux !Maintenant je préfère largement vivre dans une ville ouverte et donc dynamique plutôt qu’une ville de second ou troisième ordre.

    Cranach le samedi 5 juillet 2014 à 13h27

  4. Ca fait peur !

    Alma le samedi 5 juillet 2014 à 13h32

  5. “Consensus, cohérence, coordination : c’est la règle des 3 C”. Pôle Emploi Dijon se mobilise pour les emplois à l’étranger : Là, c’est la célèbre règle des 1 B “Barres-toi”

    Akita le jeudi 13 novembre 2014 à 11h08

  6. Bonjour ,
    Cela fait 44 ans que je vis à Dijon. Mes amis Allemands et Suisses qui connaissent bien Dijon sont effarés par l’explosion de la population étrangère durant ces 5 dernières années. Il se passe sous nos yeux le même processus qu’en banlieue Parisienne il y a 30 ans. L’afflux massif de population étrangère (réfugiés politiques, regroupement familial, mariages blancs, clandestins etc…) a fait fuir les autochtones. Aller voir Sevran, St Denis , La Courneuve , Stains etc…vous n’êtes plus en France…tous les anciens habitants sont partis. On appelle ces villes perdues des zones de non droit où la police ne peut plus y entrer.
    Si dans beaucoup de pays ( Canada , Australie, Usa etc…), on choisit son immigration, ici , c’est un territoire généreux et ouvert. Mais en ces temps de crise grave, peut-on offrir à ces pauvres gens un travail, un logement , un avenir alors que nous avons 5 millions de chômeurs et 8 millions de personnes qui vivent au dessous du seuil de pauvreté. Fontaine d’ouche est déjà un ghetto où aucun Dijonnais ne veut y habiter et où l’immense majorité vit misérablement de l’aide sociale.
    Quand je suis en ville , je me sens de plus en plus étranger et mal au coeur de voir ces jeunes gens paumés avec des chiens faire la manche et des adultes ( de l’est) mendier devant la passivité des Dijonnais qui acceptent cette misère comme si c’était une fatalité.
    Jeune, je n’aurai jamais cru que la société deviendrai ce qu’elle est actuellement…quelle désillusion !!!
    Sans prise de conscience des citoyens, la maison commune va finir de brûler. Il est urgent de réveiller nos politiques pour réformer tout le système ( droit d’asile , regroupement familial, immigration massive , frontière avec la Roumanie la Turquie et l’est etc..)si on veut que nos enfants puissent espérer vivre dans un pays normal sans communautarisme, sans violence en gardant leur mode de vie et en se sentant encore chez eux.

    Leconte le vendredi 28 novembre 2014 à 11h00