La tranquille mutation de la circulation en ville

Photo Jonas Jacquel

Photo Jonas Jacquel

Dans un rayon de Monoprix, dans une cabine d’essayage d’H&M, dans un fauteuil à l’intérieur de la librairie Grangier. Des situations banales qui posent néanmoins une question. Comment toutes ces marchandises ont-elles été acheminées jusqu’au ?

Un véritable casse-tête pour les transporteurs, qui se heurtent de plus en plus, à l’image de Dijon, à des centres piétonnisés, où la voiture est bannie au profit des transports publics. Alors des initiatives naissent pour faciliter le transport des palettes de produits lors de ce “dernier kilomètre”. Des rues de plus en plus étroites, de moins en moins d’accès au cœur de la ville, la distribution mute lentement pour s’adapter à des nouvelles conceptions urbaines.

Du poids lourd à la camionnette électrique

Jean-Philippe Mazet, directeur des transports de Carrefour France explique que les stratégies pour aborder au mieux le fameux dernier kilomètre se heurtent à deux problèmes. Le premier, c’est le bruit. “Il faut être capable de faire moins de 60 décibels – l’équivalent sonore de 2 personnes qui discutent face à face – pendant des horaires sensibles”, détaille-t-il. D’autant plus que, selon lui, les clients vivent généralement près des boutiques, ce qui les rendent sensibles au moindre bruit. Pas franchement agréable que de se faire réveiller de bon matin par un poids lourd livrant carottes et choux en bas de chez soi…

Le deuxième problème à contourner, c’est la motorisation des véhicules. Autrement dit, utiliser des moyens de transport autres qu’un énorme camion en plein centre-ville. “On teste l’électrique, l’hybride, et on se concentre également sur le bioéthanol”. L’électrique, c’est ce qu’utilise SNCF Geodis, propriétaire de France Express, pour acheminer ses colis. “Initialement, nous avions des circuits selon nos clients. Puis notre offre a migré”, détaille Jean-Michel Genestier, son directeur général. “Désormais, on massifie nos envois pour livrer ensuite avec des véhicules électriques, quartier par quartier, secteur par secteur”. De son propre aveu, installer ce nouveau mode de distribution n’était pas “simple”, mais il a prouvé à ses clients “que cette offre s’inscrit dans une logique urbaine et vertueuse”.

Des difficultés qu’ont également rencontrées les livreurs de Carrefour. “Cette optimisation du dernier kilomètre, on l’a travaillée sur plusieurs leviers : selon le rayonnement géographique des enseignes, sur la hauteur des palettes pour gagner le plus de place possible, mais aussi sur l’organisation de nos tournées avec nos fournisseurs pour maximiser nos moyens sur le temps”, prend le temps de raconter Jean-Philippe Mazet. Critique, il considère que dans cette optique, ses plateformes de livraison, actuellement ciblées selon le type d’enseigne (de l’hyper jusqu’à l’enseigne de proximité) doivent tendre vers une uniformité.

Vers une prochaine rentabilité économique ?

Ces efforts, faits essentiellement sous forme expérimentale, sont-ils rentables ? De l’avis de tous, pas encore. Olivier Galiana, délégué au développement urbain de la Poste, constate que “toutes les expérimentations faites jusqu’à présent n’assurent pas un service rentable. Mais il faut tout faire pour que ce dernier kilomètre soit sur une base économique acceptable”. De son côté, Jean-Michel Genestier parle “d’équilibrer a minima les flux, pour que le coût ne change pas pour nos clients”.

Une solution, il pourrait y en avoir une, estime Danièle Patier, vice-présidente de centre-ville en mouvement. “Sur les expérimentations faites, on voit que les modèles vertueux ont un surcoût qui va jusqu’à 20%, ce qui est important. Mais il peut être compensé par des produits de haute valeur ajoutée”. Elle balaie l’idée de subventions apportées par les collectivités. “Nous sommes complètement contre, le transport de marchandises n’est pas de l’ordre public, à la rigueur pour un bien public. En revanche, ce qu’on conseille aux collectivités, c’est d’aider le lancement de ces initiatives du dernier kilomètre”.

Si la viabilité économique n’est pas encore au goût du jour, “il ne faut pas pour autant jeter le bébé avec l’eau du bain”, s’exclame-t-elle. “Les initiatives étaient courageuses et prouvent que la mutualisation des produits très divers peut être rentable. Les efforts à faire sont du côté des chargeurs”. Et de citer un exemple montrant qu’avec un peu de logique et de jugeote, on peut arriver à réduire ses frais. “Différentes sociétés ont constaté qu’elles vendaient le même produit via le même fournisseur et ont donc mis en commun leurs moyens logistiques pour économiser jusqu’à 30% de leurs coûts”.

Une ville “intelligente” pour des parkings malins

Mais il n’y a pas que le fret, le grand public est lui aussi touché par les modifications qui s’opèrent au centre-ville. , maire de Besançon, l’assume : “C’est une volonté politique que de donner de la place au tramway et de chasser la voiture”. Avant de rajouter que les voitures particulières sont “captées dans des parkings relais” en périphérie de la ville, mais “offre des services aux usagers”. Et de citer qu’une personne stationnée récolte deux tickets de tramway en fin de journée.

Jongler entre les différents modes de transport, c’est ce qui s’appelle l’intermodalité. Et pour le directeur général de Keolis Dijon, Laurent Verschelde, il faut la rendre simple, pointant du doigt les différents tickets qu’il faut entre un bus Divia, le réseau du Grand Dijon, et Transco, le réseau du conseil général de Côte-d’Or. Le directeur général de Vinci Park, Sébastien Fraisse, estime pour sa part que les “parkings ne sont plus une fin en soi, mais un changement de mode de transport”. Une mutation logique qui s’articule autour de services divers, notamment d’applications permettant de localiser des places, de chercher une ligne de bus…

Alors que ses arrêts de tramway modifient le volume de leurs annonces selon les horaires de la journée (doux le matin, plutôt énergique le soir), Jean-Louis Fousseret rajoute que cette “nouvelle connexion doit rendre facile la vie. On doit rapidement savoir les horaires et déterminer comment se rendre à un point donné”.

Adieu petites places de parking dénichées avec amour et envie au coin d’une rue, et bonjour énorme parking impersonnel aux multiples services d’assistanat.

Les commentaires sont clos.

  1. Intéressant mais peut-on encore flâner sans lêche-vitriner voire pire?

    Dijon Autrement le vendredi 4 juillet 2014 à 12h53