Dites bonjour à votre manager de centre-ville !

2014-06-centre-ville-commerce-JJ-miroir-24

Vous ne connaissiez pas cette nouvelle fonction, normal, c’est un emploi encore peu connu. Il existe depuis 10-15 ans, sans toujours dire son nom. Le Miroir a rencontré Jean-Nicolas Buatois, ancien Dijonnais, parti faire carrière dans le centre-ville de Villeurbanne.

Tous les jours dans l’action, il croit que sans une véritable volonté municipale, il ne peut pas y avoir de manager de commerce. Et sans cette nouvelle fonction, pas de centre-ville en bonne santé.

Un manager de centre-ville, c’est quoi ?

C’est une personne chargée de veiller à la dynamisation d’un centre-ville d’un point de vue commercial, donc d’avoir une vision d’ensemble. Il prend notamment en compte toutes les questions d’urbanisme : stationnement, circulation, propreté, sécurité, accessibilité, transports en commun. Son souci, c’est l’accès à la qualité de vie dans un centre-ville qui permettra l’émergence d’une vie économique et commerciale.

Le manager est-il plutôt un commercial ou un agent municipal ?

Le manager apporte le lien entre vie économique et vie municipale. Mon travail c’est vraiment cela. On dit souvent du manager qu’il a un rôle de chef d’orchestre. Auprès des services de la ville, il va leur dire par exemple au moment d’un festival littéraire, comme c’est le cas à Villeurbanne, “attention, quand vous faites les spectacles de ne pas être pile en face de la vitrine d’un commerce, parce que pendant une demi-journée, aucun client ne va rentrer dedans”. Il est là pour mener les gros et les petits ajustements. Éviter qu’un rue soit coupée toute une journée. Parce qu’évidemment, si les voitures ne peuvent pas venir, le commerce marche moins bien.

Du côté des commerçants, il est celui qui va les fédérer, les dynamiser, leur faire financer aussi la structure, les faire participer à des programmes comme des chèques cadeaux. On s’inspire des méthodes des centres commerciaux.

Un “bon maire” comprend tout de suite que s’il veut réussir un mandat, il doit s’approprier très vite la question du commerce
Ce nouveau rôle est né d’un constat d’échec en France ?

Oui. En France, on a très vite adopté les formats de zones économiques de périphérie à l’américaine qui ont donc conduit à construire des surfaces à l’extérieur des centres-villes – typiquement Quetigny par exemple – où là, la voiture permettait aux gens de se déplacer  et d’aller faire leurs courses à l’extérieur. Mais quand on a commencé à constater que les centres-villes se sont désertifiés au profit des zones périphériques, les collectivités ont commencé à se dire qu’elles devaient faire quelque chose. Donc le premier indice, c’est sans doute la création du FISAC par l’État en 1989.

Alors qu’en Angleterre et en Belgique, ils n’ont pas du tout ce schéma-là, donc dans des villes comme Liège, on n’a pas de zone économique périphérique. Du coup, ils ont gardé des centres-villes forts. Et dès le départ, ils ont tout de suite eu à l’esprit de professionnaliser la démarche et la manière d’appréhender le centre-ville.

C’était donc un constat global en France, Dijon n’est pas la seule ville à avoir un centre-ville en perte de vitesse ?

Oui, il me semble. Dans les années 1970, les zones périphériques ont vu le jour. Une dizaine d’années après, on a commencé à se rendre compte que le centre-ville était en train de se vider. On a vu en parallèle l’émergence de la pollution due aux véhicules, et on s’est rendu comte que les centres-villes finissaient par être sales, pollués, vides. C’est là qu’on a réagi en France, et que l’on a commencé à regarder ailleurs, vers les pays anglo-saxons, d’où vient le concept de manager de centre-ville ou de commerce.

D’abord avec une importation directe du concept anglo-saxon, pour la région Rhône-Alpes – mon management est issu de cette école-là – avec une structure indépendante qui regroupe tous les partenaires ayant une action sur le centre-ville. De fil en aiguille, les maires s’approprient le concept de manager. Je dirais qu’un “bon maire” comprend tout de suite que s’il veut réussir un mandat et construire sa ville, il doit s’approprier très vite la question du commerce.

Le tram a permis de rapprocher la banlieue du centre-ville. Mais forcément a eu aussi l’effet inverse
Est-ce que la Ville de Dijon s’en est bien sortie de ce côté-là ?

Je manque sans doute d’un peu de retours, je trouve tout de même que le tram a permis de structurer la ville, de rapprocher la banlieue du centre-ville. Mais forcément a eu aussi l’effet inverse. Je trouve que la rue de la Liberté est toujours pleine de monde. Après bien sûr, il faut différencier le passant du consommateur. Je n’ai pas l’impression que c’est une mauvaise chose pour l’instant. Mais je ne connais pas le chiffre d’affaires.

Et puis, nous sortons d’une période de crise, nous sommes encore un peu dedans, pour le commerce, c’est très difficile. Donc il faut bien différencier les phénomènes macro-économiques, des phénomènes micro-économiques.

Est-ce qu’un quartier peut prendre son envol grâce à un manager ?

Chaque manager a sa propre mission. À Villeurbanne, je suis sur un centre-ville qui date des années 30, qui a été construit d’une pièce quasiment entre 1929 et 1934 qui s’appelle Les Gratte-Ciel, dans un patrimoine protégé avec 100 locaux commerciaux qui appartiennent au même propriétaire, une Société d’économie mixte () dont 70% appartiennent à la mairie. C’était un vrai pôle d’agglomération, un vrai pôle commercial avec des artisans et des commerces.

Simplement, ces dernières années, le Grand Lyon a une politique commerciale très offensive avec l’émergence de gros pôles commerciaux (Carré de Soie, Confluences) qui sont venus dépasser les autres pôles commerciaux comme Les Gratte-Ciel. Donc mon rôle c’est de redynamiser cet endroit, leur donner un second souffle. On travaille vraiment sur des actions de promotion et de diversification commerciale. L’idée étant de faire revenir du monde au centre-ville de Villeurbanne.

Dans un autre registre, des collègues d’Oullins ont été confrontés à une autre problématique : ils ont été obligés de faire venir de grandes enseignes nationales pour qu’elles se comportent comme un moteur du commerce. Avant cela, ils n’avaient que des indépendants, mais qui manquaient peut-être un peu de professionnalisme, avec des boutiques qui devaient vivoter plus que vivre. À chaque manager sa mission.

Une dizaine d’années après, on a commencé à se rendre compte que le centre-ville était en train de se vider
Quelle est la position du maire là-dedans ?

Si le maire ne veut pas de manager, cela ne sert à rien, car il ne l’écoutera pas. Dans mon cas, le maire a voulu un manager de centre-ville, mais on est encore en train de le convaincre. Quand le maire est convaincu, cela donne des exemples comme à Montrouge où c’est presque lui le manager de centre-ville et après il a un bras armé, le manager. C’est vraiment la meilleure solution. Sinon, la plupart du temps, on peut avoir une union commerciale d’associations des commerçants qui fait généralement comme elle peut pour faire de petites animations. Le maire applique sa politique de stationnement complètement déconnectée de la question commerciale. Mais c’est là qu’on fint par avoir des centres-villes qui fonctionnent mal.

Est-ce que la mairie peut financer des actions pour redynamiser un centre-ville ?

Elle peut le faire plus facilement à travers une SEM. Sinon via les fonds publics, la démarche est beaucoup trop lourde, compliquée, il faut procéder par délibération, monopoliser beaucoup d’argent et revendre les locaux préemptés au bout de 3 ans. Parfois ce délai ne suffit pas pour redynamiser un quartier. La SEM a les mains beaucoup plus libres, elle ne dépend pas des marchés publics autant qu’une collectivité. C’est un outil public-privé, beaucoup plus facile à mettre en place. C’est une structure plus souple, plus petite et plus efficace. À Villeurbanne, nous avons vraiment l’ambition de gérer le centre-ville comme un centre commercial, mais avec une SEM.

La SEM permet de neutraliser les loyers, de dire non à des banques, de définir un vrai plan de merchandising
N’y a-t-il pas un risque de dérive à créer un centre commercial à ciel ouvert ?

Une SEM a tout de même l’intérêt général en tête. On a quelques centres commerciaux  de plein air à Lyon, comme la rue de la République, elle n’appartient qu’à du privé. Ici les objectifs sont plutôt financiers que d’intérêt général, donc on assiste effectivement à une spéculation. Les métiers de bouche ne peuvent plus s’installer.

La SEM permet de neutraliser les loyers, de dire non à des banques, de définir un vrai plan de merchandising en disant : “ici, c’est d’accord pour une banque ou deux, mais là on va garder un loyer modéré pour accueillir des métiers de bouche”. Par exemple, pour conserver une charcuterie, on a fait en sorte que le loyer soit accessible à la revente à un autre charcutier. Il s’agissait d’un couple de 25 ans qui allait avoir un enfant, on leur a permis de vivre dans l’appartement du dessus qui appartient aussi à la SEM. Cela parait être un détail, mais cela permet de garder des métiers comme cela.

Je suis dans une dynamique où il faut toujours convaincre la municipalité de préserver la question du commerce. Par exemple, notre maire est très axé sur la culture et le développement durable. On a donc une politique offensive qui tend à réduire la place de la voiture. On dit “attention à ne pas appliquer les recettes comme cela et faire attention au tissu commercial existant”. Certains commerçants font 1/4 de leur chiffre d’affaires avec des personnes qui viennent en voiture.

Si demain on leur supprime, ce sontt des commerces qui couleront.

Un centre-ville sans commerce, c’est un centre-ville … ?

… Qui meurt. Comme celui de Béziers. Et puis on a d’autres exemples où l’on a une vraie corrélation entre montée de l’extrême droite et centre-ville mort. Un centre-ville qui vit avec des commerces, c’est un centre-ville sécurisé, vivant, qui va attirer des populations dynamiques avec des enfants, une population diversifiée qui va attirer les projets culturels. On arrive à avoir un vrai vivre-ensemble.

On essaie de montrer que les commerces, ce sont des lieux de convivialité et pas seulement de business. Et puis, c’est de la taxe professionnelle, c’est de l’emploi.

Les commentaires sont clos.

  1. Anticonsuméristement (bis)

    Dijon Autrement le vendredi 4 juillet 2014 à 12h50

  2. Il veut pas revenir a Dijon ce monsieur de Villeurbanne comme manager de centre ville ?

    funshopping le vendredi 4 juillet 2014 à 17h53

  3. Bonjour,

    L’objectif de notre service Smartstreet est de proposer aux commerces de proximité les mêmes moyens de communication que la grande distribution. Déjà plusieurs commerçants nous ont fait confiance. Bien à vous.

    dupard le mardi 15 juillet 2014 à 16h17