Alain Houpert (UMP) souhaite “changer le regard sur la valeur travail”

Le sénateur UMP de la Côte-d’Or et conseiller municipal de Dijon, , signe une tribune, sur l’avenir de l’école : “Depuis les années 70, nous avons perdu le sens des réalités. L’apprentissage et les filières professionnelles ont été délaissés à tort et l’enseignement général a été sciemment coupé du monde de l’entreprise, par idéologie et sectarisme.”

Lire la tribune ci-dessous.

“En pleine période de bac, l’annonce de la fin des notes scolaires par le ministre de l’Education nationale ne passe pas inaperçue… même si l’initiative relève pour beaucoup de la pure démagogie :

la mondialisation exige de chacun davantage de compétences, de capacités pour s’adapter, se former et travailler : la compétition et l’évaluation sont partout, en permanence.

Vouloir les sortir de l’enseignement, c’est en réalité créer une France à deux vitesses, avec d’un côté les élèves qui réussiront par eux-mêmes et de l’autre les élèves qui, malgré leur bonne volonté, n’arriveront pas à s’en sortir, n’ayant pas eu la chance d’être stimulés.

Quelle bienveillance pourrait apporter ce nouveau système d’évaluation scolaire basé sur un choix de plusieurs couleurs ? Le rose vaudrait-il la meilleure note ? Et qu’en penseront les daltoniens ?

Comme pour les rythmes scolaires, il faut plutôt parler de la compétitivité de la France, car c’est à nous de créer les conditions d’accessibilité à l’emploi pour les générations futures.

Avec près de deux millions de jeunes de 15 à 29 ans qui ne sont ni en emploi, ni en éducation ou en formation, soit 17 % de cette tranche d’âge, nous détenons un bien triste record en Europe.

Depuis les années 70, nous avons perdu le sens des réalités. L’apprentissage et les filières professionnelles ont été délaissés à tort et l’enseignement général a été sciemment coupé du monde de l’entreprise, par idéologie et sectarisme.

En vingt-cinq ans, le taux de réussite au baccalauréat est passé de 20 à 80% mais que vaut-il aujourd’hui ? Bien souvent faute de préparer à un projet professionnel, il ne débouche pas sur l’emploi… Il n’est qu’une porte pour entrer à l’université… où se poursuit l’hécatombe des décrocheurs que l’on connaît dans le secondaire. Mais sans bac en poche, les jeunes savent qu’il leur sera encore plus difficile d’entrer dans la vie professionnelle.

Supprimer le système de notation, c’est dénigrer par avance le goût de l’effort pour apprendre et continuer à apprendre, c’est niveler par le bas en ôtant la possibilité à chaque élève d’évaluer ses propres progrès ou reculs, d’un trimestre à l’autre, et de se situer par rapport à l’ensemble de sa classe. Quelle motivation peut-il désormais trouver en lui pour s’accrocher et redoubler d’efforts ? La perte de tous repères risque bien d’anéantir les meilleures volontés et d’augmenter le nombre de ces jeunes désorientés, facilement découragés et mal préparés à entrer dans la vie active.

A l’image de notre gouvernement qui préfère céder à la facilité plutôt que de remettre le pays sur pied, pouvons-nous continuer à couper l’enseignement du monde de l’entreprise et des métiers ? Combien de parents découvrent, fort désemparés après avoir payé les études de leurs enfants, que l’ascenseur social par les études ne fonctionne plus, parce que la demande des entreprises s’ajuste à une offre inflationniste de diplômés ?

La crise économique que nous traversons doit nous conduire à penser autrement : le diplôme protège de moins en moins et exclut de plus en plus. La solution nous vient peut-être d’Allemagne, où l’apprentissage attire un jeune sur deux et constitue une filière normale pour devenir cadre ou ingénieur, au terme d’un parcours initiatique dans les différents fonctions de l’entreprise. En France, un jeune sur dix seulement.

Note ou pas note, il est urgent de changer le regard que nous portons sur la valeur du travail, facteur essentiel d’intégration dans nos sociétés modernes.

Bons ou mauvais élèves, il nous faut changer nos mentalités, car comme l’écrit fort à propos mon ami le professeur Michel GODET, qui enseigne au Conservatoire des arts et métiers, « s’il est dur de rater le bac, il est aussi de plus en plus difficile de réussir sans lui”

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