Pays de Guédelon : découvrez le tourisme ‘intime et sauvage’

Philippe, responsable du nouveau moulin à aube du château de Guédelon | Photo Jonas Jacquel

Philippe, responsable du nouveau moulin à aube du château de Guédelon | Photo Jonas Jacquel

En Bourgogne, aux confins de la Nièvre et de l’Yonne, un pays rivalise de dynamisme pour imposer ses atouts. Depuis 20 ans, on l’appelait -Forterre . Mais dès cet été il s’étend et change de nom, désormais, appelez-le Pays de .

Autour de la construction du château fort, son projet phare, porteur non seulement de valeurs, mais aussi d’une véritable vision sociale, la zone reconstitue ses forces afin de frapper mieux et plus fort en s’autofinançant. Le Miroir s’est demandé pourquoi et comment les acteurs privés avaient repris le flambeau d’une activité habituellement gérée par les collectivités.

Et pour le savoir, quoi de mieux que d’en discuter avec le président du Pays de Guédelon, Eric Ozenne ?
(Avant de retrouver les must see (les incontournables) de la Puisaye sur notre guide intelligent des destinations)

Les professionnels de unis en Puisaye

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Début 2014, le Réseau des professionnels du tourisme de Puisaye-Forterre a pris l’initiative de voler de ses propres ailes, depuis que des restrictions budgétaires ont été votées par les pouvoirs publics. “Cette fois, nous intervenons en amont, en captant les visiteurs, en travaillant avec les professionnels de l’accueil. Cela ne changera rien à notre façon de travailler, nous collaborons encore avec l’Office de tourisme et de développement régional”, assure Eric Ozenne.

Mais pourquoi préférer cette nouvelle entité de tourisme appuyée sur une logique de pays ? “Le principal intérêt, c’est que nous allons nous positionner du point de vue du visiteur, adopter le même regard que lui. Les structures administratives ne sont pas adaptées à cette vision qu’ont les touristes du pays qu’ils traversent. Par exemple s’ils viennent de Treigny en voiture, il mettront une bonne heure et croiseront 4 départements et deux régions. Aujourd’hui, l’organisation du tourisme est calquée sur l’organisation administrative.”

Le pays de Guédelon remplace donc l’entité Puisaye Forterre. Assisterait-on à une prise de pouvoir du privé ? “Il n’y a pas de prise de pouvoir. Au niveau du pays, la prise de décision est déjà fractionnée en un triumvirat matérialisé par un comité extra-syndical entre les représentants des professionnels du tourisme, les offices de tourisme et les élus. La maison de Puisaye-Forterre avait ce rôle mais elle a été dissoute. Les subventions européennes et régionales étaient arrivées à échéance et n’ont pas été reconduites. Pourquoi ? Je pense que la puissance publique a eu besoin de faire des économies.”

En Bourgogne, une logique d’efficacité

Le château fort de Guédelon en pleine construction | Photo Jonas Jacquel

Le château fort de Guédelon en pleine construction | Photo Jonas Jacquel

La Puisaye est dessinée sur 4 départements et deux régions dont la Bourgogne, difficile donc d’accorder les volontés politiques, difficile aussi de communiquer à destination des touristes sur ce maillage. Pour mieux saisir l’identité, le pays a donc décidé de s’affranchir des codes traditionnels et d’aller vers des partenariats privés : le Pays de Guédelon est donc centré sur le site de la construction du château fort éponyme et collabore avec une centaine d’entreprises et micro-entreprises – avec entre autres des producteurs et hébergeurs locaux.

Cette réorganisation un peu forcée découlerait-elle d’un manque d’intérêt de la part de la région Bourgogne pour la Puisaye ? La réponse du président du Pays de Guédelon est simple : “Quand on a un territoire à faire connaître, il me semble normal qu’une région mette en avant le point le plus dynamique, soit la Côte-d’Or en Bourgogne. Mais regardez bien, c’est également notre démarche. Nous nous appuyons sur Guédelon. C’est une logique d’efficacité pour obtenir un maximum d’efficacité. Et puis, c’est salutaire, cela nous encourage à nous structurer, nous prendre en main.

Paradis pour les familles parisiennes – et encore trop peu bourguignonnes – la Puisaye de demain a déjà trouvé ses contours géographiques : Auxerre, Chablis, Vézelay, La Charité-sur-Loire, Sancerre et Joigny. Il y a 20 ans déjà, l’activité touristique avait été construite et démultipliée autour de l’initiative du château médiéval de Guédelon. Aujourd’hui, cette locomotive économique renforce son rôle de leader et donne le rythme. Avec cette marque concédée par l’équipe de l’aventure médiévale, le “Pays de Guédelon” espère se hisser au rang des destinations de rang international.

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Pays de Guédelon : une utopie touristique ?

Une petite maison du village médiéval de Guédelon | Photo Jonas Jacquel

Une petite maison du village médiéval de Guédelon | Photo Jonas Jacquel

Ses valeurs phares seront l’homme et l’environnement, placés au centre de leurs initiatives. “C’est la marque de fabrique de la Puisaye. 95% des structures sont familiales. Donc la carte génétique du pays est forcément à l’image des gens qui la composent. Le Pays de Guédelon, c’est un tourisme responsable, durable.” Comme pour l’aventure Guédelon, les acteurs seront donc soucieux de tisser un maillage collaboratif en circuit-court, axé sur le respect de la nature et de l’artisanat.

La coopération s’appuie sur une charte précisant quelques incontournables : “amabilité, courtoisie, chaleur et sourire, disponibilité, attentions particulières, conseils personnalisés”. Mais aussi des engagements plus humanistes comme : “conduire mon activité touristique dans un esprit de tolérance et de respect de la diversité, et spécialement des droits particuliers des groupes les plus vulnérables, tels que les enfants, les personnes âgées ou handicapées”. Ou encore “Mener mon activité de façon responsable sur le plan éthique, social et environnemental” voire : ” fournir aux touristes une information objective et sincère sur les conditions d’accueil et de séjour, à agir en toute transparence en ce qui concerne la nature, le prix et la qualité des prestations fournies”.

Une charte digne d’une utopie touristique, qui veut pourtant rester intimiste : “On ne peut pas industrialiser ce pays de Guédelon. Aucune structure ne serait capable de gérer un tourisme de masse. Nos plus gros hôtels ont 20 chambres. Nous avons fait le choix de multiplier les petites structures car nous refusons ce qui ne correspond pas à notre pays ‘pudique et sauvage’.”

Non, l’idée, c’est de jouer sur la complémentarité des compétences existantes afin de renforcer l’écosystème et pour cela, le nouveau périmètre de 4000 kilomètres carré sera un vrai atout : “Avec le Pays de Guédelon qui va au delà de la Puisaye, vante son président, on retrouve des hôtels avec des capacités plus élevées, du côté d’Auxerre ou de Vézelay. En agrandissant notre territoire, nous élargissons les possibilités de complémentarité et la palette des activités. Notre but, c’est d’éviter les phénomènes de concentration qui sont néfastes pour tout le monde et répartir les visiteurs sur des saisons de 7 mois (et non seulement 2 mois d’été) et sur le territoire de 4000 km2.” Retrouvez ici notre article sur ce thème.

Les commentaires sont clos.

  1. Bel article

    Dijon Autrement le mercredi 16 juillet 2014 à 12h03

  2. Vivent les Poyaudin-e-s et les Icaunais-es en général!

    Dijon Autrement le mercredi 16 juillet 2014 à 12h06

  3. “les must see de la Puisaye” Wouaouhhh Vous speak well la France !! Ce n’est pas vous qui avez crée le “Shop in Dijon” ou le “Dijon pass card” ?

    Sireuil le jeudi 17 juillet 2014 à 8h15

  4. Nous reparlerons de tout ça d’ici quelques temps avec les dizaines de professionnels perdus entre Vézelay et Auxerre ou Joigny qui se sentiront exclus, floués lorsqu’ils comprendront que tout tourne autour de Guèdelon… Car ne rêvons pas, faire bouger les frontières ne va pas démultiplier la fréquentation de ce territoire ! Et Guèdelon a tout compris : “Pays de Guèdelon” ou comment fédérer pour faire sa propre comm ! Bon courage…

    Deb le vendredi 18 juillet 2014 à 19h22

  5. Marion Chevassus

    Cher Sireuil, merci de votre intérêt pour le Miroir. Pour votre plus grand plaisir, vous trouverez désormais la traduction de “must see” dans une parenthèse attenante ! Je ne vous dévoile rien 😉

    Marion Chevassus le vendredi 18 juillet 2014 à 19h25