Pascal Mailhos, l’homme de terrain

Photo Jonas Jacquel

Photo Jonas Jacquel

La file d’attente s’étend à travers toute la cour de la préfecture. Au sommet des marches, , accompagné de sa femme, salue chacun des invités. Certains sont venus avec des cadeaux : on repère des bouquets de fleurs, un lot de pain d’épice…

Pour sa dernière soirée à Dijon, le préfet de Côte-d’Or accueillait les forces vives du département dans les jardins de la République. Une garden-party sous forme d’adieu pour celui qui, après deux ans et demi à Dijon, va prendre ses fonctions à Toulouse, lundi 30 juin. Il sera remplacé par .

La région, chaque mois

En 2011, le hasard du calendrier avait voulu que Pascal Mailhos prenne ses fonctions le jour de son cinquante-troisième anniversaire. Il souhaitait à l’époque s’inscrire dans la durée. Dans le salon Jean-Mairey, il pointe le tableau qui liste l’ensemble des préfets de Côte-d’Or depuis la Révolution et fait ses comptes : près de deux ans et demi au service de la Bourgogne. “J’ai voulu incarner l’image d’un État proche, modeste et réactif”, assure-t-il. Derrière ses lunettes rectangulaires, il se souvient de son grand-père, suspendu par le gouvernement de Vichy. “Je n’en parle que rarement, mais c’est surement de lui que vient ma vocation”, explique-t-il devant des résistantes, quelques jours après la décision du conseil des ministres.

Samedi 28 juin, peu après midi, il a définitivement quitté Dijon pour rejoindre Toulouse. Un territoire loin d’être inconnu puisqu’il est originaire d’Albi, à tout juste une heure de route de la ville Rose. “La Bourgogne me laisse des souvenirs très forts. C’est une région très particulière, tiraillée entre l’Île-de-France ou Lyon, mais qui dispose de nombreux atouts, aux paysages somptueux, qu’il faut faire fructifier”. Chaque semaine, en général le mercredi, il s’était fixé comme règle de faire un déplacement dans chaque département. En Côte-d’Or, il aurait visité plus d’une centaine de communes.

Le 22 novembre, pour la première fois en 110 années d’existence, la Société dijonnaise d’assistance par le travail (Sdat) a reçu un préfet

Le 22 novembre, pour la première fois en 110 années d’existence, la Société dijonnaise d’assistance par le travail (Sdat) a reçu un préfet

“Cette organisation du territoire si particulière nécessitait un tel dispositif”, souligne-t-il. “C’était à la fois une attente des acteurs locaux et une source d’enrichissement”. Cette présence a des conséquences parfois inattendues. Dans les services de l’hôtel Bouhier de Lantenay, on explique avoir quasiment 50 centimètres de “retombées presse”, c’est-à-dire un empilement conséquent d’articles parus uniquement dans la presse écrite locale. “C’était un préfet très présent c’est vrai, qui a toujours assuré qu’il répondrait même pour dire qu’il ne répondrait pas”.

Comme ce jour de janvier 2012. Le préfet a convié la presse à partager la traditionnelle galette. Sauf que quelques heures auparavant, le journal Le Monde révèle son nom dans une affaire de manipulation au cœur de la Police des polices. “Nous sommes là pour parler de la galette et uniquement de la galette !”, répondit-il.

L’incarnation de l’Etat

En janvier 2014, autre galette et autre scène. Les apprentis boulangers sont là, pour présenter leur travail. Un à un, le préfet les interroge : Lieu d’habitation, formation, ambition. Tout y passe et manifestement, des deux côtés, les sourires trahissent une certaine fierté pour les uns et une soif d’en savoir plus pour l’autre. En devenant préfet, Pascal Mailhos est un peu passé de l’ombre à la lumière.

En 2004, alors qu’il est âgé de 45 ans, il devient le directeur central des renseignements généraux en succédant à Yves Bertrand. Sa nomination est l’occasion d’un bras de fer entre la place Beauvau qui avait alors Nicolas Sarkozy pour locataire et l’Élysée, tenu par Jacques Chirac. Celui qui deviendra plus tard Président de la République voyait plus volontiers un certain Bernard Squarcini à la tête des RG. Énarque, il a donc fait le plus clair de sa carrière au ministère de l’Intérieur. Il est même devenu chef de cabinet de Philippe Séguin en 1986 alors qu’il était ministre des Affaires sociales et de l’Emploi.

En région, il assure avoir “joué le jeu du dialogue”, afin “d’apporter une réponse adaptée à chaque problématique”. Son directeur de cabinet, Sébastien Humbert confirme : “D’après l’article 72 de la Constitution, le préfet doit représenter chacun des membres du gouvernement. Pascal Mailhos, c’est ce que je retiens de lui à titre personnel, avait une vision intense, quasi obsessive, de l’incarnation et de la représentation de l’État sur le territoire”. Son collaborateur décrit un homme à l’organisation “quasi militaire”, pour “répondre aux enjeux de la représentation”.

De gauche à droite : Rémi Delatte, député UMP de Côte-d'Or, Alain Millot, maire de Dijon, François Rebsamen, ministre du Travail, Pascal Mailhos, préfet de Côte-d'Or, Louis de Broisia, ancien sénateur et conseil général de la Côte-d'Or et François Patriat, sénateur et président PS du conseil régional de Bourgogne | Photo Jonas Jacquel

De gauche à droite : Rémi Delatte, député UMP de Côte-d’Or, Alain Millot, maire de Dijon, François Rebsamen, ministre du Travail, Pascal Mailhos, préfet de Côte-d’Or, Louis de Broisia, ancien sénateur et conseil général de la Côte-d’Or et François Patriat, sénateur et président PS du conseil régional de Bourgogne | Photo Jonas Jacquel

Chaque jour, le même rituel : “Une première réunion à 7h30 ou 8h pour faire le point sur la nuit et la journée qui vient, une seconde réunion le soir pour discuter du fond des sujets”, rappelle Sébastien Humbert. “Il laisse derrière lui des équipes éreintées”, confirme un membre de son entourage. Et parmi ces sujets, Pascal Mailhos en retient quatre majeurs, aux premiers rangs desquels on retrouve le dossier des inondations qui ont touché la Côte-d’Or il y a un an. “Un jour nous serons à nouveau confrontés à de tels problèmes c’est pour cette raison que chaque commune doit se doter d’un plan communal de sauvegarde”, souligne-t-il.

Il se félicite en outre d’avoir réussi à se faire reparler des mondes parfois dos à dos : celui des agriculteurs et celui des chasseurs sur le dossier de la tuberculose bovine, les viticulteurs dans la lutte contre la flavescence dorée. “La préfecture doit toujours être reconnue comme un acteur objectif, qui n’est pas rentré dans le jeu de la polémique et ça, le préfet a toujours réussi à le faire”, note Sébastien Humbert. “Comme pour le dossier de l’aéroport de Dijon où nous avons réussi à mettre autour de la table, l’ensemble des acteurs. Et pour ça, il faut être irréprochable, avoir une véritable éthique de vie”. Il en est de même avec l’épineuse question des demandeurs d’asile. Au lendemain de l’évacuation du squat de l’École des Greffes, le 2 juillet 2012, les associations humanitaires dénoncent la “brutalité du procédé”. Lui ne répondra pas.

La fraternité est le ciment de la société

Mais s’il est un domaine qui a plus particulièrement jalonné son action en Côte-d’Or et en Bourgogne, c’est bien celui de l’engagement. “Si la liberté et la fraternité sont des valeurs très juridiques, la fraternité est le ciment de la société”, assure-t-il. “J’ai souhaité mettre en avant cet engagement, inciter les gens à sortir de l’entre soi pour aider les autres”. À des jeunes collégiens il explique que c’est à leur âge que des personnes se sont engagées, sont mortes pour leur pays, pour notre liberté.

“Il est intarissable sur le sujet”, reconnaît Sébastien Humbert. “Il considère que nous n’en faisons jamais assez”. Sa première visite en tant que chef de cabinet du préfet du Finistère en 1985 était pour l’Île de Seine, sa dernière, avant d’arriver en Bourgogne, était aussi pour Sein. “Quelques jours après son célèbre appel, le Général de Gaulle avait eu cette phrase célèbre : ‘L’Île de Sein, c’est donc le quart de la France'”, se souvient-il. “Sur le monument des Français libres, personne ne parle. Personne, sauf le Général de Gaulle. C’est un symbole de l’engagement”. De ce lieu qu’il garde en mémoire, il a ramené une aquarelle, offerte par les Compagnons. Elle trônait en bonne place dans son bureau. Et l’a suivi jusqu’à Toulouse.

Les commentaires sont clos.

  1. Merci Jérémie sur ce papier montrant le personnage, et la belle communication de son directeur de cabinet M Humbert !

    Pascal Mailhos, un préfet largement soupconné d’implication dans l’affaire des fadettes, est un préfet qui n’aura pas laissé de trace en Bourognge, très fier de sa personne, sans écoute.

    L’aéroport de Dijon, qu’a-t-il sauvé du désastre actuel ?

    Tuberculose bovine et flavescence doré : qu’a-t-il fait réellement ?

    En Bretagne, il a laissé le souvenir d’un préfet éreintant, sans écoute, en Bourgogne également.

    Bon vent au prince, le plus loin de nous au possible. La Bourguogne méritait mieux ! Et plaigons la région Midi-Pyrénées…

    Alexandre le mardi 1 juillet 2014 à 23h06

  2. Pas de commentaire

    Dijon Autrement le mercredi 2 juillet 2014 à 20h18