Reza : “Ces jeunes vivent dans des sociétés endommagées”

Photo Jonas Jacquel

Photo Jonas Jacquel

Le célèbre photographe d’origine iranienne, Reza était à Dijon cet après-midi, 27 juin 2014, pour la restitution d’un atelier qu’il a lui-même mis en place dans plusieurs villes de France (voir sur les réseaux sociaux ici)  avec le réseau Unis Cité et des jeunes volontaires en service civique.

Les élèves ont été formés 6 mois durant par le photographe dijonnais Julien Dromas. Ils ont appris les techniques leur permettant de communiquer dans le langage universel de la photo.

Ce soir, ils ont pu assister à la projection à l’Hôtel de Voguë de 200 de leurs clichés sélectionnés. Prudence, un jeune homme passionné de photo et déjà en quête de moyens pour mener un projet à bien à Lampedusa a été gratifié par Reza parmi tous les autres participants aux ateliers.

Mais pourquoi offrir à ces jeunes en décrochage un projet d’une telle envergure ? Interview.

“La photographie, enfin un outil pour s’exprimer dans toutes les langues”

Quelle est l’origine de votre démarche, depuis quand menez-vous ces ateliers de front ?

Cela s’inscrit dans un projet que je mène depuis une trentaine d’année, en parallèle de mon travail de photographe. La formation et la transmission aux personnes qui ont besoin d’un outil pour s’exprimer. Pendant longtemps, j’ai travaillé dans des zones de guerre et de conflit, j’ai créé des associations à Kaboul, dans les camps de réfugiés, en Irak, en Ouganda, en Jordanie, au Sri Lanka. Mon idée est de dire qu’aujourd’hui, beaucoup de gens ont besoin d’un outil pour s’exprimer. Évidemment, la situation de beaucoup de jeunes dans les banlieues européennes, c’était quelque chose aussi qui m’intriguait beaucoup. En 2010, j’ai lancé un projet dans une banlieue en Sicile, avec une centaine de jeunes pour apprendre la photographie. Et ensuite, le deuxième, c’était à Toulouse dans le quartier Mirail, l’année dernière, et cette année, J’ai lancé la même expérience dans six autres villes en France. Les bénéficiaires de ces projets, ce sont des jeunes, décrocheurs, ou en situation difficile ou qui quelque part, n’étaient pas intégrés dans la société.

Pourquoi particulièrement ces personnes là ?

Cela fait partie des personnes sur lesquelles je travaille depuis 30 ans en tant que photographe. Des populations qui sont dans une société civile endommagée. Que ce soit dans les zones de guerre ou de conflit à Kaboul ou dans le camp de réfugié ou dans les banlieues européennes, il y a un vrai problème de crise d’identité quelque part, il y a des jeunes qui ont besoin qu’on leur montre un autre chemin de la vie. Et la photographie – ce n’est pas former des futurs photographes qui m’intéresse – c’est plutôt de leur donner un moyen, un outil, avec lequel ils peuvent s’exprimer, aller vers les autres, découvrir la vie différemment. Et le résultat est sous vos yeux.

Quels regards portez vous sur les travaux rendus par les jeunes ?

Cela fait quelques jours que je fais la tournée de tous les services civils, avec en tout, 120 jeunes pris dans le projet. Le résultat dépasse vraiment nos espérances. En six mois, ils sont devenus des jeunes qui présentent bien, qui regardent vers la vie, vers leur avenir. Et d’autre part, même en photographie, ils ont fait un travail magnifique pour montrer leur environnement, leurs soucis, leurs joies, leur regard sur la vie.

2014-06-reza-photo-JJ-miroir-12

Julien Dromas, Reza et Prudence, lauréat des ateliers Reza | Photo Jonas Jacquel

Est-ce qu’un regard d’enfant c’est le même regard que celui d’un photographe ?

Au fond, il n’y a pas de regard d’un photographe ou d’un enfant. Au fond, c’est utile, la façon dont j’enseigne, dont je transmets, c’est un outil qui permet à chacun d’exprimer son intérieur, sa pensée. Donc en regardant bien les photos et en essayant de connaître chaque jeune, vous allez voir combien ce qu’ils ont pu faire correspond à leurs identités, et à leur histoire. Je n’enseigne pas LA photographie. Ce que j’essaie de faire, c’est leur donner les moyens de cette écriture, ce langage universel. Avec, ils peuvent parler à tout le monde dans le monde entier. Demain, ils peuvent exposer cela en Chine ou au Japon, ils n’auront pas besoin de traduire leurs photos, les gens comprendront. C’est cela qui nous intéresse.

Vous avez choisi le thème de la famille pour ces ateliers, pourquoi ?

En effet. Il y a un e vraie crise dans les sociétés par rapport à la famille. D’une part à la famille humaine, celle qui va au-delà de la famille normale. En mettant ces deux mots ensemble, j’essaie de leur faire comprendre un message simple, c’est que nous sommes tous pareil. Que tous les habitants du monde, leur langue change, leur couleur change, mais au fond, l’essence de l’humanité, c’est la même. Et c’est cela le message de famille humaine.

C’est ce que vous avez observé à travers vos voyages aux quatre coins du monde ?

Ça, c’est une conviction totale, pour avoir passé une grande partie de ma vie dans les zones de guerre, les camps de réfugiés, c’est que oui, exactement, tous les êtres humains ont la même essence, il n’y a pas de différence. Ce n’est que la société dans laquelle ils vivent, le climat ou autre, qui fait qu’il y a une différence visible. La beauté de la diversité existe mais l’essence est la même.

Vous avez choisi de travailler avec Unis Cité ?

Cela a été fait parce que j’avais ce projet, lancé à Toulouse, durant 6 mois dans un quartier, je voulais répandre cela. Comme Unis Cité avait aussi ce projet avec des jeunes, ça allait très bien ensemble.

Pour 2014, vous envisagez de nouvelles choses ?

Ce projet sous la houlette de la fondation Reza, nous allons certainement  le continuer. Parce que vu les résultats … Il nous faudrait un moment pour faire les études de l’impact de tout ce que l’on a fait dans toutes ces villes, mais selon cela, nous lancerons ce projet dans beaucoup plus d’endroits en France et en Europe.

C’est donc vous qui  avez financé ce projet ?

Oui, il a été financé personnellement.

Qu’est-ce que la fondation Reza ?

C’est un fonds que j’ai créé pour ces projets, quelque part, c’est les revenus de mon travail photographique qui sont mis dedans. L’achat des 120 appareils, payer les formateurs, ou tous les frais qui concernent cela. Mais en même temps, j’essaie avec ce premier pas de montrer aux gens dans chaque ville, ou aux responsables politiques, à ceux qui cherchent des idées politiques pour les jeunes, j’essaie de leur montrer que cela peut amener une réponse assez positive et je souhaite les inciter à s’agréger à ce projet.

Les commentaires sont clos.

  1. Bravo, seul Miroir Mag a parlé de cet événement. Il y a encore de l’espoir pour une information intelligente et vraie, qui apporte et conforte, qui révèle et marque un temps.
    Merci.

    HUVET Michel le samedi 28 juin 2014 à 14h47

  2. Un des plus grands photographes avec Sebastiao Salgado

    Dijon Autrement le mercredi 2 juillet 2014 à 20h19