Le fameux photoreporter Reza à Dijon

Reza | Photo Julien Dromas

Reza | Photo Julien Dromas

Le mythique photoreporter, , a offert à une douzaine d’élèves “décrocheurs” l’opportunité de se former à la durant 6 mois (lire ici notre article) aux côtés du photographe dijonnais Julien Dromas, grâce au réseau Unis Cité. Voici les résultats de leurs travaux. Ils n’ont été affichés à l’Hôtel de Voguë à Dijon, que le temps d’un après-midi. (Cliquez sur les photos pour les agrandir)

Le Miroir les ré-expose et vous laisse dans l’intimité du discours d’espoir retentissant et émouvant de Reza à ces jeunes en difficulté à l’école. Sont-ils inadaptés ? Pas pour lui.

Le message vaut pour tous les jeunes.

Discours de Reza à la jeunesse :

Photo Virginie Rupaud

Photo Virginie Rupaud

“J’étais hier à Nantes, voir le travail réalisé là-bas, puis j’ai fait le tour des autres villes et… ce que j’aimerais vous dire par rapport à ce que j’ai vu, c’est qu’il y a un vrai mouvement jeune dont vous faites partie. Ici en France. Vous ne pouvez pas le voir quand vous restez ici, mais moi, le voyageur et le formateur, je passe d’une ville à l’autre, d’un pays à l’autre, et je le vois.

Photo Ava Seck

Photo Ava Seck

Et ce qui se passe, c’est la montée d’une vraie jeunesse, très motivée, très enthousiaste par rapport à l’avenir et qui n’a qu’une seule envie, c’est de changer le monde. Créer un monde meilleur. Cela m’a complètement bouleversé de voir combien vous faîtes partie de ce mouvement-là, international de ces jeunes connectés, qui se parlent entre eux et qui pointent du doigt ce qui est négatif – ce qui est positif aussi. Ils essaient d’utiliser tous les moyens en leur possession pour donner les chances à un monde meilleur.

Hervé Girard

Hervé Girard

N’oubliez pas cette notion internationale que vous avez en vous aujourd’hui, contrairement à notre génération [Reza est né en 1952]. Nous n’avions pas de tels liens et de connaissances internationales que vous avez. C’est une très grande ouverture au monde, et cet outil dont nous avons pris connaissance ensemble depuis 6 mois, l’appareil photo, vous avez montré par votre travail combien vous aviez acquis son essence même – qui ne fait pas de vous un photographe professionnel mais qui vous permet et vous a permis d’être dans la vie, avec les autres, de vous exprimer, de parler de vous, de vos envies, de vos histoires. Et c’est cela que j’ai voulu que vous appreniez. Vous avez vu et vous allez de plus en plus voir combien cela peut vous aider à avoir une ouverture sur la société, c’était cela le plus important.

Photo Faiz Abdou Kaphet

Photo Faiz Abdou Kaphet

Il y a un vrai mouvement jeune dont vous faites partie

Il y a une phrase que je répète souvent. Je vois en vous beaucoup de rêves. Pour votre avenir, pour un avenir meilleur. Et je crois que l’avenir appartient à ceux qui croient en la beauté de leur rêve. Vous avez des rêves d’une beauté extraordinaire, gardez-les, continuez cela et sachez que quoi qu’il arrive, tant que vous n’avez pas oublié l’objectif que vous vous êtes mis, tant que vous n’avez pas oublié votre rêve, vous allez l’atteindre. Certes, avec difficulté, comme il en existe partout, tout le temps. Je fais moi-même mon travail de photographe depuis une trentaine d’années et vous le savez très bien, dans quel endroit j’étais, dans quel moment je me suis trouvé. [Reza a été emprisonné trois ans et torturé durant 5 mois à l’âge de 22 ans par la police politique iranienne]

Photo Ali Wayatt

Photo Ali Wayatt

Mais il y a une attitude que j’ai toujours tenue, c’était de dire que quand il y a un obstacle, je ne baisse pas les bras. Quand il y a un obstacle, ce n’est pas comme si j’étais arrivé devant un mur. Au contraire, je la regarde comme une marche. Et si je monte dessus, je peux traverser de l’autre côté et j’irai vers un autre avenir. Donc, ce que j’ai appris dans mon travail, c’est très simple, c’est que la vie, quoi qu’elle soit, dans les zones les plus difficiles ou dans les zones les plus aisées, il y a constamment des obstacles. Et l’humanité nous emmène à nous dire : “Je veux dépasser les obstacles”. Et c’est cela le plus important. C’est cela que vous avez aussi montré. [Reza a reçu 13 prix de photographie, dont 2 World Press et un Infinity Award]

Photo Valeria Aves-Bernardo

Photo Valeria Aves-Bernardo

Sachez que vous faites partie d’une voix internationale et la porte s’est ouverte pour vous. Pour dire la vérité, j’étais très impressionné par vos photos. je ne pensais pas qu’au bout de six mois vous auriez une telle maîtrise, une telle technique, mais surtout qu’avec une telle maîtrise vous alliez saisir le moment. De maîtriser l’importance du sujet que vous racontez, l’histoire que vous racontez, les gens n’ont pas besoin de lire vos légendes, car à voir vos photos, on comprend bien ce que vous avez voulu dire.

Vous faîtes partie des vrais privilégiés de ce monde.
Photo Damien Lefftz

Photo Damien Lefftz

Il y a une intimité très forte sur ces photos. Et ça, vous l’avez appris en six mois.

Photo Anissa Lahcen

Photo Anissa Lahcen

Hier encore, j’étais en Palestine pour donner des cours de photographie. Je ne sais pas si vous avez suivi les événements là-bas, les tensions. Des balles ont été tirées, des gens sont morts. En revenant de là-bas, en arrivant ici, si j’avais un message à vous faire passer, ce serait le suivant : “Vous faîtes partie des vrais privilégiés de ce monde. Même si chacun de vous peut se plaindre de ses problèmes. Mais quand on passe dans les endroits dans lesquels je suis passé, quand on voit comment les gens vivent là, sachez que vous avez un vrai privilège de vivre ici et d’avoir accès à beaucoup d’outils, beaucoup de gens qui vous aident. J’ai envie que vous gardiez avec vous la notion de “solidarité internationale”, solidarité envers le monde. Oui vous avez des problèmes comme tout le monde, mais regardez les autres et demandez-vous comment vous pouvez réagir sachant le privilège que vous avez.

Léa Granier

Léa Granier

Voici des photos prises dans un camp syrien qui se trouve au niveau de la guerre en Irak. C’est un camp de 35 000 habitants. J’ai entamé ce projet sur cinq ans dont vous entendrez sûrement parler. Le concept, c’est de travailler dans tous les camps de réfugiés et de former dans chaque camp 15-20 jeunes pour qu’ils puissent photographier la vie du camp et raconter ce qu’ils vivent au quotidien. J’ai commencé ce projet dans un camp de réfugiés au Kurdistan, ils sont une quinzaine de 10 à 15 ans qui n’ont jamais tenu un appareil dans leurs mains, mais qui se sont très vite formés tant ils ont compris ce à quoi cela pouvait leur servir. Il y avait de l’enthousiasme, beaucoup d’envie dans leur regard.

Réfugiés, vous allez vous retrouver sous une tente où vous allez devoir faire la queue pour manger, vous aurez beau dire que vous étiez président d’une association, directeur, ça ne change rien
Photo Tristan Surugues

Photo Tristan Surugues

J’ai vite réalisé qu’il y avait une dizaine de gamins en plus devant la tente (il faisait -2°C dehors). Ils venaient souvent et je leur ai demandé ce qu’ils faisaient là, dans ce froid à attendre. “Parce qu’on a entendu qu’avec l’appareil on peut raconter notre vie aux gens, pour qu’ils comprennent”. Être réfugié, pour nous, cela reste un concept. Imaginez qu’on vous dise un beau jour : “Partez d’ici, vous ne pouvez plus rentrer chez vous. Si vous ne fuyez pas immédiatement Dijon direction la Suisse ou la Belgique, on vous tuera. Vous ne pouvez pas dire que vous devez voir vos amis, vos parents, vous êtes obligés de partir. Et vous allez vous retrouver sous une tente où vous allez devoir faire la queue pour manger. Vous aurez beau dire que vous étiez président d’une association, directeur de je ne sais quoi. Non, personne ne s’occupe de cela. Vous êtes un réfugié, voilà votre vie. Et vous n’avez rien avec vous. Si vous avez votre famille, c’est encore un vrai privilège. Beaucoup de gens sont séparés de leur famille. C’est cela le concept de réfugié, c’est cela que j’essaie de faire comprendre.

Photo Lucas D'Attoma

Photo Lucas D’Attoma

Une jeune fille attrape un appareil et se met à courir. Mes assistants sont affolés car nous ne la connaissons pas et elle s’est sauvée avec un appareil photo. Mais j’ai confiance en elle. Le lendemain, je l’attends à 9 heures pour le cours, mais elle ne pointe le bout de son nez que vers 10 heures. Je lui demande les raisons de son retard. “Monsieur, voilà pourquoi je suis en retard.” Elle me montre une photo. “J’ai dû attendre parce que mes chaussures étaient gelée. J’ai dû attendre qu’elles dégèlent”

Les chaussures gelées de Moya | Photo Maya

Les chaussures gelées de Maya | Photo Maya

Cela faisait longtemps que je n’avais pas été si ému par une photo. Par une histoire. A douze ans, elle avait appris comment se servir de l’appareil pour raconter sa vie. Ça, c’est un exemple extraordinaire pour montrer comment la photo est utile et ce qu’on peut faire avec. Depuis, cette photo a fait le tour du monde, tout le monde en parle et parle de la condition des réfugiés.

Montrer un camp de réfugiés de l’intérieur, c’était du jamais vu. Et c’est ce que vous pouvez faire par rapport au monde. Par rapport à ce que vous vivez.”

Celia Lobeau

Celia Lobeau

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