Le majestueux écrin ducal

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Résidence des ducs de Bourgogne, puis demeure des rois et des gouverneurs, siège des États, école de dessin à l’origine du musée et enfin mairie de Dijon. Au fil des siècles, le palais des Ducs et des États de Bourgogne s’est métamorphosé comme il a changé de mains.

Et si l’imposant bâtiment que l’on connait actuellement n’est autre que le fruit du travail d’un certain Jules Hardouin Mansart, par ailleurs architecte du Roi Louis XIV, il faut remonter au troisième siècle après Jésus-Christ pour observer les premières traces d’une petite forteresse.

Un palais pour Dijon

Les historiens ne savent cependant que peu de choses sur les constructions antérieures au XIVème siècle. Seules subsistent quelques traces sur l’histoire, mouvementée, de la Sainte-Chapelle. Cet édifice construit en 1171 et détruit en 1802 fut le siège de l’ordre de la Toison d’Or. Elle devrait d’ailleurs bientôt revivre grâce à une modélisation en trois dimensions, sur le modèle de celle de Cluny, en cours de finition.

Les premières vraies traces autour du palais apparaissent entre 1363 et 1366. À cette date, le premier duc Valois, Philippe le Hardi, prend la décision d’engager des travaux pour reconstruire la petite forteresse. En 1365, la tour Neuve, entièrement résidentielle, domine l’édifice. Son nom ne vous dit rien ? Normal. Suite à l’emprisonnement du roi d’Anjou, duc de Bar, de 1431 à 1437, elle prendra le nom de ce dernier nom et marquera de son empreinte la cour aujourd’hui flambant neuve du musée des Beaux-Arts.

Lorsque Philippe le Bon lui succède c’est un tout autre chantier qui s’engage, qui va chambouler l’esthétique de la bâtisse. Des cuisines ducales, dotées de cheminées si vastes qu’elles permettent de faire rôtir des bœufs entiers, la tour de la Terrasse (), haute de 52 mètres et le corps de logis. Son rez-de-chaussée vouté est désormais le lieu des cérémonies de mariage et ces étages renferment quelques joyaux.

Un joyau de l’architecture

Ainsi au premier étage, le duc fait construire une vaste salle – 9 mètres sous plafond, 18 mètres de long et 9 mètres de large – destinée aux festins et aux réceptions. Le tout orné d’une cheminée monumentale de style gothique flamboyant : la salle des gardes. La salle est rattachée au musée en 1820 et accueille le mausolée de marbre et d’albâtre des Ducs dès 1827. Jusque-là, les sépultures se trouvaient à la chartreuse de Champmoll.

Parmi ses visiteurs les plus illustres, on notera Victor Hugo, Stendhal et bien sûr Napoléon III. Car le musée fut un grand lieu de passage, sans jamais réellement perdre son âme. Saviez-vous qu’il a fallu ainsi attendre 2001 pour que la devise de la République française ne figure, que très discrètement, sur le fronton du palais ?

Mais retournons dans la cour de Bar. Galopant le long de la Tour, un bel escalier Renaissance permet de rejoindre la galerie de Bellegarde. Suite à un incendie, en 1503, de la galerie à pans de bois reliant la Sainte-Chapelle à la Tour de Bar et au corps de Logis (depuis appelé Logis du Roi), celle-ci voit le jour, mais 111 ans plus tard. En 1836, les fenêtres de l’édifice sont bouchées, pour augmenter la surface d’exposition des œuvres, et des verrières ajoutées sur le toit, pour offrir une source de lumière naturelle.

Le musée se dessine

C’est le point de départ d’une nouvelle campagne de modernisation. Entre 1682 et 1686, une nouvelle aile sort de terre afin que les États de Bourgogne puissent se réunir, tous les trois ans. Dans la foulée, la place royale – actuelle place de la Libération – se dessine. Jules Hardouin-Mansart vient de poser sa première empreinte.

En arrivant à Dijon, l’architecte doit en effet dessiner un hémicycle pour accueillir une statue du Roi Louis XIV – Il faudra d’ailleurs 62 ans pour que le monument soit totalement achevé. Il en profite pour restructurer l’ensemble et transformer les bâtiments disparates : la cour d’honneur est créée et deux ailes viennent en retour avec des portiques en colonnes. Les architectes se poursuivent, mais respectent les plans originels : l’aile de Condés en 1710, le majestueux escalier Gabriel en 1736, la chapelle des élus en 1739.

Jules Hardouin-Mansart , Troisième projet pour le palais des États, 1688

Jules Hardouin-Mansart , Troisième projet pour le palais des États, 1688

C’est quelques années plus tard que débute l’histoire du musée des Beaux-Arts. Entre 1782 et 1787, toujours en respectant les plans de Jules Hardouin-Mansart, l’école de dessin est construite, parfaitement symétrique à celle des États. La salle des statues et des artistes est alors décorée par les élèves de l’école. Les prémices du musée qui ouvrira ses portes en 1789 aux étudiants et 1799 au grand public.

Depuis le décret des États de Bourgogne, le 30 novembre 1787, assurant la fondation du musée, plusieurs modifications architecturales ont été apportées au bâtiment. Les cuisines ducales sont sauvées in extremis alors qu’elles devaient disparaitre au profit d’une nouvelle aile, dites du musée. Elle remplace la Sainte-Chapelle et rend entre autres hommage aux grands bourguignons sur sa façade ou dans le grand escalier.

Dijon devait en effet faire face à un envoi massif d’œuvres de la part du Louvre par l’État : plus de 300 entre 1814 et 1980. En parallèle, plus de 700 noms de donateurs figurent sur les inventaires du musée. Si bien que pour son ouverture, le musée s’est encore agrandi. Pas de construction majeure, juste une nouvelle emprise dans le bureau du premier adjoint au maire…

Sources :
et Emmanuel Starcky, L’art des collections, bicentenaire du musée des beaux-arts de Dijon, Musée des beaux-arts de Dijon, 2000
Yves Beauvalot, La Place royale de Dijon : mythes et réalités, Dijon, Les Cahiers du Vieux-Dijon
Dépliant du musée des Beaux-Arts : Palais des Ducs et des États de Bourgogne | La salle des Gardes

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