André Stern : “L’enfant n’a pas besoin qu’on lui fixe de limite”

2014-06-18-tedx-dijon-andre-stern

Dans les librairies, le nom de son ouvrage interpelle : “Et je ne suis jamais allé à l’école – Histoire d’une enfance heureuse”. ne s’est jamais assis sur les banc d’une classe, n’a jamais tapé la balle dans une cours de récréation. Et pourtant, il l’assure, c’est la “meilleure chose qui ait pu lui arriver”.

Désormais âgé de 43 ans, André Stern est père d’un petit Anthonin. Lui non plus ne va pas à l’école. “Dès qu’il a du temps l’enfant joue. Si nous ne l’interrompions jamais, il jouerait toujours. Or, il n’y a pour apprendre, rien de mieux que le jeux”, assure-t-il. “En chaque enfant il y a un génie potentiel. Et en chacun d’entre nous un autre génie potentiel”.

En marge du Dijon, où il intervenait, vendredi 13 juin, nous l’avons interrogé sur les motivations qui l’ont conduit à miser sur l’amour et l’enthousiasme pour l’éducation de son fils.

Tout au long de la conférence vous êtes revenus sur votre parcours mais comment en êtes vous arrivés là ?

Ce qui m’intéresse c’est de parler de l’enfant en général, de réhabiliter cette confiance qu’on peut avoir en lui et de l’illustrer. Il est toujours étrange d’être considéré comme une exception alors que la chose que j’ai vécue est la plus naturelle et la plus banale qui puisse arriver. Je n’ai pas été dérangé dans mes dispositions spontanées et j’en suis très reconnaissant.

C’est donc une volonté de vos parents ?

Mes parents se sont retrouvés dans l’impossibilité de faire autrement. Ils ne sont pas partis d’une idée, d’une expérience, d’un dogme ou d’une idéologie, mais bien de l’enfant et d’une question toute simple : quel sera le prochain pas naturel dans le développement spontané de l’enfant ? Cette question s’oppose à celle que l’on pose traditionnelle : par quelle action pédagogique de notre part pourrions-nous introduire le prochain pas dans son évolution ? Ils vivaient avec les enfants, leur portaient attention, les respectaient. Pour eux, vivre, observer et s’enthousiasmer pour les dispositions spontanées de l’enfant était tellement primordial qu’il était inenvisageable d’intervenir.

L’école a tout de même un rôle crucial, ne serait-ce que pour apprendre à écrire ou à lire.

Ça se fait entièrement seul. La plupart d’entre nous l’ont fait d’ailleurs. L’exemple parfait est note langue maternelle : nous ne l’avons pas appris seul, mais à cause des autres, même si les autres ne nous l’ont pas appris. Il est impossible d’échapper à la lecture et à l’écriture dans notre société alors c’est pile-poil la chose pour laquelle nous n’avons pas besoin d’enseignement.

Alors concrètement, comment éduquez-vous votre enfant ?

(Rire) Je ne l’éduque pas…

Il est donc complètement libre ?

Non. Il ne faut pas le laisser tout faire, car c’est une erreur. Comme c’est une erreur de penser que ne pas mettre son enfant à l’école c’est le garder à la maison. Enfermer un enfant à la maison, c’est bien ce qu’il y a de pire : il ne sortira pas du vase clos familial et ne partagera donc que les niveaux, les valeurs, mais aussi les peurs de cette famille. Je suis terrorisé lorsqu’Anthonin [Son fils de trois ans], monte dans les arbres alors que d’autres non. L’enfant est optimisé pour aller dans le vaste monde, c’est son penchant naturel.

Anthonin est donc un enfant qui s’enthousiasme toute les deux à trois minutes. En tant que parent, j’observe ça et ça me prend aux tripes, tu imagines le prochain enthousiasme, comme un filet tridimensionnel qui se développe dans toutes les directions à la fois. C’est l’étape indispensable pour passer de l’autre côté du miroir, celle où se situe la confiance envers l’enfant. Vous verez alors que le monde change, l’ironie des adultes est tellement délétère pour les enfants.

Mais le parent ne cède-t-il pas aux caprices et désirs de l’enfant sous prétexte de son enthousiasme ?

C’est typiquement l’ancienne attitude, nous sommes tous conditionnés. À cet instant-là, ce n’est pas un caprice de l’enfant, c’est une nécessité. On en peut pas l’arracher à ça. En revanche, les enfants aiment les règles : il suffit de voir la tête d’Anthonin lorsqu’une voiture est passée au feu rouge. Le monde s’est effondré pour lui. Le feu rouge était un repère, un gage de sécurité : c’était la fin d’un monde. Alors les enfants aiment les repères, aiment les règles, les rituels.

Dans le même ordre d’idée, la discipline, ce vilain mot, ne doit pas venir de l’extérieur, mais de nos tripes. Quand quelque chose nous passionne, nous sommes capables de passer par dessus toutes nos limites, par-dessus tout ce qui nous retient. L’enfant est un condensé de tout ça. Alors je vous invite tous à passer de l’autre côte du miroir, à observer l’enfant, à réhabiliter la confiance que nous avons en lui, car faire tout ceci, c’est aussi réhabiliter l’enfant que nous avons tous en nous.

Mais quand même, ce n’est pas le rôle du parent que de fixer un cadre à son enfant.

Tout ceci c’est l’ancienne vision des choses. On nous a tellement boursoufflé le cortex avec ça alors que c’est faux. L’enfant n’a pas besoin qu’on lui fixe de limite. Si les parents vivent les yeux dans les yeux avec les enfants, une connivence et une confiance mutuelle vont s’installer : à ce moment dire “non” ne sera pas un problème pour peu que ce “non” ne représente pas la majorité. Au bout du 36ème “non”, si jamais l’enfant se révolte, nous dirons de lui que c’est un capricieux. Pour avoir un enfant qui n’a pas de problème avec le “non”, il faut lui dire beaucoup “oui”.

Ce modèle ne peut pas s’appliquer à l’ensemble des familles ?

Je ne suis absolument pas un critique de l’école ni du système, je n’ai rien à vendre alors jusqu’ici mes positions n’ont provoqué que l’enthousiasme. Je ne suis pas l’ennemi scolaire numéro 1, loin de là. En France, encore plus en Allemagne, je suis amené à travailler avec des professionnels de l’éducation pour apporter une contribution au système éducatif.

Cette “méthode” peut-elle donc avoir une place au sein du système de l’Éducation nationale ?

Peut-être pas au sein de l’Éducation nationale telle qu’elle est aujourd’hui. On peut optimiser l’ancien pendant longtemps. C’est le cas avec les voitures : des ingénieurs travaillent pour baisser la consommation d’essence, mais à un moment, il n’y aura plus d’essence. Dès lors une voiture qui ne consomme pas beaucoup consommera tout de même trop. Il en est de même avec l’éducation, le temps est venu pour une nouvelle éducation. Les gens sont en pleine nostalgie du nouveau, y compris l’éducation nationale.

Photo Jocelyn Marques

Les commentaires sont clos.

  1. “ATTENTION ECOLE” est-il écrit à l’abord des établissements… CQFD

    Dijon Autrement le mercredi 18 juin 2014 à 9h30

  2. En quoi cet homme serait il légitime pour asséner ses idées sur l’éducation, lui qui n’a pas vécu l’enseignement qu’il critique, lui qui n’enseigne à personne à part à son fils ? C’est d’une démagogie sans nom…

    Stéphane Troyat le mercredi 18 juin 2014 à 14h34

  3. André Stern vit de l’intérieur son cheminement vers des connaissances diverses choisies et découvertes avec enthousiasme depuis toujours. Son témoignage est essentiel car trop peu d’entre nous ne sont pas passés par l’école. Le système de l’école prépare les jeunes êtres humains à obéïr, à se soumettre, à craindre l’autorité, à appliquer, à taire leur créativité. Ce système ne prend aucun compte de leur bien-être, car le bien-être n’est pas rentable. L’économie veut des êtres soumis et obéissants,et non des êtres ouverts, heureux, et solidaires…

    Sophie M. le mercredi 18 juin 2014 à 15h06

  4. Cette histoire vécue par André Stern est un excellent exemple de ce que la société ne veut pas pour l’être humain, un individu à part entière, libre penseur et autonome dans sa gestion du bonheur qui passe par la libre expression de son code génétique. Cet excellent exemple va dans le sens de ce que Maitreya Raël enseigne depuis 40 ans et qui vient directement des Créateurs de l’Humanité les Elohim, un enseignement tourné vers le bien être sans conditionnement, la libre pensée, le respect de soi et des autres, et surtout le bonheur qui vient de l’intérieur. Lorsque l’individu peut s’exprimer librement dans ses pensées, ses paroles et ses actes, il devient un homme nouveau prêt à offrir tout ce qu’il peut pour être en harmonie avec son environnement et ainsi faire des prouesses. Le génie ne s’apprend pas, il nait en nous, à condition qu’il n’y ait pas de barrières, et l’école ne fait que mettre des barrières qui briment et avilissent l’individu. Le but d’une vie n’est pas de gagner de l’argent pour être un consommateur, le but d’une vie est d’être heureux avec soi-même et les autres en donnant ce que nous avons à donner, de l’amour. Quand on est heureux on veut le bien pour tous, donc la société s’organise d’elle-même de manière naturelle, l’apprentissage de connaissances est inutile pour être heureux, Mère Thérèsa, l’abbé Pierre, Coluche, tous ceux qui ont consacré leur vie pour le bien des autres n’ont pas eu besoin d’étudier car l’intelligence c’est du bon sens. Merci André

    Jael le mercredi 18 juin 2014 à 18h23

  5. Magnifique ! Je vois dans son discours une évidence enthousiasmante : l’enfant qui découvre par lui-même, qui s’intéresse, qui s’enthousiasme à chaque nouvelle trouvaille est un enfant heureux, et fera un adulte heureux et libre. Je rêve d’un futur (immédiat) où les enfants grandiront de cette manière car ils créeront un monde nouveau où, avec l’épanouissement de chacun, la paix règnera. Ce rêve figure déjà dans le projet de société du Paradisme.

    Andréoulis le mercredi 18 juin 2014 à 19h21

  6. Je rêve de vivre une révolution éducative,où le vivre ensemble serait la priorité.
    Tous les systèmes totalitaires ont essayé la normalisation des esprits,ça n’a pas marché!
    Nous voulons de la musique , des rires,de l’amour et des jeux!
    Un autre appel du 18 juin pour la libération de tous les humains…

    Rachid le Timide le jeudi 19 juin 2014 à 7h57

  7. ça rejoint un peu mon point de vue et ma théorie (utopiste): à partir du moment où les gens vivent heureux, qu’ils sont bien dans leur environnement, qu’ils vont au travail avec plaisir, qu’ils échangent leurs biens, les services, ça engendre moins de dépressions et de maladies, moins de délinquance, donc moins de dépenses pour la sécurité sociale et la justice… C’est un cercle vertueux!

    CamilleG le jeudi 19 juin 2014 à 9h33

  8. merci pour cet article , je partage entièrement votre point de vue !

    val kil le jeudi 19 juin 2014 à 17h55

  9. Pourquoi nier l’importance du “non” et l’associer à une approche délétère, péjorative? L’auteur parle en même temps de besoin de règles et de limites, il y a bien des termes pour cela. Ce qui compte, me semble-t-il est bien l’état d’esprit dans lequel ces limites sont posées et non la forme… Etre présent pour son enfant lui apporte des limites, et la relation qui en résulte si elle est bienveillante, peut l’être à la fois dans l’harmonie et dans le conflit…Le conflit étant la rencontre de deux êtres dans leurs divergences, et pour reconnaitre un être à part entière, il faut que ces divergences s’exprimes et se respectent l’une l’autre (celle de l’enfant et celle de l’adulte).

    Education le jeudi 19 juin 2014 à 18h34

  10. Arno Stern, son père, a construit et construit une pédagogie pour une éducation créatrice par la peinture, à travers des ateliers d’expression libre. C’est un pédagogue reconnu.
    Il a un site :
    http://www.arnostern.com/
    Les règles qu’il établit sont strictes.
    Extrait de Wikipédia :
    “Le Closlieu”

    Arno Stern mit au point les conditions qu’il considérait comme idéales pour un atelier libre :
    -un lieu clos, sans fenêtre, évoquant une caverne ;
    -une palette mettant à disposition les couleurs sans nécessité de préparation ;
    -des supports permettant de peindre des dessins de grandes surfaces.

    À ces conditions matérielles s’ajoutent des règles du lieu :
    -les peintures ne sortent jamais de l’atelier, et ne sont pas destinées à être vues ou commentées par d’autres personnes ;
    -l’enfant ou l’adulte ne doit pas être influencé, il peint ce qu’il souhaite, et décide seul si son dessin est terminé.

    « Le Jeu de peindre fonctionne, dans le Closlieu, selon un dispositif offrant, à la fois, la liberté de tracer selon la nécessité profonde de la personne, et reposant sur une très stricte discipline.
    Il a lieu avec régularité, dans un groupe de 15 participants au maximum, ayant des âges divers (5 à 50 ans).
    Chacun dispose de sa feuille, y trace selon une spontanéité retrouvée, le Closlieu crée les conditions favorables à la Formulation, une manifestation sans précédents dans l’histoire de l’humanité – la Formulation, un code original et universel, en prise directe avec la Mémoire organique. »

    — Arno Stern –

    M-Eve le vendredi 5 septembre 2014 à 1h24

  11. J’ai lu, il y a quelques années…
    “Les Enfants du Closlieu”, par Arno Stern.

    M-Eve le vendredi 5 septembre 2014 à 1h26