Cadoles : L’avenir en logiciel libre

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“J’ai attendu d’avoir Bac+2 avant de savoir me servir d’un traitement de texte”, Vincent Febvre pense qu’en France, on est très en retard, question informatique. Ce développeur trentenaire de , une jeune entreprise dijonnaise, nous explique pourquoi et quelles conséquences pourraient bien avoir l’ignorance manifeste de la langue html sur notre destin. Un travail à reprendre depuis l’école.

Gérald Schwartzmann (also known as le porte-parole du parti pirate en Bourgogne) se spécialise également dans l’informatique libre. Co-fondateur de Cadoles, en 2011, il a construit une des rares sociétés de services dédiées au “libre” en Bourgogne. Peut-être bien la seule. Il travaille avec le logiciel Éole dont la particularité est d’être une solution complètement libre pour les infrastructures de l’Éducation Nationale.

Le tout est de savoir si école et informatique peuvent faire bon ménage…

“Mettre Microsoft dans les écoles, c’est comme faire manger du Mac Do aux enfants”

Téléphonie, jeux de société, automobiles, informations, domotique, tout en ce début de XXIe siècle passe par l’informatique. Faites le détour par la revue Au Fait, et vous apprendrez même, avec l’universitaire Daniela Cerqui, que l’homme cyborg n’est pas qu’une vue de l’esprit. De plus en plus concrètement le numérique s’immisce à tous les étages de nos vies. Mais maîtrisons-nous le vraiment ? Il semblerait que nous ne soyons pas encore si nombreux que cela en France à savoir parler le langage de l’informatique, cette science de demain.

Les fondateurs de Cadoles, eux, sont d’avis qu’il faut initier les enfants à ce genres de pratiques, apprendre à programmer un ordinateur par exemple, ou comprendre le langage html, comme c’est le cas en Estonie ou en Finlande. Ils regrettent d’ailleurs d’avoir eux-mêmes été formés très tard. Car si la génération élevée au numérique peut passer des heures avec une manette de console entre les mains, il reste fort à parier qu’aucun ne sache vraiment comment cela fonctionne. “Les gens ne sont pas formés à l’informatique”, déplore Vincent Febvre.

Résultat, ils deviennent de simples utilisateurs, des consommateurs de logiciels sans vraiment savoir ce qu’il y a derrière. “Aujourd’hui, on peut surveiller des conversations à distance, l’électronique verrouille les réparations les voitures et depuis 2006, ils commercialisent un matériel dans lequel il y a des portes dérobées – c’est à dire des facilités pour entrer dedans à distance. C’est comme si quelqu’un possédait toutes les clés du centre-ville”, condense-t-il. Et puis, qui s’y habitue enfant a toutes les chances de ne plus pouvoir s’en passer plus tard. “Faire rentrer Microsoft dans les écoles, c’est comme faire manger du Mac Do aux enfants.” Attention donc aux soucis d’éthique et de cohérence à l’école.

La France veut un logiciel libre 100% français. Mais cela n’existe pas.

Se former, c’est donc une urgence.”En France, nous manquons de développeurs”, explique Gérald Schwartzmann, les enfants n’apprennent pas les bases de la programmation ou les algorithmes. “S’il ne le font pas, le risque, c’est de ne plus maîtriser les codes sources des logiciels. Bref, il se peut qu’un jour plus personne ne sache plus cuisiner, que l’on perde le savoir-faire et qu’on finisse tous par ne plus manger que des plats cuisinés”, livre-t-il en guise de métaphore improvisée. Et dans le pays de la gastronomie, rien n’initie les jeunes chefs à la tambouille informatique.

Dommage car quoi de mieux pour les enfants d’apprendre à partager la connaissance, plutôt que de consommer sans recul les produits numériques ? Car le problème des solutions informatiques toutes faites d’ aujourd’hui, c’est qu’elles sont des sortes de “boîtes noires” dont on ne sait comment elles fonctionnent et ce qui est dedans. A l’inverse, le logiciel libre est transparent, modulable à merci et sans frais. Chaque amélioration qui a lieu dans le monde des logiciels libres est ouverte et utilisable par tous car permis par les licences dites libres.

Moins ergonomiques, moins chers (donc moins fiables dans l’esprit de tous), moins communs, les logiciels libres sont pourtant indispensables, selon les fondateurs de Cadoles. En effet, ils sont la garantie d’un internet indépendant et de la préservation de l’intérêt collectif. Par exemple, des pays comme la Chine et le Brésil ont fait le choix de se passer des logiciels concoctés par des grandes firmes américaines, notamment depuis qu’ils ont été espionnés par ce biais-là par la NSA. “La France ? Elle a eu une réaction molle. Arnaud Montebourg souhaite un système d’exploitation franco-français mais dans le monde des logiciels libres… Il n’existe pas vraiment de frontières entre les pays!”

L’avenir s’écrira-t-il donc en logiciel libre ? A vrai dire, c’est déjà le cas dans 70% des serveurs sur internet (ils sont sous Linux), pour une partie des systèmes embarqués dans les téléphones, pour les Box (notamment chez Free), car selon les deux informaticiens, Linux est un bon produit, libre, indépendant, et finalement, les seuls réticents sont les utilisateurs lambda habitués à Microsoft ou à Mac. Les écoles aussi mettent leur réseau général en sécurité en adoptant le libre pour leur serveur pare-feu et leur serveur pédagogique. Le collège du Parc est même équipé du logiciel… Eole.

Mais ce mouvement s’arrête net à l’écran des utilisateurs que nous sommes et qui ne tolérons déjà plus que la facilité des softwares payants. Jusqu’à quand ?

Les commentaires sont clos.

  1. “Libres” mais pas toujours gratuits…

    Dijon Autrement le mercredi 11 juin 2014 à 15h18

  2. Merci, sincèrement, de relayer ces idées, ces initiatives qui manquent habituellement cruellement d’écho.

    Deb le vendredi 13 juin 2014 à 11h48

  3. PROPOSITION DE LOI visant à rendre obligatoire l’enseignement du
    codage informatique à l’école http://www.assemblee-nationale.fr/14/propositions/pion2022.asp

    Dlareg le dimanche 15 juin 2014 à 23h59