Fusion Bourgogne Franche-Comté : Un laboratoire qui doit convaincre

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Un “laboratoire territorial de préfiguration”. C’est ce que doivent devenir les régions Bourgogne et Franche-Comté. Désireuses de fusionner, du moins politiquement, elles vont mettre leur expérience commune à profit pour établir un “guide des bonnes pratiques”, à destination des autres collectivités de France.

C’est en tout cas ce qu’a souhaité la ministre de la Décentralisation, Marylise Lebranchu. Elle était à Dijon et Besançon, mercredi 28 mai pour faire un état des lieux et commencer à convaincre la population. Car si l’ambition politique est bien là, les voix discordantes se font de plus en plus fortes. Et avec elles, les envies de consultation citoyenne.

La preuve par l’exemple

Sur les marches de la faculté de médecine, la présidente de la région Franche-Comté, discute avec le président du Ceser Bourgogne, François Berthelon. De fusion bien entendu. Les régions Bourgogne et Franche-Comté ont très tôt annoncé leur ambition de fusionner. Prenant presque tout le monde de cours. Le 14 avril dernier, les deux représentants régionaux tenaient d’ailleurs une conférence de presse commune pour annoncer les fiançailles prochaines. Avec la visite de la ministre, il s’agissait cette fois d’illustrer cette fusion. “J’ai toujours dit que tout commençait ici”, assure en balayant l’université du regard.

Depuis plusieurs années, les entités bourguignonne et franc-comtoise sont en effet engagées dans un processus de rapprochement. “Nous avons cette volonté commune de faire des deux universités un moteur des deux régions et un levier pour l’attractivité nationale et internationale”, assure , président de l’Université de Bourgogne. Après avoir créé un Pôle de recherche et d’enseignement supérieur, les deux universités, mais aussi plusieurs autres écoles d’ingénieurs ou encore de management et de commerce comme l’ESC Dijon, Agrosup, vont créer une communauté d’universités et établissements… Le but affiché par le président de l’Université est d’arriver à une fusion entre les deux universités à l’horizon 2020.

Marylise Lebranchu, ministre de la Décentralisation et François Patriat, président PS du conseil régional de Bourgogne | Photo Nicolas Boeuf

Marylise Lebranchu, ministre de la Décentralisation et François Patriat, président PS du conseil régional de Bourgogne | Photo Nicolas Boeuf

“La démarche de rapprochement ne pouvait pas mieux s’illustrer qu’en ce lieu extraordinaire, au cœur du rayonnement et de l’innovation”, répond Marylise Lebranchu. Aux chercheurs portant le projet LipStic, elle assure qu’il n’y a pas “meilleur cadeau” que de visiter un centre de recherche dont “l’action publique a permis l’excellence”. Parmi eux, certains viennent de Montpellier, d’autres, de Besançon. “Les deux forces de recherche avaient besoin de travailler ensemble, il faut désormais faire entrer ce schéma dans l’esprit des gens”, assurent les deux présidents de région. “Les échanges bidirectionnels sont permanents, c’est désormais une habitude, un besoin et probablement une nécessité”, note Philippe Saas, directeur de l’unité commune.

Mais si la question de la fusion semble évidente pour des chercheurs, est-elle forcément partagée par les autres concitoyens ? Pas forcément. Alors que la ministre était à Dijon, François Sauvadet envoyait un communiqué à l’ensemble de la presse, signé de plusieurs parlementaires de droite et du centre, de la région Bourgogne, mais aussi Franche-Comté. Il demande au gouvernement de reconnaître son erreur et de rétablir le conseiller territorial, supprimé par François Hollande en 2012. Il y a quelques semaines, il avait aussi demandé un referendum pour recueillir l’avis des habitants.

Le référendum pourrait sauter

Cette idée fut d’ailleurs évoquée par Marie-Guite Dufay dès la première réunion de travail en avril 2014. Mais elle semble s’éloigner. “Au regard des derniers résultats électoraux, je ne suis pas sur que la réponse ait forcément un lien avec la question posée”, prévient-elle rapidement. “Mais je ne suis pas contre, à condition que celui-ci soit fait après une campagne d’explication à base de réunions publiques par exemple”. François Patriat propose lui de se référer a ce que dira la future loi. “Si la loi ne prévoit pas de référendum, je ne chercherai pas à tout pris à y aller, car tous ceux qui le réclame son contre”.

“Nous sommes convaincus que 1+1=3. Il y a dans la région, un sentiment d’incompréhension, d’inquiétude qu’il nous fait travailler”, souligne la présidente de la région Franche-Comté. “Quand on veut avancer, il faut regarder ce qu’il se passe dans la région d’à côté. Nous devons travailler à l’émergence d’une métropole entre Dijon et Besançon”. Une métropole qui pour elle permettrait de résoudre la question de la capitale de la future région. C’est en effet le sujet qui risque de cristalliser les débats. Dans nos colonnes, le maire de Besançon, Jean-Louis Fousseret avait par exemple assuré qu’il ne pourrait pas faire en sorte que Besançon perde de son rayonnement. Pour François Patriat c’est la dernière question qu’il convient de poser : “C’est comme si vous donniez un nom à une voiture avant de la créer. Il ne faut pas voir une fusion absorption, mais une coopération intelligente”. Pour lui, c’est le sujet qu’il faudrait indéniablement remettre constamment sur le tapis pour faire échouer le projet.

“Nous devons montrer aux habitants que cette fusion peut marcher avant de consulter”, martèle François Patriat. “Nous ne ferons pas ca à la hussarde, mais nous ferons la démonstration par l’exemple que c’est efficace”. Et ce n’est finalement pas vraiment les Dijonnais ou les Bisontins qu’il faudra, selon lui convaincre, mais les habitants à la marge : “Le problème, c’est la périphérie. Il faut montrer que des initiatives, comme celle de LipStic, peuvent être utiles aussi bien à ceux qui habitent dans le Morvan que ceux qui sont dans le Haut Doubs”.

Une fusion avant la loi ?

“La France ne peut pas s’exonérer des réformes que tous les pays européens ont faites. Entre deux grandes régions, nous devons en avoir une forte. Mais nous ne pourrons pas réussir la fusion si nous ne parlons que d’efficacité économique ou d’économie”, rappelle François Patriat. Alors, quel sera l’objectif de cette fusion ? Des économies ? “Ce n’est pas l’objectif premier”, assure Marie-Guite Dufay. Une position qui ne devrait pas être partagée par François Hollande qui a fixé la réduction des déficits publics comme premier objectif justement ! “C’est plutôt l’efficacité”, assure la ministre de la Décentralisation. “Si nous ne faisions un projet que pour des économies, cela n’aurait pas de sens”.

Il y en aura cependant quand même. Assez logique lorsqu’on mutualise des services. “Les chercheurs n’ont par exemple plus qu’un spectromètre au lieu de deux”, explique-t-elle avant de rassurer les fonctionnaires : “Il existe une protection des agents. Ils ne pourront pas perdre leurs rémunérations”. François Patriat de citer par exemple la création d’une agence unique pour les TER, le tourisme et bien entendu un aéroport unique. “Et vous savez, ce n’est pas facile, même les Dijonnais m’en veulent” !

Marylise Lebranchu doit revenir en Bourgogne durant la dernière semaine de juin pour rencontrer notamment les élus. À l’automne, un débat citoyen devrait s’engager avant une première délibération commune en décembre. Avec la promesse de pouvoir fusionner, avant même la loi, si jamais le cœur vous en dit

Les commentaires sont clos.

  1. A mon avis, les Francs-Comtois ont tout à perdre dans cette fusion car on ne pourra pas éviter les rivalités entre Besançon et Dijon, qui conduiront à des décisions de compromis qui ne satisferont personne. Et il n’est pas démontré que cette fusion, si elle se fait, conduira à des économies. Gageons que si cette fusion se fait, on reviendra en arrière dans dix ans!

    Guyot le vendredi 30 mai 2014 à 9h06

  2. “Nous sommes convaincus que 1+1=3″.

    Bigre ! Ce n’est pas avec des gens aussi incompétents en mathématiques que la fusion va s’effectuer dans les meilleures conditions.

    Germain le vendredi 30 mai 2014 à 13h15

  3. et les simples citoyens? bénéficieront-ils de facilités de voyager?

    Dijon Autrement le samedi 31 mai 2014 à 8h05