Courbet et Cézanne enfin réunis

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Ils ont tous deux suivi le même chemin, fréquenté les mêmes lieux et connus les mêmes personnes, mais ne se sont jamais rencontrés physiquement. Pourtant, de nombreux points communs relient leur travail et leur vie. Reconnue exposition d’intérêt national par le ministère de la culture, “Courbet/Cézanne : la vérité en peinture” à Ornans (25) rassemble jusqu’au 14 octobre des œuvres issues de prestigieuses collections nationales et internationales telles que : Musée d’Orsay, Musée Granet, National Gallery Of Art de Washington, NMWA de Tokyo,  Moma, MET, Brooklyn Museum et bien d’autres.

Ne serait-ce que pour la qualité de la collection, cette exposition vaut le déplacement, mais elle offre également une muséographie intéressante qui met en lumière le parallélisme évident entre deux démarches fondatrices de la modernité en peinture. Enfin, la rentrée se faisant sous un climat des plus cléments, le village natal de Courbet, Ornans, et les alentours du pays  méritent que l’on s’y attarde. Une façon de mieux comprendre l’intérêt indéfectible que portait le peintre à son environnement. “Pour peindre un pays il faut le connaître, moi je connais mon pays”, aimait-il à rappeler.

Une peinture enracinée dans le terroir

Crédit photo Jonas Jacquel

Crédit photo Jonas Jacquel

L’exposition prend d’ailleurs place dans le musée Courbet, installé en partie dans la maison natale de l’artiste. Un amour pour son pays et la nature qu’il a su retranscrire avec force innovation dans son travail. La finalité esthétique laisse la place à l’émotion et à la vérité picturale. La nature est peinte telle qu’elle est ressentie par le peintre, avec ses lumières mais également ses ombres. Pas question alors de modifier le paysage sous prétexte d’une quelconque règle d’or.

Courbet nous offre un paysage qui se ressent plus qu’il ne se regarde. Une peinture de la nature qui fait appel aux sens, on la voit, mais on voudrait également la sentir et la toucher. Pour Courbet comme pour Cézanne, les terroirs sont très importants et ressurgissent régulièrement dans les thèmes et les compositions. Ils seront souvent à l’origine des innovations picturales majeures des deux artistes.

La nature, source d’innovation technique

Crédit photo Jonas Jacquel

Crédit photo Jonas Jacquel

Avec “La Vague” de Courbet, l’artiste donne, pour la première fois en peinture, toute l’importance du sujet à la vague, généralement détail d’arrière plan dans les marines. Elle est représentée alors pour ce qu’elle est et dans toute sa force. Là ou les mers de Cézanne sont des plans bleus souvent étriqués dans la composition, la mer de Courbet est un élément indomptable, plein de nuances et de reliefs. Cézanne la qualifiera alors “d’une des trouvailles du siècle”.

Paradoxalement, les deux artistes vont affectionner des sujets qu’ils ne côtoient guère, la mer et les vagues pour Courbet le Franc-comtois et la neige pour Cézanne l’Aixois. Celui-ci dira de son pair : “Courbet a peint la neige comme personne”. Le maître du réalisme fut en quelque sorte l’inventeur de la neige réaliste, colorée, aux ombres bleutées. Cette admiration de Cézanne pour Courbet se fait sentir tout au long de l’exposition, en présentant notamment la mimique de présentation de Cézanne, qui ira jusqu’à copier Courbet dans son style vestimentaire.

Deux hommes, deux tempérament, deux styles

Crédit photo Jonas Jacquel

Crédit photo Jonas Jacquel

La salle des autoportraits laisse transparaître cette fascination de l’un pour l’autre qui traduit également deux tempérament bien distincts. L’un joue de son image, tel un professionnel du marketing, n’hésitant pas à se présenter comme un homme de rusticité, peintre paysan, alors qu’il était, à l’instar de Cézanne et de nombreux impressionnistes, un dandy privilégié. Personnage tonitruant et doté d’un ego surdimensionné, Courbet était tout l’inverse de Cézanne, homme discret, timide et peu confiant qui aura bien besoin du soutien de son ami Emile Zola lors de ses périodes de doutes et de remise en question.

Zola dira de son ami : “Il a le génie de la peinture, de l’artiste, mais pas le génie de le devenir”. L’exposition présente évidemment les techniques propres aux deux artistes, et de quelle manière, sur les mêmes sujets, ils approchent différemment le volume, la composition, le rendu de la matière et de la lumière. C’est au contact de Camille Pissarro que Cézanne prendra confiance en son travail et s’orientera vers la technique qu’on lui connaît. À savoir une juxtaposition de petites touches orientées dans le même sens, créant le volume et la profondeur au moyen de la perspective atmosphérique.

L’ensemble de l’exposition est de qualité, de même que l’espace de présentation et le nouveau style du musée Courbet, pour ceux qui ne l’auraient pas encore visité. Nous vous conseillons également la petite cafétéria extérieure, très agréable par beau temps et au service exceptionnel. Ne manquez pas non plus de parcourir les environs du pays de Courbet qui ne manqueront pas de vous séduire, comme elle l’on fait avec le maître du réalisme.

Infos pratiques :

“La réalité en peinture”, Musée Courbet, jusqu’au 14 octobre 2013
1 Place Robert Fernier
25290 Ornans
Tél : 03 81 86 22 88
Ouvert tous les jours sauf le mardi

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