Les “populismes” bouleverseront-ils les rapports de force européens ?

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En France, les observateurs politiques se penchent déjà sur les conséquences nationales des élections européennes. Le PS va-t-il subir la défaite qu’on lui promet et ainsi confirmer la défiance populaire envers la politique du gouvernement ? Le FN va-t-il s’imposer et créer un électrochoc ?

Même si la France a tendance à se concentrer sur son destin propre, ces élections sont aussi cruciales pour l’avenir de l’Union européenne. Thierry Chopin, directeur des études de l’institut Robert Schumann, qui publie chaque année un rapport sur l’état de l’UE, a tracé les grands enjeux du vote du 25 mai prochain à l’occasion d’une conférence, lundi 12 mai, à Sciences Po Dijon.

De nouveaux rapports de force

“C’est un grand rendez-vous démocratique, théoriquement“, juge le professeur de sciences politiques. “Une occasion rare pour les citoyens de s’exprimer sur des sujets européens. D’ailleurs ne pas s’exprimer souvent nourrit un sentiment de défiance qui parasite la construction de l’UE”, ajoute-t-il, analysant deux défis que posent ces élections. C’est d’abord le score de l’abstention, puis celui des partis populistes et extrémistes (gauche et droite confondue). “Il faudra voir dans quelle mesure les partis populistes vont être à même de bouleverser les rapports de force”, précise-t-il.

Le vote du 25 mai sera avant tout l’occasion de choisir “des visages”. Ceux qui composeront le nouveau Parlement européen bien sûr – la France, pour sa part, enverra 74 députés siéger à Strasbourg – mais aussi le président de la Commission à Bruxelles. Chaque parti possède son champion, que le conseil européen (le cercle des 28 chefs d’État) choisira, mais qui devra être validé par le nouveau Parlement. “Pour la première fois, il y aura une logique partisane au choix du président de la Commission. Il y aura donc une tension entre les chefs d’État et le résultat du scrutin”, ce qui laisse présager de longues tractations.

Gauche et droite votent ensemble dans 70% des cas

Ces tractations, ces discussions, c’est ce qui caractérise le fonctionnement de la démocratie européenne. “En France, il y a une très forte polarisation droite/gauche. Cela amène de la stabilité et de la clarté dans les choix, mais prive d’une certaine nuance”, développe Thierry Chopin. A l’inverse, les élections européennes étant un scrutin à la proportionnelle, il laisse la part belle aux petits partis, la majorité droite/gauche n’est pas si évidente, encore moins absolue. Pour prendre des décisions, il faut donc accepter de faire des compromis. “En France, on a du mal à le comprendre. Compromis veut forcément dire compromission. Au Parlement européen, les députés ne sont pas tenus de suivre le gouvernement comme en France. Il existe une majorité variable en fonction des sujets.

Après avoir analysé le vote des parlementaires sur une vingtaine de grands sujets, l’institut Robert Schumann (qu’est-ce que c’est ?) a pu déterminer trois façons.

  • Hyper-consensus : il s’agit de votes sur lesquels l’opinion française est unanime, comme l’interdiction des OGM ou l’instauration d’une taxe sur les transactions financières. Ils représentent 40% des votes. Gauche et droite votent ensemble… mais aussi avec les autres partis, de l’extrême gauche jusqu’à l’extrême droite. De quoi balayer l’argument du FN qui est de dire que l’UMP et le PS votent de la même manière, puisqu’eux aussi le font sur presque la moitié des sujets.
  • Majorité assez large : gauche et droite votent ensemble, mais sans les extrêmes. Elle représente 30% des votes, sur le budget, par exemple.
  • Majorité de confrontation : enfin, dans 30% des cas, la gauche et la droite ne sont pas d’accord. Récemment, cela s’est observé sur des votes comme celui pour l’allongement de la durée du congé maternité, sur l’immigration, etc. Comment prendre alors une décision ? Un jeu d’alliances se forme, entre la gauche et l’extrême gauche par exemple pour créer une nouvelle majorité.

Les populistes à 25% au Parlement

Revenons au “principal enjeu pour les médias”, selon Thierry Chopin : la montée des partis populistes. “Le Front national possède trois élus au Parlement européen aujourd’hui. Il pourrait en avoir entre 15 et 18 après le 25 mai, ce qui créera sans aucun doute un électrochoc dans le pays”, annonce-t-il. Au Parlement européen, les populistes (de droite et de gauche) représentent 150 députés sur 766 pour l’instant. On pourrait en compter 200 sur 751 après les élections. “Ce qui reste très loin de la majorité absolue, d’autant plus qu’ils ne sont pas dans le même groupe”, modère Thierry Chopin.

“Oui, il y aura une montée du populisme, mais la question est de savoir s’ils pourront bouleverser les rapports de force”, reprend-t-il. Les partis populistes passeraient de 20% à 25%. Pas assez pour faire pencher la balance, mais cela aura pour conséquence de pousser droite et gauche à encore plus de compromis, alimentant ainsi leurs thèses. Les sondages donnent pour l’instant le PPE et le PSE à 200 députés chacun. Or, celui qui aura la majorité aura le pouvoir sur le choix du président de la Commission européenne. “Tout l’enjeu réside dans cette lutte indécise entre gauche et droite afin de savoir qui sera en tête pour l’élection du président de la Commission”, affirme Thierry Chopin.

Puisque le nombre de députés envoyés par chaque pays dépend de son poids démographique, c’est principalement les huit grands pays européens qui détermineront ce rapport de force, à savoir : l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni, l’Espagne, l’Italie, la Pologne, les Pays-Bas et la Roumanie. Ce sont eux qui enverront le contingent principal de députés siéger à Strasbourg, en fonction de leur contexte national.

Pour ainsi déterminer le prochain visage de l’Europe.

Photo CC Eva Van Wassenhove

Les commentaires sont clos.

  1. “Populismes” restant un terme inférieur à la réalité, hélas

    Dijon Autrement le mercredi 14 mai 2014 à 9h22

  2. Pénible toujours la même rengaine. La vraie question à poser: les peuples bouleverseront ils les rapports de force européens?
    Assez de cette europe sous tutorat états-unien et sioniste.
    Vivement le 25 mai, la tronches des PS et UMP se sera mieux que le match du dimanche soir sur C+

    pénible le mercredi 14 mai 2014 à 9h56

  3. @Le Miroir mag et Dijon Autrement
    Pourquoi mettre “populismes” entre guillemets ?
    Et pour quoi – un terme inférieur à la réalité ?
    ————
    Quand un peuple rejette, à 55 %, à tort ou à raison, un traité constitutionnel européen que l’on fait adopter ensuite, en catimini, par une chambre d’enregistrement, et cela après avoir injurié les mal-votants faute de pouvoir les dissoudre, est-ce qu’on n’exacerbe pas le populisme ?
    « Salauds de pauvres ! », comme disait Jean Gabin dans « La traversée de Paris »

    M-Eve le jeudi 15 mai 2014 à 8h58