A coeur vaillant rien… d’inaccessible

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“Les rampes d’accès handicapés ? Je les laisse à mes copains!” Zach Beaulieu, 24 ans de vie dans un siège roulant en aluminium, exulte quand il peut accéder aux bâtiments par les escaliers. A 28 ans, cet Américain d’Augusta (Maine), a développé des compétences hors du commun.

Nous sommes allés tester le mobilier urbain avec lui, et ça tombait plutôt bien, cette année, c’était le dernier carat pour adapter les lieux publics aux handicapés grâce à des plans inclinés et des mains courantes, ou encore des couloirs élargis.

1. Vaincre sa peur

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“Class One !”, c’est comme cela que ses coéquipiers l’appellent. Zach tient son surnom du classement de son type de , le plus lourd. Pour jouer au handi-basket, un sport qu’il pratique depuis qu’il a 6 ans, il doit pousser les roues à la force de ses bras, trouver un équilibre alors que certains muscles de son bassin ne sont plus réactifs, renoncer à ses jambes qu’il ne peut plus diriger.

Normalement, il devrait accuser un certain retard. Normalement. Car Zach est tellement habile en fauteuil qu’il réussit des figures que peu de gens en France sont capables de reproduire. En fait, depuis qu’il a 4 ans, nous confie-t-il, il en a marre d’attendre qu’on s’occupe de lui. Alors petit à petit, il a pris les choses en main.

Il s’est essayé, dès l’enfance, à tous les types de pentes et d’escaliers pour trouver des techniques qui, mêlant équilibre et force, lui permettent aujourd’hui d’affronter n’importe quel obstacle. “La seule chose qu’il faut pouvoir vaincre, c’est la peur. C’est LE frein pour aller plus loin et dépasser le handicap.”

Enfant, Zach a donc fait une peur bleue à ses parents en tournant sur une seule roue, ou en descendant plusieurs marches sur son fauteuil en aluminium. Il tombe, ne se décourage jamais, et recommence jusqu’à réussir. La structure métallique qu’il pousse garde les traces des coups : tant pis, de toutes façons, le père de Zach est soudeur professionnel.

2. Sauter (tous) les obstacles


Lorsqu’on marche à ses côtés, on se rend vite compte que son regard est à fleur de sol. Le moindre accroc dans le trottoir peut le déstabiliser. Quand nos yeux se baladent sur les carrosseries des voitures garées, lui se concentre sur les aspérités et les objets qui traînent.

Direction le centre-ville, nous prenons les voies pavées pour rejoindre la rue de la Liberté. Il nous maudit. Les pavés, c’est désagréable pour lui, ça vibre. Dommage parce que cette partie du centre, il la trouve vraiment belle, surtout la place du marché.

Il a ses habitudes dans un bar ici, d’ailleurs. Un bar qui possède une marche très haute pour aller commander une boisson. “Vous ne le remarquez pas, mais cette marche pénalise les handicapés.” Les handicapés, oui, mais pas Zach. Lui, il prend cinq mètres d’élan – tous les yeux sont rivés sur lui – et fonce en roue arrière pour sauter l’obstacle.

Guillaume, son coloc’ en fauteuil également, prévient : “Si jamais tu te rates, je ne te connais pas!”. Ensemble, ils jouent à la JDA en seconde division. Grâce aux talents de Zach, l’équipe espère bien atteindre la première division l’année prochaine. En attendant, c’est une équipe de WMX qu’ils veulent monter en partenariat avec l’association AMSports.

3. Imposer son style

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Le WMX ou Wheelchair Motocross s’inspire du BMX (ce petit vélo tout terrain dédié aux figures acrobatiques). C’est une discipline déjà existante aux Etats-Unis, elle arrive progressivement en France. C’est une forme sportive de maîtrise du fauteuil handicapé, où improvisation, créativité et figures extrêmes sont de mise.

Sont-ils fous ? La question brûle la langue, mais la réponse est évidente. Au contraire, pratiquer un sport peut s’avérer être une libération pour des handicapés moteurs. Cela permet de garder la forme physique, d’acquérir une certaine autonomie et de se dépenser – en plus du fait d’avoir une équipe et de profiter.

Et puis, à vrai dire, un ami de Zach paraplégique a aggravé son handicap à cause d’un simple trottoir… Alors sauf à surprotéger les handicapés en fauteuil, il n’y a rien à faire. Et puis, eux n’aiment pas tellement voir des enfants engoncés dans leur fauteuil : “Ils s’ennuient, ils ne font rien. Les parents ou les institutions les couvent. Alors que dès qu’ils se mettent à un sport, on les voit s’ouvrir et être en meilleure forme”, remarque Guillaume.

Voilà pourquoi les deux compères sont très actifs pour faire connaître et élargir les possibilités en handisport. Le but ? “Apprendre à appréhender son fauteuil et pourquoi pas… faire des figures plus extrêmes !”

Les commentaires sont clos.

  1. Réjouissant, bluffant. Handi, dites lui oui!

    Dijon Autrement le samedi 26 avril 2014 à 16h08

  2. Un bel , que dis je , superbe exemple de courage ! Avec tous nos membres “en état de marche” les handicapés c’est nous , quand on voit ça . Nos petits problèmes ne sont rien à côté de leur parcours . Encore + de respect pour eux .

    FELIX 482 le mercredi 30 avril 2014 à 14h44