Même avec l’e-cigarette, pas de fumée sans feu…

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Depuis quelques jours, les médias français s’enflamment autour du brûlant débat de la cigarette électronique. Le magazine 60 millions de consommateurs a relancé la machine médiatique sur le sujet du substitut à vapeur parfumée en publiant les résultats d’une analyse (Lire ici) dont les conclusions sont assez peu étonnantes : oui, il existe bien des molécules toxiques dans les produits que l’on “vapote”. D’ailleurs l’Organisation mondiale de la santé (OMS) déconseille officiellement son utilisation depuis juillet 2013.

En revanche, ce petit dispositif apparait toujours dans l’inconscient collectif comme beaucoup moins nocif que la combustion de feuilles de bourrées d’additifs. Alors, pour ou contre l’e-cigarette ? Nulle doute que le débat s’installe déjà à la machine à café. Peut-être même accompagné d’une clope. La question est publiquement posée et comme les deux ex-fumeurs Sylvie et Louis, croisés au hasard d’une terrasse, on en parle parce que tout le monde en parle…

L’opinion en fait tout un tabac, mais pourquoi ?

E-cigarette… plus que de la vapeur d’eau

Tout d’abord, il s’agit d’un produit tout nouveau, intrigant, dont on ne connaît pas encore rigoureusement les composants, les effets, les conséquences à long terme. Aucune étude concluante n’a pu encore être menée. Au regard de la loi, cet objet encore non juridiquement identifié profite du flou artistique : vente au mineurs, publicité, présence dans les lieux publics, taxation, l’inertie de la machine à encadrer les produits offre une fenêtre de tir aux vendeurs de cigarettes électroniques. Le gadget bénéficie de la présomption d’innocence, même si déjà se profilent doutes et législations – comme l’interdiction déjà effective de sa vente en pharmacie.

L’OMS conclut ainsi dans un rapport publié le 9 juillet 2013 que “tant qu’il n’existe pas de preuve concrète que les appareils à délivrer la nicotine (incluant la ) ne sont pas considérés comme sains, efficaces et de qualité acceptable par un organe de régulation national compétent, il doit être fortement conseillé aux consommateurs de ne pas utiliser l’un ces produits. L’AFSSPAS en France a fait de même.Les membres de la Ligue contre le cancer se sont également prononcés contre dans un communiqué, elle “entend dissuader l’utilisation de ce produit et recommander son retrait du marché tant que la réglementation n’est pas clarifiée”. Principe de précaution universel oblige.

Car outre l’eau, la cigarette électronique vaporise dans les bronches une flopée de molécules dont certaines sont reconnues comme toxiques, et potentiellement cancérogènes. Nicotine, formaldéhyde, acroléine et particules métalliques figurent sur la liste noire. Des inconvénients invisibles pour l’instant qui ne semble pas empêcher le (déjà) million d’adeptes de vapoter sereinement en France. “C’est génial, reconnait Sylvie, 40 ans, fonctionnaire, ça permet d’arrêter de fumer en douceur, c’est une addiction plus douce, et puis, j’ai confiance en mon revendeur – lui aussi il vapote.”

Médicament ou produit du tabac ?

“Cet objet n’est pas référencé comme traitement de substitution”, Françoise Amelot, coordinatrice de l’association Tab’Agir en Bourgogne, est catégorique lorsque l’on évoque la cigarette électronique. Elle qui entend lutter au quotidien contre la dépendance à la nicotine via des méthodes classiques qui ont fait leurs preuves : médecins tabacologues, accompagnement par des psychologues formés en thérapies cognitives et diététiciens, appelle à la vigilance. “On trouve de tout et n’importe quoi dans ces produits. Une enquête montre que les étiquettes détaillant les molécules en présence sont sous-évaluées de 70%. C’est du grand n’importe quoi quant aux dosages car il n’existe pas de cadres légaux.”

Déjà, l’Europe propose dans un amendement de considérer la cigarette électronique comme “médicament” à partir de 4 milligrammes de nicotine par millilitres (Lire ici l’article du Monde). Au même moment, la France devrait reprendre un débat entamé en juin 2013 sur l’assimilation juridique de la cigarette électronique au tabac. Devant l’absence de conclusions claires, que faire ? “Les utilisateurs se posent beaucoup d’interrogations. Ils nous appellent pour nous dire qu’ils sont passés par cette étape de la cigarette électronique, pour nous demander ce que nous en pensons”, raconte l’associative.

“Je suis très dubitative quant à son absence de nocivité”, continue-t-elle. “On éclaircit avec eux les données, mais nous ne la conseillons pas comme un substitut nicotinique de pharmacologie. Car nous pensons que c’est un outil qui peut aussi aider à entrer dans le tabagisme”. Louis, 24 ans, ingénieur, ancien fumeur repenti explose : “Mais c’est ultra-vicieux ! Du fait de cette pseudo-argumentation médicale, on se méfie encore moins ! Et puis, quoi ? On se sert de l’argument affectif pour vendre en toute tranquillité une nouvelle addiction. Et pire, on la rend très à la mode ! C’est tellement … marketing !”

Quand les industriels du tabac vapotent

Les années 2000 connaissent la consécration de la lutte contre le tabagisme aux Etats-Unis mais aussi en Europe. Notamment depuis les grands procès contre les grands fabriquants de tabac au Canada récemment (Lire ici l’article de Libération), aux Etats-Unis (avec notamment Jeffrey Wigand), mais aussi un début d’encadrement européen avec le projet législatif de juillet 2013 émanant de la commission ENVI (Commission de l’environnement, de la santé publique et de la sécurité alimentaire). En volume, la consommation de tabac diminue dans le monde après avoir été diabolisée. Fumer tue, lit-on aujourd’hui dans toutes les langues.

Reconnue publiquement comme un facteur cancérogène important et irréfutable, la consommation de tabac à fumer – et son toxique avatar, la nicotine – figure au banc des accusés. Les lobbies de la cigarette sont démasqués ainsi que leurs stratégies commerciales. Apparitions dans les films, vente aux plus jeunes, addition secrète de produits addictifs, image de marque pour influencer l’imaginaire des plus jeunes et normaliser la consommation de la cigarette… toutes ces méthodes ont fait leurs preuves et les lendemains sont difficiles pour ceux qui finissent désormais par constater que le tabac tue vraiment.

Devant cette perte de vitesse de leur produit phare, les grands groupes du tabac comme Philipp Morris se reconvertissent dans la cigarette électronique, elle même qui se substitue au tabac qui  font leur fortune (Ici, un exemple). Assisterait-on au greenwashing de la cigarette ? Ou au glissement de l’industrie de l’addiction à la nicotine vers un autre secteur, celui de la pharmacie ? Car le fameux inventeur de la vapote n’est autre qu’un chinois, employé par un géant pharmaceutique, Ruyan group.

La cigarette électronique doit-elle être considérée comme un médicament ou un produit du tabac ? Entre les deux géants, la bataille est économique.

  • Information pratique : L’association Tab’Agir est domiciliée à Auxerre et propose une assistance gratuite et régionale au sevrage tabacologique. Contact : 03 86 52 33 12

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