Foyer Sadi Carnot : A. Houpert, “opportuniste” d’une triste réalité ?

Photo Jérémie Lorand

Photo Jérémie Lorand

“Passé 19h, se rendre au 2, rue Sadi Carnot, puis sonner au portail bleu”. Si d’extérieur le bâtiment est banal, le rendez-vous et l’adresse sont incontournables pour les sans-abris de l’agglomération dijonnaise. Car les lieux abritent le fameux foyer “Sadi Carnot”. Un service créé dans d’anciens locaux de la ville de Dijon pour l’accueil des personnes marginalisées. Là, on y propose un simple refuge nocturne, mais aussi des services de prise en charge et de réinsertion.

Sauf qu’après plusieurs années d’existence, le centre a subi les affres du temps. Par l’importante fréquentation d’abord, mais aussi par manque de moyens, le bâtiment est aujourd’hui en piteux état. Si une reconstruction est pourtant envisagée et annoncée depuis plusieurs années, elle est malheureusement sans cesse repoussée. Une situation que le sénateur UMP , candidat aux Municipales 2014 à Dijon, n’a pas manqué de dénoncer, après une surprenante visite des locaux…

“le sang et l’odeur des excréments qui vous saisissent à la gorge”

“Point n’est besoin de visiter le monde pour rencontrer la misère, elle est au cœur de notre ville, derrière un portail de fer bleu que j’ai poussé hier, en visitant le centre d’accueil Sadi Carnot”. La tribune envoyée par l’élu de droite à la presse locale serait pour le moins déroutante si elle n’était pas justifiée par un contexte électoral. Profitant de la visite guidée donnée pour le compte d’une association d’aide aux démunis, le sénateur UMP a en effet pu intégrer l’intérieur de Sadi Carnot. Et les constats qu’il en dresse sont pour le moins éloquents…

Au fil du récit prosaïque de sa visite, Alain Houpert se livre à quelques citations de penseurs, tout en décrivant l’état déplorable des lieux : “Au moment où je pénètre dans la cour les mots du père Joseph Wresinski me reviennent en mémoire : ‘Le plus grand malheur de la pauvreté extrême, écrivait-il, est d’être comme un mort-vivant tout au long de son existence, de vous savoir compté pour nul, au point que même vos souffrances sont ignorées’. ‘La misère ne se soulage pas, disait-il, elle se détruit’…”

Il raconte y avoir découvert “un premier bâtiment où il y a les des S.D.F sans ressource et plus loin un autre bâtiment appelé la stabilisation autrefois baptisé ‘asile‘, qui reçoit ceux qui ont un petit revenu et peuvent louer une chambre. J’ai pu en visiter une qui n’était pas occupée… un néon, des graffitis lourds de sens dignes de Baudelaire ou de Verlaine sur des murs tristes : ‘je regrette, de n’avoir plus la force de regretter’, des traces de sang sur un carrelage sale…et l’odeur des excréments de chien partout présente qui vous saisi à la gorge”.

Et l’énumération ne s’arrête pas là : “Je ne veux pas faire de voyeurisme, mais comment se reposer quand l’âme est agitée, le corps douloureux et que l’on est 7 par chambrée. Ici 4 invités permanents, la drogue, la violence, le sida et l’alcool, parfois des invités supplémentaires, les poux, la gale, les cafards, les blattes…”

Un candidat “opportuniste de misère”, selon la mairie

Mais alors, qui est responsable de l’état déplorable de ce foyer ? La faute à qui ? À la municipalité actuelle, contre qui le texte est évidemment dirigé. Celui qui brigue la succession de en mars 2014 regrette dans sa tribune que l’on ait “dépensé des sommes folles pour le tram, pour la rue de la liberté, pour la place de la République”, alors que “l’urgence était ici”. Mais de rajouter, acerbe : “Il est vrai que la misère, les plus démunis n’intéressent personne”.

Une attaque en règle aussitôt contrecarrée par , adjointe à la mairie de Dijon déléguée au logement. Dans un communiqué transmis vendredi 23 août, celle-ci n’hésite pas à qualifier le candidat Houpert “d’opportuniste de misère” ! Rappelant publiquement que celui qui est aussi conseiller général de Côte-d’Or n’a voté à ce titre en 2011 que 48.000 € de subventions pour la réhabilitation du foyer pendant que l’État et la ville de Dijon s’y sont engagés à hauteur d’un million d’euros.

Enfin, toujours à coups de chiffres, elle précise que l’entretien, les dépenses d’énergie ainsi que la restauration des résidents sont eux aussi pris en charge par la ville, au travers de son centre communal d’action sociale “pour un montant annuel de l’ordre de 170.000 euros”.

Une insalubrité avérée

Pourtant, si elle accuse effectivement à plusieurs reprises son adversaire politique de “jouer avec la misère” à des fins électorales, pas une seule fois l’élue socialiste ne revient les constats sanitaires dressés par Alain Houpert…

Sont-ils alors conformes à la réalité ? “La description est même relativement ‘soft’ !”, admet Romain, avec une certaine ironie. Lui qui a fait partie de l’équipe encadrante du foyer durant près de deux ans n’hésite pas à parler “d’insalubrité” lorsqu’il évoque des locaux “où aucune réparation n’est faite depuis des années, où les murs se dégradent et où les gens qui y vivent n’en prennent pas spécialement soin”.

Selon lui, cette description “assez racoleuse” témoigne néanmoins d’une réalité de terrain et “résume assez bien la situation” : “les insectes sont extrêmement présents et nous avons eu un cas de gale l’année dernière”. “Mais ce n’est pas l’enfer non plus, on y passe de bons moments, les gens y viennent pour trouver un contact humain”, précise-t-il.

“Ce n’est malgré tout pas simple d’aider des gens à se resocialiser quand on les accueille comme ça”, regrette toujours Romain, constatant qu’en général, peu d’argent est alloué à l’exclusion. Depuis plusieurs années, l’état de Sadi Carnot se dégrade et la réponse officielle qui est faite aux travailleurs sociaux est que les subventions sont au maximum investies pour la construction des nouveaux locaux. Une construction sans cesse annoncée, mais malheureusement sans cesse repoussée depuis de longs mois. Dernièrement, un problème de viabilité de terrain est venu une nouvelle fois repousser le début du chantier.

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