Squat Bertillon, un an et demi plus tard …

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Souvenez-vous, c’était en octobre 2011. Un afflux sans précédent d’immigrants avait noyé services sociaux, associations caritatives et préfectures dans plusieurs villes de France. Quelques centaines de ces hommes fuyant des régimes autoritaires ou des pays en guerre avaient alors trouvé refuge dans les locaux abandonnés des anciennes salaisons dijonnaises. Le .

Aujourd’hui, les vastes espaces industriels à l’abandon, carrelés de blanc, abritent derrière les lourdes portes des chambres froides environ 90 demandeurs d’asile venus principalement d’Afrique subsaharienne et des pays d’Europe de l’Est. Ce bâtiment désaffecté aux innombrables fuites d’eau et aux sanitaires déglingués est l’un des derniers lieux de rencontre pour ces migrants abandonnés par l’Etat français – ce dernier ne respectant pas son devoir solidaire d’hébergement des nouveaux arrivants.

A nouveau, les 90 se retrouvent encore dans l’attente – officielle – d’être expulsés par les services de l’Etat. Non pas par la force, mais par les arguments, promet la préfecture. Très bien mais pour aller où ? Un membre d’Urgence solidaire, une des premières associations sur le terrain à leurs côtés, se permet de remarquer : “Ils (les services de l’Etat, ndlr.) sont en train de fabriquer des SDF”.

Délester Dijon, une illusion ?

La capitale des Ducs a été complètement dépassée par le flot de demandes administratives. Un véritable cas à part en 2012 avec Angers. La raison ? A mi-chemin entre Paris et Lyon, deux ports d’arrivée des migrants, elle offrait quelques “avantages” en nature (un chèque de dix euros journalier) ainsi qu’un réseau étoffé d’associations prêtes à secourir activement les personnes en difficulté. Et puis, suite à l’automatisation de l’enregistrement des empreintes digitales, seule Dijon avait investi dans la machine adéquate, concentrant un peu plus les flux dans la capitale régionale.

La préfecture avait pourtant bien essayé de disperser les effectifs trop nombreux de  l’ancien squat de l’Ecole des Greffes dans toute la Bourgogne… “Ils sont revenus ici”, témoignent deux habitants de Bertillon dans un français devenu très bon après un an et demi de galère. “Dans les campagnes, le droit à l’information n’est pas respecté et ils sont stockés dans des foyers.” Stockés. Le mot est rude. Il existe désormais une conscience chez ces hommes baladés depuis dix-huit mois d’un endroit à l’autre sans véritable droit à préserver leur dignité. Cette dignité se résume en une chose selon les associatifs : “disposer d’un coin à eux, où poser leur sac à dos et pouvoir se reposer à l’abri”.

Hors des grandes villes, le désert

Depuis, deux machines pour enregistrer ces fameuses empreintes digitales ont été installées dans l’Yonne et en Saône-et-Loire, délestant au passage les villes de Paris et Lyon. Un point positif, un effort de l’Etat, qui pourtant ne convainc personne. “A Vierzon ou Nevers, personne ne peut nous aider. Il y a bien des Restos du Coeur mais les nouveaux arrivés ne savent pas où ils se trouvent, quelles démarches faire – d’autant qu’il faut être rapide.” Dijon, c’est l’assurance d’un service qui va plus vite, d’un maillage associatif efficace. Car la ressource la plus importante pour un demandeur d’asile est assez insoupçonnée des Français. Il s’agit de l’information.

Or le squat Bertillon est un merveilleux – tout autant qu’affreux – espace d’échange : malgré les apparences, on peut y parler une demi-douzaine de langues dont le français, l’anglais et l’arabe couramment – et donc trouver avec une facilité déconcertante un bon traducteur, un appui pour apprendre le français et comprendre les autorités, les démarches. Quoi qu’il en soit une donnée reste importante : l’information est primordiale pour l’insertion et les témoins se plaignent d’un manque de la part des pouvoirs publics. Une façon de réduire les validations de dossiers et de diminuer le nombre de réfugiés, selon eux.  “Leur moral est dans les godasses”, résume le membre d’Urgence Solidaire. “Il y a de quoi désespérer, les dossiers n’avancent pas, il y a ceux qui pètent les plombs, ceux qui ont faim, la nervosité grimpe à cause des conditions précaires – un point d’eau pour 90 personnes, un seul sanitaire…”

“Ils nous ont donné à tous une sacré leçon de non-violence, n’empêche…”

Les commentaires sont clos.

  1. j’ai soutenu Dijonscope en étant adhérent est-il possible de recevoir votre info quotidiennement
    Avec mes remerciements
    J.Pierre HEDOU

    HEDOU Jean-Pierre le mercredi 29 mai 2013 à 14h22

  2. La rédaction du Miroir

    Jean-Pierre,
    Une newsletter hebdomadaire sera disponible sous peu. Nous informerons les lecteurs à ce moment.
    Bien à vous.

    La rédaction du Miroir le mercredi 29 mai 2013 à 14h52

  3. Merci pour cet article!

    Et comme Jean-Pierre (que je salue au passage…) j’espère pouvoir recevoir bientot votre newsletter!

    François COLAS le vendredi 31 mai 2013 à 15h34