Ce patrimoine dijonnais invisible : Le Petit-Cîteaux

Photo Jonas Jacquel

Photo Jonas Jacquel

Si Dijon est réputée pour son riche patrimoine – on y dénombre pas moins de 205 monuments classés historiques, ce qui en fait la 9ème ville de France en possédant le plus – celui-ci est devenu banal pour la majorité de ses riverains. Pourtant, nous sommes constamment confrontés à notre passé patrimonial à chaque sortie dans une rue de la cité des Ducs.

Ce patrimoine, devenu « invisible » pour nos yeux trop habitués à la présence de ces monuments, recèle pourtant d’histoires originales et méconnues. À travers cette chronique estivale, la rédaction du Miroir souhaite faire (re)découvrir tous ces bâtiments et monuments qui font notre histoire. Cette semaine, c’est le Petit-Cîteaux qui est mis à l’honneur…

L’histoire du Petit Cîteaux

Car avant d’être le nom d’un quartier, construit en 1980, le Petit-Cîteaux ou maison de l’Abbé-Chalon se laissait découvrir à l’actuel 40 rue Condorcet. Derrière de hauts murs noirs de ce côté de la rue, il abrite la maison de retraite Saint-Philibert, mais aussi des logements pour locataires ainsi que d’autres pour les bénédictines adoratrices, les dernières.

Ci-dessus, la cour principale du Petit-Cîteaux, avec en face l'accès à la grande chapelle, restaurée en 1985. Sur la gauche, les logements des bénédictes, et, sur l'aile en face mais non visible sur la photo, d'autres logements, mais ceux-ci pour les locataires.

Ci-dessus, la cour principale du Petit-Cîteaux, avec en face l’accès à la grande chapelle, restaurée en 1985. Sur la gauche, les logements des bénédictes, et, sur l’aile en face mais non visible sur la photo, d’autres logements, mais ceux-ci pour les locataires.

Jean-François Bazin, dans Histoire de Dijon, paru en 2003, retrace l’histoire de ce bâtiment. Le premier livre imprimé de Dijon est l’oeuvre de Pierre Metlinger, entre 1490 et 1491, accueilli par l’abbée de Cîteaux Jean de Cirey. C’est dans le Petit Cîteaux qu’une nouvelle façon d’imprimer naît, différente de celle de Gutenberg puisqu’elle consiste en des lignes de caractères imprimés. Le dispositif de Gutenberg, avec des lettres mobiles, rendra l’invention de Metlinger désuète.

La vie du petit Cîteaux est rythmée au fil de ses propriétaires : les Jésuites à partir de 1856, les militaires plantent leurs tentes durant la guerre de Crimée et pendant la guerre de 1870-1871, un hôpital est installé sur place. Sous l’influence des Jésuites, le collège Saint-Ignace est construit sur le boulevard Voltaire, et le Petit Cîteaux se métamorphose alors en partie en internat. En 1882, les Jésuites sont expulsés de France, le lieu devient alors une imprimerie, sous l’impulsion de François Chanlon, qui héberge des orphelins.

Une fois le portail franchi…

Les bénédictines adoratrices s’installent quant à elles en 1889 à Dijon, et au même moment, une maison de retraite pour dames est créée au Petit-Cîteaux. Seulement, en 1944, durant la Seconde Guerre mondiale, le bâtiment est touché et la partie qui abritait les orphelins doit être démolie. Divers organismes se sont occupés par la suite des enfants, mais plus aucun ne reviendra au Petit-Cîteaux.

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Le Petit Cîteaux comporte deux chapelles, dans lesquelles des messes ont toujours lieues. Ci-dessus, l’intérieur de la grande chapelle, restaurée en 1985 par Jacques Prioleau, architecte de la ville. Maculée de blanc et transpercée de part en part par des ouvertures lumineuses, la chapelle aspire à la paix. Des représentations du chemin de croix ornent les murs, différentes sculptures du Christ et de la Vierge Marie complètent le tableau.

La deuxième chapelle, cistercienne, date du 14ème siècle, et est plus ancienne que la grande chapelle. De forme carrée, elle a la voûte peinte et les blasons des anciennes abbayes. Une coquetterie plutôt récente, puisqu’elle date de la fin du 19ème siècle, et les moines cisterciens ne décoraient jamais leurs lieux de culte. Un vitrail met en scène Saint Bernard donnant le Petit-Cîteaux à la Vierge Marie.

Une deuxième cour, derrière celle d’honneur, dénommée cour du Petit-Cîteaux, dans laquelle trône une tour octogonale du 14ème siècle. À même le sol, sur un piédestal, l’ancienne balle de plomb de la girouette d’origine, sur laquelle figure la date de 1920, laissant présumer de la création des premiers bâtiments du site. Au coin droit de cette cour se situe l’ancienne cuisine qui nourrissait les résidents… mais également les ambassadeurs des ducs de Bourgogne.

Aujourd’hui, les dernières bénédictines vivent au Petit-Cîteaux en harmonie avec les locataires, donnant alors une disposition tout à fait inédite à un ancien lieu de culte, résolument moderne.

Les commentaires sont clos.

  1. a t on acces librement à ces lieux ??? sinon comment les visiter ???

    marty le mercredi 7 août 2013 à 15h57

  2. Valentin Euvrard

    Marty,

    A moins de connaître un locataire des lieux ou bien alors une des bénédictines, je doute que vous puissiez entrer librement dans le Petit Cîteaux.

    Néanmoins, un coup de fil devrait permettre de vous ouvrir les portes de ce magnifique lieu : http://benedictines-dijon.blogspot.fr/p/contact.html

    Valentin Euvrard le mercredi 7 août 2013 à 18h16

  3. Toujours intéressants, tes articles, Valentin!
    J’apprends des choses sur ma ville natale, c’est super!
    Très utile d’avoir de la culture générale et de “balayer large”!
    Tu vas devenir incollable! Bises!

    Jauffret Chantal le mercredi 7 août 2013 à 23h00