Comment Dijon résista au siège de 1513

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Depuis le 21 juin dernier, les archives municipales de la ville de Dijon organisent une exposition sur le , un morceau d’histoire qui fêtera cette année ses 500 ans. Retour sur les faits.

L’attaque de la Bourgogne

Au début du 16ème siècle, la France s’attaque aux territoires italiens, avec succès dans un premier temps. Puis, à partir de 1512, les troupes de Louis XII connaissent quelques échecs, “ce qui donnera de l’élan aux Impériaux (aujourd’hui les Autrichiens, NDLR), pour s’attaquer à la Bourgogne”, précise Éliane Lochot, conservateur aux archives municipales.

Attaquer, oui, mais pour quelle raison ? “Marie de Bourgogne était mariée à Maximilien d’Autriche mais elle décède en 1482. Le roi de France récupère alors le duché de Bourgogne, lésant Maximilien d’Autriche de son héritage”. Le futur dirigeant de l’Empire saint va alors profiter de la faiblesse des troupes françaises, qui essuient plusieurs revers du côté des royaumes transalpins, pour récupérer ce qui lui est dû.

Pour se faire, il va enrôler des mercenaires suisses dans son armée, environ 30.000 hommes, et arrivera à convaincre quelques milliers d’Allemands à se joindre au combat, ainsi que des Francs-Comtois. “Les Suisses étaient des mercenaires et se vendaient aux plus offrants. Ils étaient d’excellents combattants et n’avaient pas d’objectif territorial ou politique particulier”, détaille Éliane Lochot. Une pratique aujourd’hui impensable, mais très courante à l’époque. En mettant rapidement sur pieds ses armées, Maximilien d’Autriche espérant ainsi contre-attaquer rapidement et capturer facilement Dijon, quitte à ensuite inquiéter les remparts parisiens.

Mais c’était sans compter sur , gouverneur de Dijon. Rentré de la campagne d’Italie en juillet, il s’active à préparer les défenses de la ville : “les fossés sont nettoyés, la terre transportée au pied des murailles pour amortir le choc des tirs de boulets de canon, des plateformes sont édifiées pour supporter l’artillerie”. Surtout, connaissant les ficelles de la guerre, il achète 4.000 mercenaires pour défendre la ville. Les armées ennemies encerclent la ville le 8 septembre, le siège peut commencer.

Un siège périlleux

Suisses et Allemands se concentrent pour ouvrir une brèche dans les remparts dijonnais, sans succès durant le premier jour. Inquiété, Louis de la Tremoille décide de faire creuser des fossés derrière les murs d’enceinte. Une stratégie qui sera payante deux jours plus tard. Le 10, deux brèches s’ouvrent mais les envahisseurs sont contenus par les locaux. Des négociateurs sont envoyés, sans succès.

Le lendemain, le gouverneur de Dijon va effectuer une habile manœuvre. Sentant que les assiégeants perdent lentement de leur motivation, il s’aperçoit également que les mercenaires suisses attendent depuis le début du mois une solde promise par Maximilien d’Autriche. Il propose de payer les arriérés de paiement et les troupes suisses acceptent une trêve. : “le gouverneur les achète tout simplement à un prix plus offrant que Maximilien d’Autriche”. Ainsi est la dure loi du marché.

Le 13 septembre, Allemands et Franc-Comtois tentent un dernier assaut mais se retrouvent alors en infériorité numérique contre les mercenaires dijonnais, à l’abri derrière leurs fossés. Le siège prend alors fin, le traité de Dijon est signé. Une procession de la vierge noire avait eu lieu le 11 septembre, et beaucoup attribuèrent à Notre-Dame de Bon Espoir son premier miracle, celui de faire cesser cet affront. Prodige divin ou excellente stratégie militaire et diplomatique de la Tremoille ? Toujours est-il que la ville n’est pas tombée alors que ses fortifications n’étaient pas au goût du jour et essuyaient de nombreux dégâts. Pour autant, si le conflit est terminé, les conséquences de celui-ci dureront plusieurs mois.

Le traité stipule, entre autres, la restitution des terres italiennes au Pape, le règlement de 400.000 écus aux Suisses ainsi qu’une avance. Pour s’assurer que l’argent arrivera bien en Suisse, 5 otages dijonnais sont faits et feront office d’acompte. Mais surtout, Louis de la Tremoille s’exprime à la place du roi, en prenant des initiatives que seul le roi pouvait se réserver. “La Tremouille était un personnage qui avec une très forte personnalité”, explique Éliane Lochot, “pourtant son initiative a tout à fait été propice à la fin de la guerre, c’était la dernière attaque sur la Bourgogne pour récupérer les terres de l’ancien duché”. Louis XII lui reproche aussi d’avoir traité rapidement la situation sans lui en référer à un seul moment. Il faut aussi comprendre que l’orgueil du roi a été piqué au vif en voyant un simple gouverneur réussir à repousser une armée alors que lui-même a dû battre en retraite suite à la campagne italienne.

Finalement, le traité ne sera jamais appliqué et les otages seront libérés un an plus tard, en octobre 1514, les Suisses comprenant qu’ils n’arriveront pas à négocier avec le pouvoir royal alors en place.

Les commentaires sont clos.

  1. “Elian Fochot” ou plutôt Éliane Lochot.

    Elian Fochot le mercredi 7 août 2013 à 17h03

  2. Valentin Euvrard

    Merci de votre vigilance, la coquille vient d’être corrigée.

    Valentin Euvrard le mercredi 7 août 2013 à 18h10

  3. Encore un article intéressant, surtout pour moi qui d’habitude, n’est pas trop portée sur les stratégies militaires!
    Bravo!

    Jauffret Chantal le mercredi 7 août 2013 à 23h13