Ce patrimoine dijonnais invisible : Le fort de la Motte Giron

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Si Dijon est réputée pour son riche patrimoine – on y dénombre pas moins de 205 monuments classés historiques, ce qui en fait la 9ème ville de France en possédant le plus – celui-ci est devenu banal pour la majorité de ses riverains. Pourtant, nous sommes constamment confrontés à notre passé patrimonial à chaque sortie dans une rue de la cité des Ducs.

Ce patrimoine, devenu « invisible » pour nos yeux trop habitués à la présence de ces monuments, recèle pourtant d’histoires originales et méconnues. À travers cette chronique estivale, la rédaction du Miroir souhaite faire (re)découvrir tous ces bâtiments et monuments qui font notre histoire. Cette semaine, c’est le fort de la Motte Giron qui est mis à l’honneur…

La bataille de Dijon

Le fort de la Motte Giron est un de ces bâtiments difficiles à situer sur une carte dijonnaise. Et pour cause, il culmine à plus de 400 mètres, sur le plateau de Bel Air, à un kilomètre à l’Ouest de Fontaine d’Ouche. L’atteindre n’est pas aisé, l’endroit est stratégique. Stratégique, oui, mais pour lutter contre quoi ? Retour en arrière.

Nous sommes en 1870. Le Second Empire français se fait envahir par l’armée prussienne, qui profitera de ce conflit pour unifier les États allemands, sous l’impulsion d’Otto von Bismarck. La guerre, déclarée le 19 juillet, durera quelques mois, mais sera brève. Elle prend fin avec l’armistice du 28 janvier 1871. Les troupes françaises, numériquement inférieures, n’ont jamais réussi à faire pencher l’issue de ce conflit, déjà gagné d’avance. Un traité de paix est signé le 10 mai, c’est le traité de Francfort. Il stipule que la France doit, entre autres, céder l’Alsace et la Moselle à l’Allemagne.

Durant cette guerre, Dijon fut occupée par les Prussiens et l’armée française, en déroute, n’a pas réussi à déloger l’adversaire de la ville. Les volontaires locaux se sont alors soulevés contre les troupes étrangères, du 29 au 30 octobre 1870. La bataille eut lieu sur l’actuelle place du Trente octobre, sur laquelle sera érigée plus tard (et encore aujourd’hui) une statue symbolisant la Résistance. Néanmoins, ce n’est que grâce à Giuseppe Garibaldi, un des fondateurs de la patrie italienne, ses fils, et leur corps de “francs-tireurs”, en 1871, que Dijon sera libérée de tout occupant.

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Image d’Épinal vendue par colportage en France, vantant les exploits des Garibaldiens à Dijon

Naissance du fort

Après la signature du traité de Francfort, le gouvernement décide de revoir l’intégralité de son système défensif afin d’éviter une nouvelle débâcle. C’est ainsi que va naître le système Séré de Rivières. Il consiste à construire deux lignes défensives de forts “nouvelle génération” autour des villes stratégiques. Le système de défense est polygonal, plus adapté pour l’artillerie de l’époque que le système Vauban.

La première ligne de places fortes va sortir du sol, allant de Lille jusqu’à Nice. La seconde ligne de sécurité est construite, elle s’étend de Dunkerque à Grenoble, en passant par la cité des ducs, devenue un nœud de communications routières et ferroviaires essentiel. En conséquence, six forts, un réduit et une redoute seront construits à la périphérie de Dijon, dans un périmètre allant de 4 à 9 kilomètres, soit à longueur de portée des canons.

Le fort de la Motte Giron, aussi appelé fort Roussin est le premier fort construit dans le cadre de ce programme. C’est aussi le plus important : construit en moins de vingt mois environ grâce à 1.500 ouvriers présents quotidiennement sur le chantier, de 1875 à 1876. La plateau sur lequel il a été installé comporte 23 hectares et ainsi perché en altitude, il permettait de protéger la gare et ses voies ferrées, notamment la “P.L.M.”, liant Paris, Lyon à la Méditerranée. Un autre de ses atouts, son poste optique qui lui permettait de communiquer avec les autres forts de l’agglomération… et même jusqu’à Besançon, à 86 kilomètres précisément !

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Crédit photo Jonas Jacquel

Bien qu’il soit un fort remarquable, ce que n’avait pas prévu Raymond-Adolphe Séré de Rivières était l’évolution des armements. Avec l’arrivée en 1886 des premiers “obus-torpille”, avec de la poudre sans fumée remplaçant la poudre noire et dont l’objectif était d’exploser au-dessus d’une cible, les forts du système deviennent vulnérables.

En 1901, les forts de Dijon sont déclarés inopérants et, passée la Première Guerre mondiale, tous les forts sont déclassés par la loi, leur efficacité étant remise en question. Ironiquement, si le fort de la Motte Giron a beaucoup demandé d’efforts, aussi bien humain que financier, il n’a jamais servi comme il était initialement prévu. Entre août 1917 et le 11 novembre 1918, il a servi de prisons pour y enfermer les soldats allemands. Puis la nationalité des prisonniers change lors de la Seconde Guerre mondiale : soldats et politiques français y sont détenus pendant l’occupation. Ultime changement de bord, après la libération de Dijon, ce sont les Allemands qui y sont faits prisonniers.

Quelques fragments de chaleur humaine perdurent

La fin de vie du fort est entérinée en 1954. Ce n’est qu’en 2002 que la mairie de Dijon le rachète et redécouvre son intérêt. Vendredi 26 juillet 2013, la ville organisait une visite guidée en comité restreint de ce monument. L’objectif, montrer comment la restauration de ce dernier s’opère.

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Crédit photo Jonas Jacquel

Le fort était d’origine militaire, mais cela n’a pas empêché les soldats qui l’occupaient de le peindre, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur. La bâtisse était l’une des rares à être recouverte de chaux, blanchissant ainsi ses murs. Un peu de coquetterie dans une place conçue et construite pour la défense. Les murs sont épais, les puits de lumière qui transpercent quelques fois le plafond laissent apparaître une très large épaisseur entre les étages.

Dans les salles, une équipe de volontaires s’attelle à protéger la peinture des dortoirs, qui résiste mal au temps. D’autant plus que le site est quelques fois visité et détérioré, preuve en est avec quelques tags faits à la bombe (à peinture, celle-ci). Ce sont les derniers vestiges d’une vie à l’intérieur du fort de la Motte Giron, qui a longtemps attendu son heure, sans jamais que cette dernière n’arrive.

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