La Toison d’Or poursuit sa mue

Photo Jonas Jacquel

Photo Jonas Jacquel

Au centre de la future place principale, l’estrade qui doit accueillir le piano commence à se dessiner. Le béton, brut, commence à se revêtir d’un blanc immaculé. Et sur les nacelles, les ouvriers ne profitent pas des rayons du soleil qui transpercent les verrières. Dans quelques mois, l’extension du centre commercial Toison d’Or doit accueillir ses premiers clients.

Si bien qu’au milieu des engins, les premiers vendeurs commencent à prendre possession des espaces commerciaux. Vingt-trois ans après son inauguration, la Toison d’Or va devenir le plus grand centre commercial de la région Bourgogne. Visite d’un chantier à 100 millions d’euros.

6,4 millions de visites

Nous sommes le 11 avril 1990. Au milieu des champs, le centre commercial ouvre ses portes, le même jour que le parc d’attractions adjacent, aujourd’hui transformé en jardin public. À l’époque, associer loisirs, distraction et commerce sur un même site était assez unique en France. Seulement, si la fréquentation du centre n’a fait que croitre, le parc d’attractions a très rapidement fermé ses portes. Le parc aquatique n’accueillait le public que deux mois dans l’année et devenait mortifère pour les commerces avoisinants. Si bien qu’aujourd’hui c’est une vague d’un autre genre qui le remplace.

Une structure métallique de 450 tonnes qui marque d’un côté la nouvelle entrée du centre et qui enjambe de l’autre la ligne T2 du tramway. “C’est sans conteste l’œuvre architecturale de ce nouveau centre”, assure , directeur du centre commercial. “À l’instar de l’ancienne façade, nous nous retrouvons avec une empreinte propre qui doit accrocher l’oeil”.

C’est d’ailleurs l’architecte du centre originel qui a tracé les plans de l’extension (*). À l’époque, il conçoit 120 boutiques dont une grande surface et onze moyennes surfaces. De quoi semer le trouble chez les commerçants du centre-ville. Déjà à l’époque. À plusieurs reprises, la direction aura donc déposé plusieurs demandes d’agrandissement. Elles seront toutes rejetées jusqu’au 30 juin 2011, date à laquelle la Commission départementale d’Aménagement du commerce donne son feu vert.

Dès lors, un nouveau combat politique s’engage. Inverse cette fois-ci. Car alors qu’en 1990, le Parti socialiste dénonçait la mise aux piloris des commerçants du centre historique, c’est au tour de l’UMP de dénoncer ce projet. Désormais bien lancée, l’extension devrait être inaugurée en octobre 2013. “Nous avons reçu une délégation de commerçants en juillet”, assure Matthieu Gailly qui mise beaucoup sur la nouvelle fédération Shop’In Dijon pour apaiser les contacts. “Nous avons beaucoup communiqué au moment du lancement du tramway en précisant par exemple que 40% de notre clientèle est à plus d’une demi-heure de voiture du centre”.

Dès lors, on peut rapidement considérer que plus de la moitié des clients sont hors agglomération. Reste un contraste de répartition. Selon la Chambre de commerce et d’industrie, la surface de vente totale de l’agglomération dijonnaise est de 495.343 m² dont 13% au centre-ville et 12% pour le pôle commercial Nord c’est-à-dire la Toison d’Or d’une part mais aussi Géant Casino à Fontaine-les-Dijon et la Zone d’activité des Grandes Varennes à Ahuy. Mais, seulement 15% du chiffre d’affaires de l’agglomération est réalisé par le centre-ville de Dijon contre 18% par le pôle commercial Nord.

Là aussi, Matthieu Gailly se veut rassurant et joue la carte de l’attractivité : “Chaque client passe en moyenne deux heures dans le centre et dépensent cent euros”. L’extension devrait permettre, selon lui de voir encore plus loin avec des marques inédites sur la région et exacerber un peu plus la rétention du potentiel de consommation du bassin de chalandise.
JD sport, Little Marcel, Desigual ont déjà été annoncés. Mais le directeur n’en dira pas plus. Alors quand nous lui demandons s’il a été contacté par Primark, qui doit implanter à Dijon une de ces premières boutiques françaises, l’intéressé répond : “Vous avez des informations vous ?”

Deux phases de chantier

Et de l’autre côté des palissades qui délimitent le chantier, il compte bien tout faire pour mettre ses clients dans les meilleures dispositions : “Nous jouons la carte de la sobriété, avec des puits de lumière et des courbes pour offrir des vitrines de plus de quatre mètres de haut. Nous avons ainsi demandé aux commerçants de faire un effort particulier sur ces dernières”. Une commission se charge même de les valider. Côté environnement, le directeur vise la certification Breeam, originaire du Royaume-Uni et qui commence à percer en France au détriment du HQE en misant sur 50% d’économie d’énergie sur l’extension.

Loin de la poussière, l’autre partie du centre continue d’accueillir son public. Mais le soir venu, c’est un tout autre manège : à 20h30, les clients quittent le centre et les ouvriers colonisent les allées : “Chaque vitrine est recouverte par une protection et les machines prennent place pour installer sept à huit mètres de staff – éléments de plâtre décoratif – au plafond, des rampes lumineuses, des garde-corps en verre ou encore le sol”. Au rez-de-chaussée, un marbre effet miroir d’eau et au 1er étage un parquet qui sera dévoilé une fois la rénovation achevée.

Mais ces travaux d’épuration ont aussi condamné un autre symbole du centre : les trois carrés évidés de Felice Varini. Cette œuvre monumentale jaune, rouge et bleu avait “vécu” pour la direction qui explique que “peu de personnes la comprenaient”. Matthieu Gailly assure que plusieurs nouvelles réalisations viendront ponctuer le parcours comme le piano justement, marque de fabrique d’Unibail-Rodamco, premier groupe coté de l’immobilier commercial en Europe. La place sera bientôt le cœur du centre à mi-chemin entre la nouvelle entrée côté parking et l’esplanade totalement réaménagée au pied du tramway.

(*) Outre l’architecte, l’extension du centre est réalisée par le même trio d’entreprise que lors de la création en 1990.

Les commentaires sont clos.

  1. En espérant que l’esthétique ne soit pas la seule privilégiée
    je pense notamment à la qualité de l’air qui circule dans le centre et surtout au manque de circulation de celle ci

    Declic21 le samedi 17 août 2013 à 8h19