Carnets de campagne : Jean Lassalle, un député itinérant

2013-07-28-Jean-lassalle-beret

28 juillet 2013. Bourgogne. Centième jour du Tour de France pour Jean Lassalle, le député MoDem qui a quitté les bancs de l’Assemblée.

Cet élu des Pyrénées-Atlantiques, connu pour une certaine extravagance (on se rappelle de sa grève de la faim en 2006 au Palais Bourbon contre la délocalisation d’une usine d’aluminium, ou de son hymne occitan chanté dans l’hémicycle en 2003 pour conserver une gendarmerie) a trouvé une nouvelle façon de faire de la politique tout en sortant soigneusement des clous.

Il marche, à la rencontre des Français (Consulter ici son site) depuis le 10 avril 2013. Ce dimanche soir, il était assis là, sur un siège de la Grande Taverne face à la gare de Dijon, après avoir écourté son trajet depuis Genlis à cause des orages.

La marche, une nouvelle forme de politique ?

Photo Marion Chevassus

et François Deseille. Photo Marion Chevassus

Chemise à rayures et cravate claire, Jean Lassalle s’est installé à côté de François Deseille (président du Modem Côte-d’Or). L’air fatigué après une canicule, un orage et des centaines de rencontres le long d’un chemin que le député a parcouru, un béret vissé sur la tête et la simplicité au poing : “Les gens se sont demandés si le ‘député atypique’ était encore en manque d’exposition”. Ragaillardi, le député-maire de Lourdios-Ichère (64) dément formellement le coup de communication. Et renchéri en forçant le cliché du Français simple : quel a été son régime alimentaire pour une vingtaine de kilomètres journaliers parcourus ? “Chocolatines et café le matin, la journée de l’eau, et le soir, un Picon”.

Un peu comme Jacques Chirac ou Valéry Giscard d’Estaing en leur temps, Jean Lassalle renoue avec le dialogue “vrai”, chaque jour de son périple, dans les campagnes et les villes françaises. Mais pourquoi ?

Puisque les citoyens ne viennent plus à la politique, c’est le politique qui ira jusqu’à eux. Jean Lassalle fait le constat suivant depuis son siège de député des Pyrénées-Atlantiques : le peuple souverain est résigné, les députés ont perdu leurs repères, et une partie de leur pouvoir au sein de l’Assemblée Nationale. Une cause à cela, la crise profonde provoquée par “un brutal changement dans le monde” – il met directement en cause “le piège de l’hégémonie financière” qui n’a pas su être évité. (Ecouter ici : Declaration Jean Lassalle 9 avril 2013)

Démarche sincère ou école buissonnière ?

Le député qui marche au micro du Supplément de Canal+. Photo DR

Le député qui marche au micro du Supplément de Canal+ | Photo DR

“Cette marche (…) est guidée par le souci d’entendre la souffrance, le doute, mais aussi les aspirations et les espoirs des Français”, dira-t-il. Illico, on pourrait soupçonner en vrac qu’il s’agit : d’une bonne raison de faire l’école buissonnière ? D’un coup de communication ? De la recherche d’un nouvel axe pour un MoDem à court d’idée et de visibilité ?…

Oui. Tout cela pourrait être probant dans la mesure où le député regrette le manque de marge de manoeuvre à l’Assemblée, évoque volontiers ses lacunes quant à aux préoccupations des Français, difficilement accessibles depuis les bancs du Palais Bourbon (jeunesse, épargne, l’Europe, défiance envers les élus). Probant dans la mesure où la frange droite de la droite étant partie en quête d’électorat, il semblait légitime que la frange gauche s’y mette également, glanant au passage quelques sujets forts de campagne comme celui de la jeunesse (lire ici notre article) – un bon filon et un thème favori d’Angela Merkel.

Cela dit, partir sur une telle piste, si probable soit elle, nous ferait oublier en chemin un point fondamental. Jean Lassalle souhaite “rendre la parole au citoyen, régénérer la démocratie, revivifier la République”. Malgré son absence à l’Assemblée – pour laquelle il a décidé d’assumer les conséquences financières, comme la suspension de son traitement – le député est resté actif (Voir ici sur Nosdéputés.fr) avec 14 interventions quant au troisième volet de la RGPP. Et puis, confient ses collaborateurs, c’est une idée que Jean Lassalle avait derrière la tête depuis 2009, lorsqu’il proposait (en vain) de lancer les Etats généraux des campagnes françaises (Lire ici l’appel de Jean Lassalle et André Chassaigne).

Tous Pourris ?

Photo DR

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Sur la route suffocante qui l’a conduit ces derniers jours entre l’Est de la France, le Doubs (voir ici sur le blog), puis la Bourgogne avec Auxonne et Genlis en passant par Crimolois, le député Lassalle a rencontré “ceux qui ne se sentent plus citoyens”, mais qui se définissent comme des “gens”, “une foule”. Une femme résignée l’a interpelé : “Nous des citoyens ? Vous rigolez ?”.

De même, une grande défiance s’est installée à l’égard des élus, remarque-t-il. “Un député ? C’est un planqué ! A quoi ça sert ?”, s’est -il vu brutalement renvoyer à la figure. Cécile Calé, professeur en sciences politiques et responsable du comité de recherche et de réflexion, attachée à la récolte des témoignages pour Jean Lassalle, décrypte : “Pour une fois, dans la démarche d’un député, il n’y a pas ces filtres de la communication qui rendent les discours du politique inaudibles pour les Français. Aujourd’hui, ils ne se reconnaissent plus dans ce qui est dit et se désintéressent de la politique. A travers les témoignages que nous recueillons, c’est l’expérience collective qui parle à nouveau”.

Et quand la France parle, voici ce qu’elle dit… “Ne déformez pas nos propos. Ne dîtes pas que tout va bien” – cela revient systématiquement, note le député. Il égrène les thèmes évoqués au gré des rencontres : “Le rejet de l’Europe m’a beaucoup surpris. Il contraste avec les meetings où le public est souvent pro-européen. Et parmi les critiques, les citoyens accusent un capitalisme agressif, un manque d’Europe sociale qui étrangle tous les pays.” Le député a été marqué par la désertification du monde rural et la concentration des terres agricoles entre quelques mains de notables ou de spéculateurs étrangers.

Question pouvoir d’achat, il résume : “Je croyais que les Français économisaient, j’ai découvert que beaucoup sont endettés”. Une des raisons pour lesquelles ils n’oseraient pas exprimer leur mécontentement : “C’est un élément grave d’accumulation de la colère”. D’autant que le moral n’est pas terrible : “Neuf fois sur dix, les jeunes disent s’embêter.” Le député qui n’a jamais autant rencontré de jeunes remarque : “Il n’y a pas d’avenir, pas de perspectives pour eux. Les seuls CDI qu’ils trouvent sont dans les collectivités. Et puis, il existe un clivage important entre ceux qui ont un salaire minimum et les allocataires du RSA. Pour parler comme eux, ceux qui touchent l’allocation de solidarité “prennent cher, partout”.

Tout le long de l’itinéraire, l’équipe du député met à disposition des Cahiers de l’espoir afin de récolter les témoignages directs des citoyens (des exemplaires seront disponibles sur le site début aout 2013). Leur but, pouvoir rendre public l’opinion des Français dans sa version originale. (Lire ici les premiers témoignages)

“Nous sommes tous des citoyens, ou plutôt, nous allons tous le redevenir”, avertit – optimiste – Jean Lassalle.

Les commentaires sont clos.

  1. C’est avec un immense plaisir que l’équipe Une Dynamique pour Auxonne a suivi Jean dans son périple de Pesmes à Auxonne et d’Auxonne à Genlis, pour le retrouver ensuite Dimanche soir à Dijon pour une dernière soirée avant son départ pour le sud de la région. On ne peut être plus proche des citoyens pour être à leur écoute et agir pour eux comme tu le fais. Un grand merci pour ta chaleur humaine et ta conviction profonde de vouloir faire bouger les choses dans le bon sens.

    Une Dynamique pour Auxonne le mardi 30 juillet 2013 à 9h33

  2. Militant Modem, je ne suis personnellement pas objectif mais j ai vu vendredi soir à Auxonne et dimanche soir à Dijon des personnes de tous horizons et opinion venir échanger avec le député Jean Lassalle et en retirer beaucoup de satisfaction. Merci donc à toi Jean car à l ère des “J’aime” sur les réseaux sociaux, moi J’AIME la RÉPUBLIQUE et J’AIME la DÉMOCRATIE !

    Wilfried le mercredi 31 juillet 2013 à 0h33

  3. Le grand démagogue fait de la marche ; bien lui en est.
    Grand pratiquant de “la faute à l’Europe” , il compte de ces députés qui rendent l’Europe responsable de tous les maux des Etats constituant l’Europe…
    Qu’en est-il du scandale de la viande de cheval qui a défrayé les chronique au premier trimestre 2013 ? La faute à l’Europe, encore ?? Son suppléant à l’assemblée n’est-il pas Barthélémy Aguerre, le sulfureux dirgeant de Spanghero ?
    http://tempsreel.nouvelobs.com/scandale-de-la-viande/20130215.OBS9097/barthelemy-aguerre-spanghero-marche-ou-creve.html
    Aguerre et Lasalle raillent l’Europe à souhait et mettent en avant les territoires et pourtant ils n’en défendent guère l’environnement : opposants farouches à la protection de l’ours, aux politiques de protection de la biodiversité, ils sont partisants des projets défigurants les territoires (infrastructures notamment), arguant les emplois créés, sans évaluer les impacts.
    Démagogue durable, pas très développement durable.

    Démagogie le lundi 5 août 2013 à 1h22