La colère des Fils du vent

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“On n’est pas gitan uniquement dans le sang, c’est aussi un état d’esprit traduisant un véritable amour pour la liberté.” Raphaël a découvert la culture manouche lorsque sa soeur a épousé un membre de la communauté Yéniche de Côte-d’Or. Depuis, il en est complètement épris. Accueilli chaleureusement dans une communauté vibrante, vivante, aux traditions séculaires encore vivaces et fières, il se fait le relais pour Le Miroir de la colère de ceux qui se définissent comme les Fils du vent.

Colère, depuis qu’ils se sont sentis blessés par les propos du député-maire UDI de Cholet (Maine-et-Loire). Avec un manque de tact criminel pour un politique de son rang, il a prononcé l’impardonnable devant des journalistes du Courrier de l’Ouest lors d’une visite d’une aire pour : “Hitler, il en a peut-être pas tué assez” (Ecouter ici la preuve). Cette référence à l’extermination d’une partie de la population Rrom par l’ex-dictateur nazi a été largement relayée dans les médias.

Et a fini par arriver aux oreilles de la communauté…

La colère des

“Même s’ils restent loin de la politique, même si un bon nombre est analphabète, certains lisent plus assidûment les journaux”, explique Raphaël. Et ceux-là ont relayé l’affaire au reste de la communauté via les réseaux sociaux. Facebook est pour les nomades un outil très utile de communication. “Je suis désolé des propos de Gilles Bourdouleix, ma famille est tout autant désolée. Ils sont tous très énervés par ce genre de propos racistes.”

Ils ne sont pas les seuls. La justice française n’a pas attendu d’être sollicitée par le ministère de l’Intérieur ou du préfet du Maine-et-Loire pour décider d’ouvrir l’enquête, le 23 juillet 2013 à l’encontre de celui qui est désormais inquiété d’apologie de crime contre l’Humanité. Selon les articles 23-24 de la loi 1881, il risque désormais cinq ans d’emprisonnement et jusqu’à 45 000 euros d’amende, accompagné d’une privation des droits civiques (article 131-26 du Code pénal). En attendant, l’élu UDI du Maine-et-Loire a envoyé sa lettre de démission à son parti politique.

Ses mots ont malgré tout créé une onde de choc chez ces Français de tradition nomade et Rrom. “D’un coup, il se sont vus rappeler qu’il existe une forme de racisme ambiant ici, en France. Et que même s’ils se sentent bien intégrés, assimilés à la population – beaucoup sont sédentarisés – il existe toujours un risque de se voir cracher ce genre d’horreurs à la figure”, réagit Raphaël écœuré.

"Chasse aux Gitans" (archive presse locale, 1952)

“Chasse aux Gitans” (archive presse locale, 1952)

“Ma famille est Yéniche, ils font partie des ces nomades, nombreux en Côte-d’Or, se définissant comme des “voyageurs”, parfois des “Gitans’ et qui souhaitent se différencier des Rroms. Ils pensent être les seuls nomades à ne pas venir d’Inde, ils sont généralement blonds aux yeux bleus.” Une des explications de ce refus identitaire pourrait provenir de la peur des persécutions et du racisme dont sont régulièrement victimes les Rroms.

Les Gitans, une famille millénaire

S’ils se considèrent comme des Français nomades, les “voyageurs” de la belle-famille de Raphaël cultivent néanmoins un accent et un parler romani et gitan – dont tout le lexique d’argot se terminant par le suffixe “-ave” bien connu depuis des générations – mais aussi un sens de la famille très aigu et un sens de la “bougeotte” caractéristique : “Entre eux, ils se définissent comme les “Fils du vent”, par opposition à nous qu’ils surnomment les “paysans”, parce que nous sommes accrochés à nos terres, à notre propriété”, décode Raphaël.

Une chose qui l’a frappé, c’est que chez les voyageurs, la porte de la caravane est toujours ouverte la journée à celui qui arrive. “L’intimité n’existe pas” – une notion que l’on retrouve facilement en Inde. “Parfois des gens s’invitent alors qu’ils n’étaient pas attendus, c’est tout à fait normal. Comme les enfants qui restent dehors ou la machine à laver dans le jardin en hiver. Toutes ces petites choses qui paraissent inconcevables pour des Européens de base. Les règles sont différentes. Le rapport à la famille – nombreuse – aussi. “Elle constitue 95% de l’entourage de ma belle-famille”. Une anecdote lui vient à l’esprit : “C’est comme ce mariage où nous étions 350, on était les uns sur les autres. Pour la famille, c’était un fiasco, d’ordinaire ils sont plutôt … 1000.”

Une très grande famille qui existe par delà les frontières – c’est aussi ce qui a tendance à agacer les Etats-nations qui sentent bien que certains ne respectent pas les règles de leur jeu. Les possèdent un hymne, “Djelem, djelem”, une langue, une culture musicale vivante s’organisant autour de musiciens violonistes, accordéonistes, guitaristes, tous autodidactes mais dépositaires de partitions centenaires. L’un des plus fameux d’entre eux n’est d’ailleurs autre que Django Reinhardt. Les sont généralement des artisans, ferrailleurs, peintres en bâtiment, ramoneurs, etc. “Le rêve d’un gitan, selon moi ? Posséder un camion, son entreprise individuelle et sillonner le pays par la route”, résume Raphaël.

Et même si les Gitans s’assimilent et se sédentarisent pour se fondre peu à peu dans le paysage français, ils gardent en eux ce goût de la liberté et du risque. Et ce, grâce à un sens de la communauté très fort qui parfois dérange les non-initiés. “Vous n’allez pas seul chez eux. En revanche, si vous êtes introduits par un membre, on vous accueille très bien. Qui que vous soyez.” Même député.

“Vous savez, c’est finalement eux qui ont peur de nous”.

Les commentaires sont clos.

  1. Snif… c’est beau! au fait, ils rempaillent toujours les chaises pour vivre? ah non (…) Chère Marie, votre commentaire a été modéré car portant atteinte à la considération des personnes concernées, un tel commentaire possède une portée diffamatoire. Bien à vous. La rédaction.

    Marie le vendredi 26 juillet 2013 à 11h25

  2. C’est bien jolie tout ça mais bon la culture gitan ça n’est pas que la vie de bohème dans une joli caravane ou des gens chaleureux joue de la guitare autour d’un feu de camps. C’est, à mon sens, une vision très naïve d’un peuple et d’une culture.

    Romain le mardi 30 juillet 2013 à 10h35

  3. Depuis 2000, la loi Besson impose aux communes la création d’une aire d’accueil réservée aux gens du voyage (environ 400 000 en France, citoyens français dans leur très grande majorité). En 2010, 361 communes et 173 communautés de communes ou d’agglomération étaient HORS LA LOI. Que fait la police ?

    Jules le mardi 30 juillet 2013 à 20h23