Profession, chasseur d’orages

2013-07-24-chasseurs-orages-plaine-seine-cote-d-or

Météo France vient tout juste de publier son bulletin d’alerte orange pour les départements du Nord-Est de la France que déjà, les deux amis sortent leur matériel. Étudiants en période scolaire, Pierre et Luc nourrissent une autre passion pendant leurs congés : chasser les orages.

Après plusieurs déconvenues, ils comptent bien cette fois mener leur quête à bien et être présents au bon endroit, au bon moment. “Il ne faut pas aller là où est l’ mais bien là où il sera”. Et à ce petit jeu, même les plus brillantes des technologies se jouent de la nature.

Un coup de poker

Ordinateur sur les genoux, Luc, 23 ans, sera le copilote. Sur son navigateur internet, il actualise toutes les dix minutes plusieurs cartes qui recensent les impacts de foudre, les données métar (température, pression atmosphérique, vitesse du vent) et d’autres qui permettent d’avoir une vision infrarouge des cellules ou de modéliser leurs déplacements sur une échelle temps allant de l’heure à trois journées.

La carte de France des impacts de foudre du mardi 23 juillet 2013 vers 16h

La carte de France des impacts de foudre du mardi 23 juillet 2013 vers 16h

L’intensité de l’activité serait très importante dans le département de l’Yonne. Ce mardi 23 juillet, Avallon sera donc la première destination du petit groupe. Sur l’autoroute, Luc affine le point de chute. “En été, les cellules se forment généralement dans le courant de l’après-midi et perdurant jusqu’à la fin de la nuit”, détaille Pierre. “Leur taille varie et il est extrêmement difficile de prévoir leur itinéraire”.

Comme beaucoup, c’est en regardant le film Twister que les deux hommes ont été mordus par cette passion. Sorti en 1996, il retraçait le quotidien d’une équipe de météorologues qui traquait les intempéries sur les plaines américaines. Voilà désormais deux ans que, dès que l’occasion se présente, ils sillonnent les routes de la région. “Nous avons la chance d’avoir trois ou quatre épisodes assez violents par an”, ajoute Pierre. Tout en regrettant d’avoir manqué, pour cause de révision, la tornade du Nord Côte-d’Or, qui a dévasté quelques villages à la mi-juin.

Jusqu’à 30.000°

“En été, les courants d’air froid et d’air chaud se mélangent à l’intérieur de cumulonimbus”, détaille Pierre. “Ces courants, en se mêlant, provoquent une surchauffe et donc une charge électrique”. C’est la décharge de cette masse électrique qui s’appelle éclair. D’instinct, le badaud irait à la rencontre de ces nuages or, il faut penser à prendre d’autres paramètres en compte comme la vitesse du vent.

Surplombant Avallon, Sauvigny-le-Bois offre un large panorama sur la cellule, à une dizaine de kilomètres. Seulement, celle-ci se dissipe au fur et à mesure de son approche. Il faudra compter avec quelques gouttes, rien de plus ! Les deux amis choisissent donc de jeter leur dévolu sur Frolois, en Côte-d’Or. Perché à près de 500 mètres d’altitude, le village offre un beau de point de vue. Et c’est le carton plein.

Malgré la forte luminosité, les éclairs déchirent le ciel. La température de ces derniers peut atteindre les 30.000° Celsius et s’étendre sur vingt kilomètres. Pour les photographes, ce n’est pas tant la taille que la durée qui compte : entre 0,2 et 1 seconde pour chacun d’eux. Autant dire que la vivacité est primordiale.

La Côte de Beaune sous la grèle

“En France, la pratique est différente de celle que l’on peut avoir aux États-Unis”, poursuit Pierre. “Dans le milieu, nous disons que nous sommes posés, car nous attendons l’orage à un endroit précis. De l’autre côté de l’Atlantique, les chasseurs vont de se déplacer jusqu’à ce qu’il soit mûr et qu’il éclose”. Comprenez par là qu’il explose !

Dans le même temps, c’est sur la côte que Zeus abat sa colère. Beaune et Savigny-les-Beaune se retrouvent sous les eaux, et plusieurs domaines viticoles de ces deux communes mais aussi de Pommard ou Meursault subissent de puissantes averses de grêles. La Côte-d’Or était en alerte jaune avant de basculer en alerte orange, les deux hommes n’avaient pas prévu un tel scénario.

“Les données prévoyaient des formations en Nord Côte-d’Or pour se déplacer ensuite en fin de journée”. Ils auront été distancés. “Nous ne rentrons jamais bredouille, car même si nous n’avons pas forcément d’éclairs, nous récoltons d’autres images, certes moins impressionnantes”, assure Luc. Ils peuvent mêmes avoir plusieurs couleurs : bleu en cas de grêle, rouge s’il pleut et blanc par temps sec. Le malheur des vacanciers ferait donc finalement le bonheur des autres…

L’alerte orange aux orages est maintenue sur le département jusqu’au mercredi 24 juillet 2013 à 20h. Ces orages seront accompagnés localement de fortes précipitations, de rafales de vent pouvant atteindre 80 km/h et de grêles.

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