Jeunes : Êtes-vous plutôt Neet ou bômeur ?

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À nouvelle situation nouveau jargon, l’Europe n’a plus de travail à donner à sa jeunesse – ou si peu – alors elle invente le terme de Neet (Not in employment, education or training, un phénomène étudié par l’agence Eurofound en janvier 2013), ces jeunes adultes “décrocheurs” sans emploi, ni en formation, ni en études. Dans l’Union, ils sont 14 millions (soit 15% des 15 -29 ans), dont 5,4 millions cherchent un emploi. Et ils inquiètent l’intelligentsia économico-politique (comme dans cette tribune publiée dans les Echos).

Plusieurs problèmes se posent aux dirigeants, concernant ces Neets. Une partie d’entre eux se détournent du système économique tel qu’il impose ses règles aujourd’hui, dans le sud de l’Union, ces jeunes en manque de représentation se politisent – de plus en plus défiants envers les politiques : Indignados en Espagne, émeutes en Grèce ou au Royaume-Uni, mouvements de jeunesse en Turquie – et puis, ce phénomène aurait des conséquences sanitaires et sociales coûteuses… estimées à 150 milliards d’euros, “un gâchis économique”, selon une grande agence d’intérim.

Surtout quand il s’agit de “bômeurs”…

Huit milliards sous conditions

Italie, Islande, Espagne, et Bulgarie, sont les quatre pays où vous aurez le plus de chances de croiser ces fameux Neets, avec un taux oscillant entre 21 et 25% de la population. En France, ils sont 17 % de décrocheurs sur la tranche d’âge 15-29 ans en ce début 2013, selon un rapport récent du Conseil d’analyse économique. En Bourgogne, le taux de est plus faible que dans d’autres régions grâce à un fort ancrage des BEP et CAP, l’industrie est encore assez présente, offrant du débouché aux filières courtes – selon un avis du Conseil économique, social et environnemental (Cese) de 2012 (disponible ici).

Épargnés ? Pas sûr, car la Bourgogne s’inscrit parmi les six régions qui perdent le plus d’emploi depuis 2008 (Lire ici notre article). Et les jeunes souffrent. Le conseil régional a d’ailleurs décidé d’agir en portant un projet de Maison des métiers, voté le 24 juin dernier lors de la session plénière. Elle devra certainement assumer les coûts seule, car l’Europe, malgré sa subite empathie pour la jeunesse, semble décidée à ne sortir du marasme que les régions où le taux de ces Neets excède les 25%.

Réunis au sommet de Bruxelles les 27 et 28 juin 2013 autour de l’initiative portée par Angela Merkel – dont d’aucuns susurrent (Lire ici sur la Tribune.fr) qu’il s’agit d’un coup de comm’ pour encourager la réélection de la première dame d’Allemagne – les dirigeants européens ont conclu une enveloppe de six puis huit milliards d’euros à destination des Neets dans les deux ans à venir. Mais la machine pourrait mettre du temps à se lancer, et l’enveloppe d’un demi-milliard d’euros supposé n’a pas encore trouvé de dispositif dédié.

“Jeune” cherche place dans la société

Le phénomène aujourd’hui balaie tous les profils. “J’ai décidé de cesser la coiffure pour me reformer à un autre métier, explique Aurélie, 29 ans, au chômage, mais les portes sont bouchées. Une amie à moi aligne les diplômes et les langues étrangères, elle continue à se former car elle ne trouve rien”, Aurélie n’a pas perdu le moral, elle en profite pour vivre à fond, entourée de ses amis qu’elle a désormais le temps de voir plus souvent. Elle remarque : “Mes amis peu diplômés gagnent bien leur vie aujourd’hui : pâtissiers, commerciaux… Ils s’en sortent bien.”

Alexandre, 25 ans a quitté son poste d’ingénieur en télécommunications parce qu’il ne se sentait pas en phase avec ce qu’on lui demandait : “Faire des bénéfices, installer des antennes dangereuses, cela ne me correspond pas…” Arnaud après avoir obtenu un diplôme en biologie a décidé de se lancer dans des études de psychologies, déçu de ne pas trouver de poste. “Génération perdue”, le mot d’Angela Merkel lui parle : “On regarde la situation froidement, on voit un taux de chôme des jeunes qui dépasse les 60% en Grèce, les 50% en Espagne. Les 25% en France et au Portugal. Il y a un exode massif des jeunes qui ne peuvent trouver une place dans la société. Le principal problème, c’est qu’il n’y a finalement que peu d’activité”.

L’expression de “génération perdue” du Sénat illustre selon lui la résignation et “le manque d’imagination des dirigeants européens à mener une autre politique pour les jeunes, et le reste de la population en général”. Il poursuit : “On a souvent opposé les jeunes au reste de la population, mais finalement, la précarité des jeunes, elle, se généralise aux autres catégories de la population : problèmes de logements, d’alimentation, d’emploi et de perspectives d’avenir. Mais le pire, c’est que les jeunes se sont résignés et ont tendance à accepter le fait que l’on ne peut faire autrement.”

Génération Bômeurs !

Renonciation ? Déprime ? Révolte ? Les jeunes chômeurs français n’en sont pas forcément là. Parmi eux, se détache même une nouvelle catégorie, celle des “bômeurs”. Ils possèdent leur Facebook, ils ont mis en ligne leur Tumblr, les Bômeurs (bobos chômeurs) ont créé leur propre identité, là où les chiffres de l’État les noyaient dans la masse. Pas question pour ces bourgeois-bohèmes souvent parisiens (Lire ici les Inrocks.com) de ressembler aux autres, encore moins de tout miser sur la carrière et le travail, une idée qui fait des petits depuis quelque temps chez les jeunes…

Un chômage décomplexé (un exemple ici), une image qui fait moins peur, c’est aussi ce que permet la vague ravageuse d’inactivité chez les jeunes. Après tout, qui a dit que le terme de “Génération perdue” était synonyme de désespoir ? C’est Ernest Hemingway lui -même qui contestait l’amalgame. Si la génération est perdue pour l’économie, en revanche elle compte bien profiter de ses beaux jours en flânant, en se rebellant ou en persistant dans une vocation. À l’image de Jérémie, Dijonnais, futur fondateur d’une entreprise de graphisme : “J’en avais marre de galérer et de devoir accumuler les CDD. Autour de moi, il y a tant de gens compétents surdiplômés au chômage. L’idée est venue comme ça”.

“Si le marché ne veut pas de nous, on va créer la demande. Nous serons une sorte de “club de loser (ratés)” possédant des compétences, nous allons les mutualiser pour monter une boîte. On a déjà des clients.”

Les commentaires sont clos.

  1. Superbe et grave article.
    Ça c’est de l’info, de la vraie.

    Michel Huvet le mardi 23 juillet 2013 à 10h55