Université de Bourgogne Franche-Comté : Appréhensions sur l’union

Université de Bourgogne | Photo Jonas Jacquel

Université de Bourgogne | Photo Jonas Jacquel

Appelez là désormais “ Franche-Comté”. En septembre 2014, les universités de Bourgogne et de Franche-Comté ne feront plus qu’une. Ce n’est pas une fusion mais une union, dans le but de permettre aux établissements d’obtenir une meilleure visibilité, un rayonnement national et européen plus important, mais aussi et surtout de rationaliser les dotations et donc de réaliser quelques économies d’échelles…

La mutualisation des cursus universitaires entre les deux pôles est la nouvelle ligne de mire des directions administratives – quitte à froisser les étudiants. Car, depuis plusieurs années déjà, ces rapprochements ont eu le don de chambouler leur organisation. Et les universités ne manquent pas d’imagination pour pallier ces difficultés.

Des sociologues en eaux troubles

C’est le cas par exemple des jeunes sociologues de l’Université de Bourgogne. En août 2012 déjà, ils étaient montés au créneau pour dénoncer la suppression, quelques jours avant son ouverture, d’un master dont les cours devaient être dispensés à Besançon.

À cette époque, l’université franc-comtoise avait plaidé la bonne foi, arguant un manque de communication. Sauf que cette année, le problème semble se répéter, dénoncé par la pétition de Marine Guichard : “Après une première année de cohabilitation assez difficile entre l’Université de Bourgogne et l’ […] la direction de l’université de Besançon annoncé la suppression d’un autre Master de sociologie spécialisé dans les politiques sociales, le master Analyse et gestion des politiques sociales (Agepos)”, explicite l’étudiante sur internet.

Cette dernière a déjà réuni plus de 500 signatures, d’étudiants mais aussi d’enseignants. “Il n’est pas tolérable de supprimer un Master qui permet de rentrer dans la vie active, où 20 étudiants étaient sur le point de s’inscrire”, renchérit l’Adès, l’association des étudiants en sociologie du campus de Dijon. ” Il faut que cesse ce manque de considération pour les étudiants et qu’on ne leur fasse plus payer le prix d’une décision prise dans leur dos”.

Des diplômes sans les cours ?

“À la rentrée 2012, le projet de Pres nous a été présenté comme permettant de multiplier les offres de formations locales. Ainsi, les étudiants dijonnais et bisontins pourraient alors bénéficier de 4 spécialités de Master 2 de sociologie (au lieu de 1 seul pour Dijon et 2 pour Besançon)”, ajoute Marine Guichard. “Nous avons ainsi rempli notre part du contrat en acceptant les déplacements pour suivre les enseignements lors de notre première année de Master”.

L’annonce – précipitée – de la suppression a donc été ressentie comme une trahison. Si bien que pour éviter une nouvelle crise, le directeur de l’UFR Sciences humaines et le Vice-président chargé du Conseil des études et de la vie universitaire (Cevu) de l’université de Franche-Comté, le 26 juin 2013, émettent une solution, assez inédite : “Ils nous ont proposé de nous inscrire administrativement en Agepos, mais suivre les enseignements du master Solidarités en milieu rural et urbain” !

En somme, d’obtenir un diplôme sans les enseignements qui vont de pair… “Nous avons rejeté cette proposition à l’unanimité”, ajoute Marine Guichard. “Après moult courriers la direction de l’UFC a finalement fait marche arrière en décidant la réouverture du Master Agepos pour la rentrée 2013”. Mais l’histoire n’est pas terminée, car la pérennité du master est remise en cause pour la rentrée 2014. “L’objectif du rapprochement entre nos deux Universités étant justifié par un accroissement des offres de formations pour les étudiants des deux régions, nous veillerons à ce que les Universités de Bourgogne et de Franche-Comté ne s’éloignent pas de leurs promesses initiales”.

Invisibles visioconférences

Ce manque de communication, Étienne* l’a aussi connu. Cet étudiant en biologie en a même pâti : “En m’engageant dans ce Master à la rentrée 2012, j’avais eu vent d’un éventuel rapprochement entre l’université de Bourgogne et l’université de Franche-Comté. Cela nous avait été présenté comme une occasion profitable pour tout le monde eu égard à la faible taille de notre promotion”, se souvient-il. À cette époque, l’accent est mis sur la possibilité de suivre des visioconférences communes entre Besançon et Dijon. “L’ensemble était peu pénalisant pour nous, même plutôt attrayant”.

Seulement, les visioconférences, pourtant plus économiques, n’ont jamais vu le jour. “Nous avons donc dû faire les trajets une à deux fois par semaine pour des demi-journées de cours”, ajoute Étienne. Plus de deux heures aller-retour sans compter la neige et les embouteillages inhérents au chantier du tramway bisontin auront eu raison de sa patiente et de celle de ses collègues : “Le rythme était parfois difficile notamment pour les étudiants salariés”.

Et si les voyages se faisaient la plupart du temps du temps en bus, il est arrivé que le conducteur les oublie sur place ! “Ce jour-là, nous avons dû opter pour le train, avec à la clé un retard de trois heures pour la suite de nos cours, mais dans des circonstances normales, il n’était pas rare de ne pas avoir de pause méridienne et d’attaquer les cours dijonnais dès notre retour de Besançon”. Horaires et même nature des programmes ont été au cœur de plusieurs polémiques durant l’année.

La Franche-Comté lorgnait plutôt vers la Suisse

À terme, les langues rares, les matières scientifiques et sportives pourraient être concernées. Inscrit depuis deux ans sur le campus des Sciences et techniques des activités physiques et sportives (Staps de Dijon), Mickaël cherche désormais un logement. Dijonnais d’origine, il va suivre sa troisième année de licence à Besançon. “Les deux premières années se faisaient à Dijon et au Creusot”, note-t-il. “Dijon est reconnue au niveau national pour ses infrastructures sportives. J’espère qu’elles seront à la hauteur à Besançon”.

Cette délocalisation ne durera qu’un an, le Master se fera lui aussi dans la capitale des Ducs. Mais il ne pourra pas en être de même pour toutes les formations. D’autant que la Franche-Comté était à l’origine assez frileuse comme le prouvait la sortie, au printemps 2013, de Jean-Pierre Chevènement. Il souhaitait que sa région se tourne vers la Suisse et non pas la Bourgogne.

Cette signature commune, lundi 15 juillet, par les présidents Jacques Bahi, pour la Franche-Comté et Alain Bonnin, pour la Bourgogne, rebat les cartes. Les diplômes auront désormais une signature commune et pour lâcher du lest, Besançon accueillera le siège social de cette future grande université, même si les deux structures gardent pour l’instant leur président respectif et leur conseil d’administration.

C’est qu’il ne faut pas brûler les étapes ni brusquer son partenaire.

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