Le retour du “vrai” savon en Bourgogne

Photo Marion Chevassus

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Un rayon de soleil trace un triangle lumineux sur  la glycérine brute d’un gros pavé de savon violet lavande. Une odeur de propre s’échappe de l’étal. La chaleur estivale rappelle la Provence et pourtant, c’est bien dans le quartier de la Toison d’Or à Dijon qu’Annabel Henri expose ses petits cubes de couleur.

Cette savonnière, une des seules du territoire bourguignon, exposait ce dimanche 7 juillet 2013 ses réalisations sur un stand du grand marché bio-équitable-solidaire de la place Granville. (Accéder ici au Facebook)

Pour cette huitième édition, le marché annuel un peu spécial offrait à découvrir des artisans, associatifs et commerçants partisans d’une économie bio ou locale ou issue du commerce équitable. Benoit Guénin, vice-président de la commission de quartier Varenne-Toison-d’Or-Joffre lui trouve d’ailleurs une inoxydable utilité collective : “Après tous les scandales sanitaires que la France a connus, les gens veulent retrouver quelque chose de plus naturel. Pourquoi pas, développer un marché de ce type”.

Lui qui permet de redécouvrir un commerce plus authentique basé sur des savoirs traditionnels.

Le retour des savonnières

Photo Marion Chevassus

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Annabel Henri a découvert sa voie dans l’artisanat savonnier en 2006 par hasard, elle ne supportait plus certains produits du commerce : “Je me suis aperçue très rapidement que ces produits contenaient des tensio-actifs de synthèse, mais également des parfums de synthèses et bien d’autres ingrédients issues de la pétro-chimie”.

Elle s’est donc tournée vers la saponification à froid, “addictif, magique”, emballée elle en a fait son activité principale. Installée près de Genlis, elle est aujourd’hui l’une des seules en Bourgogne (avec par exemple la savonnerie Peau d’Ane, installée dans l’Yonne) à avoir repris ce procédé ancestral du mélange réactif d’un corps gras et de la cendre (de la potasse). Aujourd’hui un corps gras est travaillé avec une solution alcaline faite d’hydroxyde de sodium – tiré des sels marins.

“C’est un savoir-faire ancien qu’il faut redécouvrir à l’aide d’autres savonniers. Si je suis la seule, c’est aussi une question d’aspect économique, les matières premières sont coûteuses et c’est un métier très réglementé (par l’ANSM qui valide également la mise sur le marché des médicaments), il faut un vrai sacerdoce.”

D’autant que la Bourgogne se situe dans le quart français le plus pauvre en savonnières (puisqu’en France la majorité de ces artisans sont des femmes), à l’opposé de la Dordogne ou de l’Aquitaine où elles sont plus nombreuses.

Photo Marion Chevassus

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Mais Annabel Henri a fait le courageux pari d’en vivre en créant son entreprise 100% artisanale et naturelle Solsequia : “On se dit qu’arrivé un moment, les gens seront suffisamment éveillés pour comprendre qu’un bon produit, ça coûte effectivement un peu plus cher que celui fait avec des bases d’huile de palme et des produits de synthèse.” Son savon, elle ne le cache pas, c’est du haut de gamme.

Vague mortelle pour les savonniers en juillet 2013

Photo Marion Chevassus

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Malheureusement, les artisans savonniers qui vivent de leur activité vont la voir bientôt remise en question puisque le 11 juillet 2013, une nouvelle réglementation européenne (le règlement cosmétique européen) sera mise en place dans le monde des produits cosmétiques. “Elle permettra certes de vendre à l’étranger, mais aussi implicitement obliger certains petits savonniers à mettre la clé sous la porte puisqu’il s’agit de refaire toute une réglementation fort coûteuse et de payer des experts toxicologues.”

Ce lot de mesures devrait porter un coup relativement fatal à la petite profession. Elle qui porte – plus qu’une passion – une véritable idée de la qualité face à une industrie cosmétique peu scrupuleuse. Dérivés de pétrole et bases à l’huile de palme – accusée de causer la déforestation de territoires très importants en Indonésie par exemple – les savons de douche auraient les mains sales bien plus qu’on ne le croit.

Experte, Annabel décrypte : “Dans un savon qui n’est pas fait à la main, on trouvera du sodium palmate  qui  est l’extrait gras de l’huile de palme saponifiée. On  va y trouver des colorants et des parfums de synthèse. C’est fait à base de bondillons d’huile de palme, souvent  importés de Chine dont on ne connait pas vraiment la traçabilité.”

Question de qualité

Photo Marion Chevassus

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Autre aspect important, les savons industriels ont été dépossédés de leur glycérine – l’élément du savon qui adoucit et protège la peau. “Les industriels auront procédé à un traitement pour séparer la glycérine de la pâte à savon et la revendre pour les cosmétiques”, révèle la savonnière.”Or, quand on travaille à la main, on garde effectivement cette précieuse glycérine au sein du produit.”

Annabel Henri suit sa démarche de naturel et utilise des produits issus de l’agriculture biologique : “On va chercher des synergies olfactives mais aussi profiter des qualités de chacune des huiles essentielles employées pour avoir un aspect  plus intéressant que la simple toilette”.

“Personnellement, je travaille avec des matières premières comme l’huile de coco qui va me permettre  d’obtenir tout ce qui est mousse, mais aussi l’huile d’olive dont on connait les vertus cosmétiques, du beurre de karité nourrissant pour la peau, l’huile de tournesol, riche en oméga 9 et l’huile de canola qui préserve la peau et son élasticité. On est obligés d’avoir une grande traçabilité pour garantir une vraie innocuité des produits.”

Les commentaires sont clos.

  1. Chouette, ça donne envie 😉
    Lise
    http://www.labulledelise.fr/

    lise le lundi 8 juillet 2013 à 9h59

  2. j’approuve! ces savons sont très attirants, on a envie de les essayer!

    Jauffret Chantal le lundi 8 juillet 2013 à 23h04

  3. Je connais cette loi et elle est bien moins rigide qu’avant. il suffit de déposer le “brevet” (composition) et on est tranquille. ce qui n’était pas le cas avant où il fallait engager un chimiste. Cette obligation est levée.
    Il est un fait qu’en France, la loi n’était guère respectée mais en B, c’était une contrainte qui limitait bien des choses

    dan le dimanche 11 août 2013 à 20h10

  4. Bonjour,

    C’est tardivement que je découvre cet article. Il y a aujourd’hui une autre savonnière en Bourgogne qui utilise le même procédé et qui travaille avec le lait de ces ânesses : moi , http://www.ananath.fr/

    L'Âne à Nath le dimanche 15 septembre 2013 à 7h19