Squat Bertillon : Expulser n’est pas jouer

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Comme un goût de déjà-vu. Ce vendredi 5 juillet 2013 marque un anniversaire un peu particulier. Il y a un an, le 2 juillet 2012, les services de la préfecture évacuaient un squat, celui de l’École des greffes, située derrière le tribunal de grande instance de Dijon. Près de 300 personnes perdaient un lieu de vie, les associations perdaient la bataille du relogement et les pouvoirs publics tablaient sur une solution régionale. Dénoncée par les associations humanitaires comme ne portant pas ses fruits.

Le même scénario se répétait ce matin du 5 juillet 2013 pour une petite centaine de demandeurs d’asile. Réveil brutal – entrée fracassante de la police en civil ou en uniforme dans les chambres – immeuble envahi – stress – sorti express des habitants malgré eux – sacs à dos remplis à la va-vite – enregistrement sur un petit bureau de l’autre côté de la rue – bus Divia affrétés – début d’une énième journée de procédures à la caserne Vaillant – dispersion des hommes dans divers départements – fin de l’histoire aux yeux de la population dijonnaise – début d’une nouvelle galère. Et pour cause, la plupart sont musulmans. Le ramadan commence dans deux jours.

La mairie demande l’évacuation par les forces publiques

Photo Jérémie Lorand

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Huit heures et demie, rue du docteur Bertillon, un militant des droits de l’homme, nerveux, cherche à se procurer une cigarette. “Hier, la directrice de cabinet du préfet a affirmé de manière catégorique qu’il n’y aurait pas d’intervention policière prévue ce matin, elle a menti de façon flagrante aux associations pour ne pas qu’il y ait de soutien de notre part.” La préfecture s’était en effet engagée depuis quelques semaines auprès des associations à ne pas venir expulser par la force le , communiquant sur le fait qu’elle ne voulait pas répéter ce qui s’était passé l’an dernier à l’École des Greffes.

Photo Jérémie Lorand

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Alors que le soleil perce à peine, dehors, les effets personnels des demandeurs d’asile s’entassent sur les trottoirs. Ces derniers ont été transformés en salle d’enregistrement sommaire pour ces jeunes hommes penauds, tout juste sortis de leur sommeil. La police et les CRS font barrage, plus question d’accéder au squat sans une bonne raison.

La décision de justice du 7 juin 2013 a ordonné l’expulsion “sans délai” et “avec le concours de la force publique” du squat – qui abritait une petite centaine d’hommes -, à la demande du propriétaire – la mairie de Dijon. Insalubre, précaire, mais lieu de vie d’une petite communauté faite d’entraide et de partage . Récemment, le Haut commissariat aux réfugiés de l’ONU avait fait état des conditions de vie dans ce lieu dijonnais qui dans deux ans brillera par son écoquartier des maraîchers.

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Une série de petits coups de pouce qui ont certainement aidé à faire évoluer la situation. Question d’image ? “De toute façon, nous ne pouvions pas laisser la situation telle quelle”, rétorque, catégorique, le directeur de cabinet du sénateur-maire de la ville, Fabian Forni. Un peu plus tard dans la journée, la mairie diffusera un communiqué pour se justifier. Mais pour les associatifs : “Un coup de dératisation comme il a été demandé plusieurs fois aurait été le bienvenu pour améliorer un tout petit peu le quotidien précaire” de ces invités de la République.

En route vers l’infiniment meilleur

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Hassan a vécu dans le squat de Bertillon depuis le début. Il est neuf heures et demie, l’homme d’une quarantaine d’années est en sueur, stressé. Il a tenté de sortir tous ses effets personnels de sa chambre. Près de dix sacs à dos pour un an et demi de vie. Tout le reste est dedans. Une petite chambre sans fenêtres qu’il avait aménagée à son goût, à l’intérieur de ces anciennes chambres froides. Son matelas face à celui d’un collègue de galère, ce carton qui figurait une table de nuit couverte d’un tissu clair, ses habits correctement pliés dans un coin et la cuisinière auprès de laquelle il avait rangé des paquets de pâtes, de l’huile, du café, un peu de sucre.

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Sébastien Humbert, directeur de cabinet de la préfecture de Bourgogne. Photo Jérémie Lorand

“Ceux qui ont droit à des places en centres d’accueil de demandeurs d’asile (CADA), seront en CADA. Ceux qui ont droit à un hébergement seront hébergés sur un site de mise à l’abri que nous avons ouvert le 1er juin 2013. Il pourra accueillir une trentaine de personnes”, confirme le directeur de cabinet du préfet de Bourgogne. “Je vous assure que nous les envoyons vers quelque chose d’infiniment meilleur”. Pragmatique, il raisonne : « Écoutez, désormais nous sommes face au même problème, que nous avons précipité, reconnait-il. Mais maintenant, essayons de travailler ensemble à cette situation. »

Les associatifs sont sceptiques : “Une bonne partie des personnes vont se retrouver à la rue et les autres vont être amenés dans un hébergement de nuit dont ils ne veulent pas, car ils n’auront nulle part où aller la journée, ils n’auront pas leurs effets personnels. Alors évidemment, la situation du squat était précaire, pas géniale, mais ils avaient le sentiment que c’était mieux que se retrouver à la rue dans un hébergement de nuit. Contrairement à ce que dit la préfecture, nous pensons que ce ne sont pas des relogements dignes de ce nom.” (Voir ici sur brassicanigra.org)

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“Aux yeux de l’opinion, le boulot est achevé”, regrettent les associatifs accompagnant les occupants de Bertillon depuis un an et demi. Mais chacun sait qu’expulser … n’est pas jouer.

Les commentaires sont clos.

  1. Un communiqué de “personnes et collectifs solidaires du coté des Tanneries et du quartier des Lentillères” a été publié sur SQUAT.NET:
    http://fr.squat.net/2013/07/05/dijon-expulsion-du-squat-de-demandeurs-dasile-rue-bertillon/

    s!n le samedi 6 juillet 2013 à 21h49

  2. Comme sous l’ancien régime et à l’instar de tous régimes totalitaires, les représentants de la République française agissent sans considération des personnes. Force doit rester aux décisions des autorités, même si l’on en meurt. La France se meurt de cet autoritarisme impuni. Vivent la liberté, l’égalité et la fraternité dans les faits de la réalité et non muettes aux frontons arrogants de l’État. La papauté fait-elle mieux à Lampedusa ? Elle pleure mais ne donne rien alors qu’elle en a les moyens. Cruelle comédie du pouvoir.

    ROY le vendredi 12 juillet 2013 à 10h31

  3. Il faudrait peut-être arrêter d’avoir une vision ultra-manichéenne des choses et regarder un peu au-delà des apparences. D’une part le squat a été vidé une foi qu’une solution de relogement a été trouver pour tous, d’autre part, il serait intéressant de de faire un article sur les réelle conditions de vie dans ses squat ainsi que toute la violence et le trafic qui y à lieu.
    Effectivement il y a ce monsieur Hassan qui s’est installé son petit chez soi qui vivait tranquillement sans rien demander à personne… Cependant les squats sont des zones de non droit où tout et n’importe quoi se passe, car bien que ces personnes vivent une situation dramatique cela ne fait pas pour autant d’eux des saints et la misère est un terreau particulièrement fertile pour la criminalité et la délinquance.
    Et oui ce n’est pas très sympas de la part de la préfecture de déranger les squatteurs à 7h du matin et l’on peut même considérer cela comme de la violence, mais alors pourquoi l’article ne se penche t’ils pas sur les réseaux de passeurs qui introduisent illégalement des personnes en situations irrégulières sur le territoire, je pense que là on pourrait vraiment parler de violence.

    « début d’une nouvelle galère. Et pour cause, la plupart sont musulmans. Le ramadan commence dans deux jours » En effet c’est tout à fait dramatique cependant l’autorité ne sont pas responsable du choix de la religion des gens…

    « Contrairement à ce que dit la préfecture, nous pensons que ce ne sont pas des relogements dignes de ce nom. » Tout à fait, ils ne seront pas loger dans des palaces 4 étoiles contrairement aux personnes en situations régulières qui sont hébergé au 2 rue Sadi Carnot…

    Romain le samedi 20 juillet 2013 à 11h19