Réforme des retraites : ce qui les oppose…

Réforme des retraites : ce qui les oppose... | Photo Jonas Jacquel

Réforme des retraites : ce qui les oppose... | Photo Jonas Jacquel

C’est une réforme à haut risque que le gouvernement vient d’engager. Depuis le jeudi 4 juillet 2013, Jean-Marc Ayrault et une partie de son gouvernement reçoivent les organisations syndicales et patronales en vue d’une nouvelle réforme retraites pour le mois de septembre.

Le rapport Moreau, du nom de la présidente de la commission qui l’a produit, remis début juin a déjà lancé quelques pistes comme l’allongement de la durée de cotisation ou la refonte du calcul des pensions des fonctionnaires. “Depuis la réforme d’Edouard Balladur en 1993 jusqu’à celle de Nicolas Sarkozy en 2010, on nous affirme la main sur le cœur qu’elles vont assurer la pérennité financière des régimes de retraites”, assure , secrétaire générale Côte-d’Or.

“Mais cette réforme est dans la droite ligne de celle menée par les précédents gouvernements : Arriver à un équilibre par la baisse des droits et des niveaux de pensions”. La CGT s’est en effet déjà montrée très virulente face aux premières propositions. Pour Alain Reininger, secrétaire l’union région régionale CFE CGC, il faut “engager un véritable plan Marshall de l’emploi”, pour accompagner cette réforme. “Nous ne sommes pas contre la solidarité nationale mais les classes moyennes ne veulent pas être des vaches à lait”, prévient-il.

Car le gouvernement est au pied du mur et doit désormais limiter la casse : Le Conseil d’orientation des retraites (Cor) prévoit un déficit de vingt milliards d’euros à l’horizon 2020 pour la branche retraites. 60 milliards selon la Cour des comptes en 2030. “La doit induire une réforme du financement de la protection sociale avec pour but de ne pas alourdir encore plus les charges des entreprises”, prévient , président du Côte-d’Or. “Nous avons un différentiel de compétitivité de cent milliards d’euros avec l’Allemagne qu’il ne faut pas aggraver”.

Le gouvernement veut surtout trancher en montrant l’image d’un pouvoir à l’écoute qui laisse la place à la concertation. Les premières décisions devraient ainsi arriver avant la fin de l’été. “Les retraités ne sont pas une charge pour la société, ils sont aussi un rôle social extrêmement important”, souligne Sandrine Mourey comme un avertissement. Pierre-Antoine Kern ne se fait lui que peu d’illusion quant à l’issue de ces tables rondes : “Pour que cette réforme soit crédible, elle doit être acceptée et donc efficace. Il faut donc qu’elle concerne à la fois le secteur privée et le secteur public”. Alain Reininger appelle aussi le gouvernement à faire preuve de pédagogie pour une réforme “partagée et équilibrée”

Alors que l’âge légal de la retraite est actuellement de 60 ans et 8 mois, nous avons confronté Pierre-Antoine Kern, président du MEDEF Côte-d’Or et Sandrine Mourey, secrétaire générale CGT Côte-d’Or et Alain Reininger, secrétaire l’union région régionale CFE CGC à quatre propositions émises par le rapport Moreau.

Allongement de la durée de cotisation
Le rapport Moreau propose de passer à 43 annuités d'ici à 2020, voire même à 44. La durée est actuellement de 41,5 pour les générations 1955 et 1956.
Sandrine Mourey, CGTPierre-Antoine Kern, MedefAlain Reininger, CFE-CGC
"À soixante ans, on doit pouvoir partir avec une carrière complète. Nous nous opposons à cette loi divine qui considère que puisque nous vivons plus longtemps, nous devons travailler plus longtemps. Pour cela, il faut que le salarié puisse construire sa retraite durant toute sa carrière. Nous proposons par exemple de pouvoir cotiser dans les années post-bac ou lors de la première recherche d'emploi. D'autant que si l'on regarde les statistiques de l'espérance de vie en bonne santé, la moyenne avoisine les 62 ans"."La durée de cotisation idéale est celle qui permettra d'avoir un régime équilibré sans pour autant pénaliser les pensions. La désindexation partielle entre 2014 et 2016 n'est qu'une solution à court terme, qui ne doit pas durer au-delà"."Nous sommes en partie d'accord avec cette mesure. Il ne faut peut-être atteindre 43 ans dans un premier temps, mais cet allongement parait inévitable. Nous fixons cependant un préalable à l'adoption d'un quelconque accord : que les années d'étude post-bac soient prises en compte. En clair, il faut offrir la possibilité aux futurs retraités de racheter leurs années d'étude à des coûts intéressants".

Evolution du mode de calcul de la retraite des fonctionnaires
Les pensions des fonctionnaires pourraient être calculées sur la base des trois ou des dix dernières années, et non plus des six derniers mois comme c'est le cas actuellement.
Sandrine Mourey, CGTPierre-Antoine Kern, MedefAlain Reininger, CFE-CGC
"SI injustice il y a, on s'y attaquera, mais l'objectif de cette mesure est de baisser le niveau des pensions des fonctionnaires. Or la moyenne des pensions des fonctionnaires est équivalente à celle du privé. Nous proposons donc, pour plus d'équité de revenir au système des dix meilleures années, pour les salariés du privé"."On a tous intérêt à ce que les modalités de calculs des retraites des fonctionnaires soient alignées sur le modèle du secteur privé. Tout comme la durée de cotisation. Le taux de cotisation d'un employeur privé est de 15% dans le privé, 69% pour un fonctionnaire d'État et même parfois 100%. Des cotisations à la charge des contribuables et donc des entreprises. Ceci aura donc pour conséquence directe d'alléger les charges, mais aussi d'instaurer un principe d'équité"."Nous ne voulons pas de mesure opposant le public et le privé. Les pensions dans les deux secteurs sont quasi équivalentes, seul change le mode de calcul. Sur la question des régimes spéciaux, certains sont peut-être avantageux, mais il faudra tous les revoir dans ce cas : SNCF, RATP, mais aussi députés et les sénateurs !"

Hausse de 0,3% des cotisations patronales
La mesure pourrait rapporter 2,6 milliards d'euros au régime général. Il s'agit d'augmenter pendant quatre ans, à raison de 0,1 point par an la cotisation déplafonnée répartie entre salariés et employeurs.
Sandrine Mourey, CGTPierre-Antoine Kern, MedefAlain Reininger, CFE-CGC
"C'est une des pistes que nous soutenons mais elle est incomplète et insuffisante. Il faut élargir l'assiette du financement sur toutes les formes de rémunérations comme l'intéressement, la participation ou encore les dividendes"."C'est une véritable hérésie. L'ensemble des prélèvements obligatoires - charges sociales, taxes, impôts,… - représentent 26% de la valeur ajoutée des entreprises en France alors qu'ils représentent 16% en Allemagne. Sur une entreprise de sept salariés, c'est 60.000 euros par an ! Clairement, le surplus de cotisations qui s'exerce en France représente 1/5ème de la masse salariale. Donc plus on augmente les charges plus on se tire une balle dans le pied. Dans le sens où on fusille le système social français en voulant le préserver"."Pour les salariés c'est du pouvoir d'achat en moins et les taxes que nous avons sur le dos sont déjà suffisantes et pour l'employeur, c'est une question de survie et de compétitivité. Si l'on continue à charger la barque, il sera impossible de relancer l'économie. A contrario, nous pensons qu'il faut diminuer les cotisations".

Hausse de la CSG et suppression de l'abattement fiscal de 10%
Le taux minimum de CSG des retraités (6,6%) pourrait être calqué sur celui des actifs (7,5%). EN parallèle, l'exonération d'impôts de 10% pour frais professionnels pourraient disparaître.
Sandrine Mourey, CGTPierre-Antoine Kern, MedefAlain Reininger, CFE-CGC
"C'est une proposition scandaleuse. Les retraités ne sont pas une charge pour la société, ils ont aussi un rôle social extrêmement important et participent de la vie de la société. Cette mesure amputera leur pouvoir d'achat et sous-entend qu'une fois à la retraite, ces personnes n'ont plus de rôle. C'est choquant"."Cette mesure ne me parait pas inéquitable. Le Medef milite pour que des charges comme les allocations familiales soient transférées des entreprises vers la CSG dont l'assiette est large et la TVA qui impacte aussi les importations. Ceci aurait pour conséquence d'alléger les charges patronales et donc augmenter les salaires nets"."Nous sommes contre la suppression de cette déduction fiscale tout comme la hausse de la CSG. Les retraites ne sont pas si élevées et il faut réfléchir en terme de pouvoir d'achat avant de prendre toute décision"

Les commentaires sont clos.

  1. Retraites vache à lait ? Tout est plein pot alors que nos retraites ne suivent pas l’inflation !Nous n’aurons jamais d’augmentation comme les actifs et nous sommes très loin de suivre le coût de la vie : loyers ,chauffage,produits alimentaires .j’ai travaillé 2 années supplémentaires au delà de mon droit a prendre ma retraite !et cela fait 5 ans que je suis auto entrepreneur.cela va être aussi restreint par /Sylvia Ponel !’je pense sérieusement à quitter la France qui ne me convient plus!!!

    Bondarj le mardi 9 juillet 2013 à 16h57