SAGE : pourquoi l’Ouche est devenue folle

Photo Jonas Jacquel

Photo Jonas Jacquel

“Notre rivière est un cas d’école. Un condensé de toutes les pressions que l’Homme a pu imaginer faire subir à un cours d’eau.”

Elle ne mâche pas se mots. La présidente du Smeaboa, syndicat garant de la qualité de l’, présentait vendredi 28 juin 2013 son plan d’action en deux volets pour 2012-2016. Depuis 2007, et son équipe ont dressé un état des lieux précis de la rivière dijonnaise pour en tirer une conclusion très claire : “L’ est une rivière polluée.” Mais sa fragilité tient également à son incapacité à absorber les crues et à résister aux sécheresses.

Celle qui est sortie de son lit durant les récentes crues des 4 et 5 mai 2013, celle qui s’est étendue sur les champs, celle qui s’est installée dans les garages des Dijonnais, celle qui a plongé tous les élus locaux dans une paire de bottes en caoutchouc, est bien malade.

“Oui, c’est la faute des activités humaines!” C’est du moins ce qui ressort des conclusions de l’équipe dévoilées par celle qui est aussi conseillère communautaire (écologiste – ) du Grand Dijon. L’urbanisation galopante a un impact négatif sur la perméabilité des sols et favorise le ruissellement des eaux de pluie. Mais elle n’est pas la seule…

C’est en particulier notre mode agricole, je suis désolée de le dire. Nous n’avons plus de haies, on ne laboure pas dans le bon sens, trop près de la rivière que l’on endigue régulièrement… L’Ouche n’a plus de capacité d’absorption.”

Sauver la rivière d’ici 2015… ou 2021

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Photo Jonas Jacquel

La mission du  (schéma d’aménagement de gestion des eaux) du bassin de l’Ouche : remédier à plus de trente ans de mauvais traitements pour celle qui fait naître depuis des siècles autour d’elle tout un éco-système de Lusigny-sur-Ouche à Echenon (près de Saint-Jean-de-Losne) où elle se jette dans la Saône après avoir traversé 127 communes. “Elle a été extrêmement artificialisée, il faut la reconquérir.”

Et pour ce faire, le Sage mobilise 10 millions d’euros dans une série d’actions précises. Ce sont 75 dispositions prêtes à gérer crues et pénuries, à améliorer la qualité des eaux et à restaurer l’aspect physique de la rivière. L’objectif de Christine Durnerin est de répondre aux obligations de l’Europe d’ici à 2015, mais reconquérir le bon état des milieux aquatique partout demandera un sursis, jusqu’à 2021.

Le SAGE sera juridiquement applicable aux différents plans locaux d’urbanisme (PLU), obligeant les collectivités à tenir compte de la contrainte “eau”. Ses exigences se portent sur son bon état écologique et chimique (eaux de surface et souterraines), la non dégradation de l’état actuel des masses d’eau, la réduction des flux de substances dangereuses, et la protection des zones particulières (de baignade, vulnérables ou sensibles..).

“Un devoir de réparation et non d’aggravation”

Photo Marion Chevassus

Photo Marion Chevassus

Le bassin de l’Ouche a été identifié en 2009 comme une Zone en déficit quantitatif par une étude du bassin Rhône-méditerrannée. Sa capacité d’apport et d’accueil en eau est restreinte, elle est très sensible aux changements météorologiques.

En clair, non seulement il faudra savoir s’habituer au risque naturel d’inondations, mais en plus il ne faudra pas compter alimenter en eau plus de riverains ou d’acteurs économiques qu’il n’y en a aujourd’hui, puisque la ressource est en tension. “Nous avons un territoire dont le facteur limitant du développement est la ressource en eau”, explique la présidente du Smeaboa. “Il compte 260.000 habitants, nous ne passerons pas à 500.000”, image-t-elle.

Mais le bassin est identifié par le document comme présentant encore d’autres fragilités : continuité biologique, dégradation morphologique, transport sédimentaire, lien eau et aménagement du territoire. Et surtout un point qui concerne la santé de chaque citoyen : les pollutions toxiques (PCB, pesticides d’origine agricole ou non, hydrocarbures, niveaux de nitrates élevés) – Lire ici notre article – et pollutions dispersées.

Il y a urgence

“L’impact des pollutions se fait sentir tant au niveau des ressources exploitées pour l’adduction d’eau potable (nappe de Dijon-sud, captages en plaine…) mais aussi sur la qualité des eaux des rivières malgré des amélioration sensibles comme sur les pesticides en zones non-agricoles”, explicite officiellement le document fourni par le Smeaboa. L’élue précise que la qualité écologique de l’eau en aval de Dijon, est particulièrement préoccupante, qualifiée de “mauvaise” dans les documents (Voir ici) transmis au conseil régional de Bourgogne.

Il y a urgence. Tout l’enjeu étant selon l’élue de ne pas “agir trop tard”. Optimiste, la commission d’André Fourcade du Conseil économique, social et environnemental de la région voit à travers la mise en place de ce nouveau Contrat de Bassin de l’Ouche “une avancée notable qui répond à une demande du Ceser” et rappelle “sa demande d’une action cohérente dans la longue durée qui pour l’instant est limitée à 2017”.

A noter : une grande enquête publique permet de consulter jusqu’au 5 juillet 2013 les données précises du projet. (Au siège du Grand Dijon et dans les mairies de Messigny-et-Vantoux, Genlis, Bligny-sur-Ouche, Saint-Victor-sur-Ouche, Sainte-Marie-sur-Ouche, Vandenesse-en-Auxois et Neuilly-lès-Dijon)

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