Les Bourguignons auront-ils de la mémoire ?

2013-06-politique-conseil-regional-mariage-gay-JJ-miroir-77

Manque de bilan, manque d’évaluations de l’action régionale. Les élus bourguignons compteraient-ils sur l’amnésie des contribuables pour gérer comme bon leur semble et à coup de nobles phrases l’argent public?

“On trompe volontairement la Bourgogne en communicant des chiffres à tout va. Mais d’ici un an et demi, tout le monde aura eu le temps d’oublier les promesses”, dénonçait un visiblement remonté contre le bilan 2012 de durant la session plénière du conseil régional de lundi 24 juin 2013. Le conseiller d’opposition enchérissait sur un ton provocateur : “Une superbe supercherie annuelle !”

Accusée de “publicité mensongère” sur le budget régional, la majorité livrait au même moment un rapport sur sa future stratégie régionale de développement économique et de l’innovation () pour la période 2014-2020. Un dossier critiqué par le Conseil économique sociale et environnemental régional de Bourgogne () à plusieurs égards pour son manque de précision.

Des pistes européennes pas assez concrètes, une transition écologique subie, des aides régionales mal adaptées au monde économique contemporain, un contrat artisanat encore très vague, des problèmes d’accès des PME et de l’économie sociale et solidaire aux grands appels d’offre.

Pour 2014, la majorité est attendue au tournant.

Entre l’annonce et la réalité… il y a des millions d’euros.

L’opposition précise le contentieux quant à ladite publicité mensongère : “La stratégie du conseil régional est de communiquer essentiellement sur son budget primitif. Or quand on regarde l’atterrissage au compte administratif, on est très très loin du compte.” Pascal Grappin prend l’exemple de l’investissement, “Le président annonce partout en Bourgogne : “Nous allons investir 261 millions d’euros” et c’est publié dans toute la presse ainsi que chez tous les Bourguignons qui reçoivent le magazine du conseil régional. Ceux-là se disent “Oui, quel effort !” Eh bien non, en réalité, il n’y a eu que 177 millions d’euros d’investissement, ce n’est pas bien. J’aimerais qu’il explique honnêtement à tous pourquoi on n’a pas pu faire les choses”.

Formation professionnelle, apprentissage, développement économique, dans ces domaines il existe un gros manque d’investissement, selon le conseiller régional. En ce sens, sa collègue pointe du doigt la difficulté à évaluer et à se procurer des bilans chiffrés de la part de l’équipe de François Patriat. “Depuis 2011, on a des outils et à aucun moment on n’a eu le temps de travailler sur l’évaluation des politiques. Je ne veux pas remettre en cause les choix qui ont été faits avant, mais voir en quoi ils sont encore pertinents dans l’économie actuelle. Voir si on a des outils qui résistent bien à la crise. Ce travail n’a pas été fait, je le regrette.”

Une stratégie économique encore très floue pour la Bourgogne

Le manque d’éléments solides pour juger de la politique régionale “sur pièces” est un point également déploré par les membres du Ceser. Ce dernier a fourni un avis relativement sévère sur le futur SRDEI, voté lundi 24 juin 2013.

– Il reproche à la stratégie de ne pas anticiper assez le projet d’Euro-métropole lyonnaise et son impact négatif sur l’attractivité de la Bourgogne.

– Il souhaite également une action plus concrète pour recourir aux fonds européens. A noter qu’en Alsace, il existe un bureau dédié à la recherche de ces crédits accessibles sur demande et sur conditions.

– La problématique de la transition écologique est aux yeux du Ceser “insuffisamment prise en compte”, il s’agira désormais d’anticiper et non de subir les changements au risque de recevoir un mauvais point

– Le Ceser souligne “la profusion des dispositifs et la complexité des dispositions réglementaires d’application” et relève que “l’accès et la lisibilité des aides, ainsi que la lenteur des démarches ne sont pas adaptées au monde économique actuel”.

– Il considère que le Contrat Artisanat proposé pour adapter les métiers aux mutations économiques possède “un contenu encore très vague”.

– Toujours concernant l’artisanat, il alerte sur le fait qu’un point fondamental est négligé : “celui de l’accès des entreprises artisanales – et plus globalement des PME – aux marchés publics. C’est à dire aux (souvent juteux) appels d’offre.

– Dans la même veine, il “regrette que la SRDEI ne reprenne pas notre proposition d’améliorer l’accès de l’entreprise de l’ESS aux marchés publics.”

En conclusion, le Ceser et sa commission présidée par Jean-François Michon, est d’avis que la stratégie régionale “ne doit pas se contenter d’être un catalogue de bonnes intention”. Prudente elle complète : “Reste toutefois à vérifier que ces intentions se traduiront effectivement en actes concrets.

Et pour cela, il faut des indicateurs… Qui manquent, selon Emmanuelle Coint ()  : ” Dans le dossier remis sur la SDREI, il manque tout un pan d’indicateurs, mais surtout, le travail d’analyse du bilan 2009-2012 aurait dû le faire avant d’écrire la SDREI afin de définir la méthode de travail, le chemin à prendre. Je vous promet que ça se fait ailleurs (au conseil général, ndlr.). Je revois ma copie quand nous ne sommes pas bons, cela peut arriver.”

Encore faut-il accepter d’en courir le risque… électoral.

Les commentaires sont clos.

  1. Merci pour cet article. Il y a effectivement un problème général d’évaluation et transparence réelles (au sens ici d’un information accessible et simple) des politiques publiques ; et il est souvent difficile pour le citoyen de pouvoir mettre en regard les engagements, les investissements programmés et les investissements réels.
    Dernier exemple en date à propos du Conseil régional, et qui me paraît personnellement scandaleux : on lit dans le compte administratif 2012 du Conseil régional de Bourgogne que 26,6 millions d’euros prévus pour les lycées (pour l’amélioration de leur qualité thermique) n’ont pas été investis… La transition écologique semble effectivement loin.

    Ducol le vendredi 28 juin 2013 à 10h24