Et si le football changeait de busin’ESS ?

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Salaires hors de contrôle, transferts à sept chiffres, dettes abyssales. Plus de la moitié des clubs de européens sont dans le rouge. À l’heure où le Qatar façonne le championnat français à coup de dollars, les instances fédératrices veulent plus de fair-play financier.

Si bien qu’en France, depuis plusieurs mois, divers spécialistes de l’économie sociale et solidaire lancent des offensives pour instaurer une nouvelle éthique dans le milieu. Si la recette n’a encore jamais fait ses preuves, elle pourrait un jour permettre de réinventer le monde du football.

Vers un football à deux vitesses

À Paris, les nouveaux dirigeants du PSG n’ont qu’un mot à la bouche : dollars. L’argent est devenu la principale raison de vivre du club de la capitale. Javier Pastore, Thiago Silva, Lucas Moura pour 40 millions d’euros en sont les parfaites illustrations. Pourtant, dans l’ombre, Baptiste Morvillez ne décolère pas. À 32 ans, cet employé d’une agence de publicité sur Internet tente d’imposer une idée, folle : celle de permettre aux aficionados de prendre, un tant soit peu le contrôle de leur club.

“À l’origine, nous voulons suivre le modèle des socios de Barcelone”, explique-t-il. Des supporters très impliqués dans la gestion du club. “Les actionnaires passent, les dirigeants changent, les joueurs s’en vont, mais les supporters restent. Malheureusement, malgré une très forte mobilisation – 100.000 fans Facebook et près de 4.000 préinscriptions – le projet reste en stand-by”. La faute aux nouveaux investisseurs qataris avec qui la discussion est difficile. “Il est implacablement logique et naturel que les supporters soient inscrits dans le capital du club et qu’ils aient un pouvoir de décision, aussi ténu soit-il”, argumente-t-il.

Sauf que la direction semble en avoir décidé autrement. En France, seuls les supporters du club de Saint-Étienne sont associés à la gestion du club et cela depuis 1970. La Fédération des associés supporters a gardé jusqu’à aujourd’hui une part minoritaire du capital du club au nom de ses 7.000 adhérents. Et, si Bernard Tapie a récemment déclaré que Marseille devrait tendre à suivre ce modèle, l’illusion ne fait que perdurer.

L’Uefa veut plus de fair-play

Car l’entreprise football a ceci de particulier qu’elle n’est pas tenue d’être rentable ou de faire des bénéfices. Bien au contraire. Parmi les seize derniers clubs européens engagés en Ligue des champions en 2013, seuls six avaient une situation économique “favorable”. Le FC Barcelone et Manchester United s’illustraient même avec une dette de 442 millions et 900 millions d’euros !

La Direction nationale de contrôle et de gestion, organe interne à la Ligue de football professionnel, interdit ce genre de taux d’endettement en France. Et pour le club, c’est la masse salariale des joueurs qui plombe les finances. Elle représenterait en moyenne 64% du chiffre d’affaires des structures faisant de la profession un puits sans fond. Si bien que, comme une parade, l’Union européenne du football (UEFA) et son président Michel Platini, ont instauré, depuis le 1er juin 2013, la notion de “fair-play financier”. Un moyen de lutter contre les dérives des clubs.

En clair, les clubs ne devront pas dépenser plus que ce qu’ils gagnent : “Le but n’est pas de sanctionner les clubs, mais avant tout de les aider à gérer leur budget sereinement”, assure-t-on à la Maison du football européen, siège suisse de l’UEFA. Pourtant, Malaga, club espagnol aux mains d’un mystérieux oligarque qatari, a déjà été privé de coupe d’Europe par le tribunal arbitral du sport, faute d’avoir pu tenir les cordons de sa bourse.

Encore trop de réticences

“Les associations, principal employeur de l’, regroupent 5.000 établissements et emploient 42.500 salariés”, rappelle la Chambre régionale de l’économie sociale de Bourgogne. “Elles exercent principalement dans les secteurs de l’action sociale, des sports et loisirs, des arts et spectacles et de l’enseignement.”

Jean-Pierre Papet, président du Comité régional olympique et sportif de Bourgogne de préciser : “Le mouvement sportif rassemble 5.000 associations dans la région mais seule un petit nombre est partie prenante du mouvement de l’économie sociale et solidaire. Ainsi, si cette dernière en Bourgogne se composait de 6.200 établissements en 2012 soit 58.000 emplois (11% de l’emploi salarié), seuls 15,1% étaient des structures sportives soit 2,7% des emplois”. Une différence qui s’explique par la nature essentiellement bénévole des petits clubs. “20% d’entre eux ont un ou plusieurs salariés”, précise Jean-Pierre Papet. La crainte s’emparerait donc des clubs, quelle que soit leur taille.

Cette crainte, Thomas Fritz la côtoie depuis plusieurs années. Lui qui se définit comme un entreprosophe, un entrepreneur philosophe. “Le premier club qui va se lancer dans un tel projet bénéficiera de nombreux relais, auprès des entrepreneurs sociaux et de la presse”. Et l’homme sait de quoi il parle. En 2011, il avait déjà racheté le club de Strasbourg pour un euro avant que l’opération n’avorte.

La faute à un investisseur qui s’est désolidarisé du projet au dernier moment et à un manque de maitrise du monde des médias assure-t-il. Mais cet échec ne l’a pas laissé en reste. Depuis, il multiplie les initiatives. Dernière en date : l’.

Les pouvoirs publics s’emparent de cette opportunité

Contacté, le club bourguignon justifie son refus : “Thomas Fritz avait lancé, via Facebook, une opération désignée Sauvons l’AJA”, rappelle Valentin Labani, directeur de la communication du club. “Le Président de l’époque, Gérard Bourgoin avait été informé après-coup de cette opération et n’avait guère apprécié le procédé. J’ai ensuite discuté avec monsieur Fritz, mais entre-temps, le club avait privilégié d’autres pistes avec l’entrée au capital d’un investisseur majoritaire”.

Le principal intéressé reconnait que la manière n’a pas plu mais il se défend : “Je n’ai fait que lancer un sondage sur Facebook”, le président du club étant “peu accessible”. Désormais, il cherche des endroits pour expérimenter son projet – Dijon Nantes et Marseille ont ainsi recueilli son attention – et mène un groupe de travail sur la question en collaboration avec le ministère de la Jeunesse et des Sports. Résultat : un rapport de 42 pages pour inciter les structures sportives à étudier de près cette possibilité.

Trois SCIC existent déjà dans le secteur sportif professionnel, plusieurs projets sont en cours de gestation comme dans le Val d’Oise. À trente kilomètres au Nord-Ouest de Paris, la commune de Cergy-Pontoise va créer un centre de formation sportif Diambars sur 90 hectares. Son modèle juridique sera justement celui d’une SCIC, une société coopérative d’intérêt collectif. Restera alors à éduquer ces nouveaux footballeurs d’une autre façon, pour qu’ils puissent notamment faire une croix sur leur salaire parfois exorbitant. Car c’est bien là, une des clés du succès de cette nouvelle gouvernance.

Les commentaires sont clos.

  1. J’ai du mal à capter les deux derniers paragraphes, et notamment leurs liens avec le “fair-play” financier.

    Olid le mardi 25 juin 2013 à 9h44