Center Parcs en Saône-et-Loire : 300 emplois, mais à quel prix ?

Photo Jonas Jacquel

Photo Jonas Jacquel

Un va s’installer dans la forêt du Rousset, en Saône-et-Loire. L’information a été officialisée par , président de la région Bourgogne et , président du conseil général de Saône-et-Loire, non sans fierté. Il devrait ouvrir en 2018, le parc représentera une manne de 300 emplois potentiels, mais il sera largement financé par les collectivités publiques. Sur proposition de la Franche-Comté, un autre parc va s’installer tout près, dans le Jura, à Poligny. Le groupe Pierre&Vacances, propriétaire de Center Parcs , en difficulté actuellement, a fait jouer la concurrence entre les deux régions Bourgogne et Franche-Comté pour s’assurer un financement public… Avant de faire coup double et de valider les deux projets.

Tout a commencé le 10 septembre 2013 par un article du quotidien régional Le Progrès. Voilà déjà un an que la petite commune du Rousset, en Saône-et-Loire se réjouit du projet d’implantation d’un Center Parcs dans la forêt voisine. 300 emplois prévus, plus que bienvenus pour le département qui traverse une période difficile. Au même moment, le groupe Pierre&Vacances divulgue volontairement dans Le Progrès qu’il est en train de mener une étude de faisabilité à Poligny, dans le Jura, à seulement 30 kilomètres du site de Saône-et-Loire. Les deux projets sont mis en concurrence. Les institutions locales – conseil général comme conseil régional – commencent à transpirer de voir partir ces centaines d’emplois potentiels de l’autre côté de la frontière.

Le groupe en difficulté fait appel aux collectivités

Quelques semaines plus tard, début décembre 2013, le groupe Pierre&Vacances présente ses résultats pour l’année écoulée. Résultats très mauvais. Le numéro 1 du tourisme en Europe accuse une perte de presque 50 millions d’euros, contre 25 millions en 2011. Le groupe a passé une sale année, qui lui a couté cher, entre plan de sauvegarde de l’emploi et désengagement de structures déficitaires. Françoise Gri, directrice générale, lance un grand plan de sauvetage : “Win 2016“. Le but : retrouver le niveau de santé d’avant la crise. Le moyen : entre autre, recourir aux financements des collectivités publiques.

On y est. Dans la foulée de l’annonce du plan de faisabilité dans le Jura, François Patriat et Rémi Chaintron se rendent à Paris rencontrer le fondateur du groupe Pierre&Vacances. Le conseil général de Saône-et-Loire et la région Bourgogne assurent, dès le 20 décembre 2013, être prêts à mettre 15 millions d’euros sur la table. Les deux collectivités porteront, avec d’autres investisseurs privés, une société d’économie mixte (SEM) qui permettra de financer au groupe des infrastructures à moindre coût. De leur côté, le département du Jura et la Franche-Comté s’engagent sur des conditions similaires. Stupeur le 21 mars 2014 : le groupe annonce que les deux projets sont retenus. Information officialisée depuis, dimanche 28 mars.

66 millions d’euros pour les équipements du parc

Impensable pour le conseil régional de Bourgogne et le conseil départemental de Saône-et-Loire de rater l’occasion de voir 300 emplois créés sur leur territoire, quitte à mettre la main à la poche. Mais jusqu’où sont allées les collectivités pour s’assurer que le projet reste bien chez elles, sous la menace d’une concurrence, qui s’est avérée factice, d’un départ dans le Jura ? Les deux conseils se partagent les 15 millions d’euros de fonds directs pour créer la SEM. Au total, l’installation du parc demande un investissement de 170 millions d’euros. Rémi Chaintron, joint par téléphone, confirme que la SEM en apportera, via des emprunts, 66 millions, qui permettront à Pierre&Vacances de réaliser ses équipements.

Ces 66 millions d’euros ne s’ajouteront pas à la dette des collectivités, puisqu’ils seront portés par la SEM. “C’est un fonctionnement classique”, justifie le président du conseil de Saône-et-Loire. “Lorsqu’une usine veut s’installer, il arrive que l’on mette en place une SEM pour avancer les fonds et créer les bâtiments. On se substitue simplement au privé”. Pierre&Vacances va payer un loyer à la SEM pour profiter des installations, qui devraient couvrir les remboursements des collectivités. “On devrait même gagner de l’argent en fin de compte”, assure Rémi Chaintron.

Des accords ont même été passés entre les Pôle Emploi, les collectivités et le groupe pour assurer que des emplois locaux seront bien créés. “Certains postes, quand même seront pris, par des gens du groupe. A l’impossible nul n’est tenu”, concède Rémi Chaintron. 500 emplois devraient être créés pendant les deux ans d’installation du parc, qui devrait ouvrir en 2018, ainsi que 300 postes durables à terme. Une aubaine pour le territoire, mais cher payé. Quant à la soi-disant concurrence avec le Jura, Rémi Chaintron préfère jouer fair-play. “C’est une bonne chose que les deux projets aient été retenus, cela veut dire qu’ils étaient bons. En plus, Poligny n’est qu’à 30 kilomètres de la frontière avec le département, donc on devrait en profiter aussi”.

Questionnement écologique

Mais tout le monde n’est pas ravi de l’implantation d’un Center Parcs sur la forêt du Rousset. Le groupe Pierre&Vacances a acheté 315 hectares de bois, dont 130 seront construits. “Au total, c’est un quart, voire un tier des arbres qui seront prélevés”, explique Rémi Chaintron. En février 2012, Nicole Eschmann, élue verte au conseil régional de Bourgogne exposait déjà son désaccord avec le projet, quand il n’était alors qu’ébauche. “Comment nos élus accepteraient-ils en notre nom d’être dépossédés de centaines d’hectares de zones naturelles (bois, points d’eau), où vivent de nombreuses espèces sauvages, où l’accès est libre et gratuit pour les citoyens, pour en faire un espace artificialisé, macadamisé, bétonné, clos et payant ?”

Rémi Chaintron répond aujourd’hui. “La forêt du Rousset était un bois d’exploitation, géré par un groupe financier. C’est une forêt qui arrive à maturité et qui aurait du de toute façon être rasée d’ici à 10 ans.” Mais Nicole Eschmann s’opposait au concept même du Center Parcs : “Comment nos élus se laisseraient-ils abuser par une propagande de développement durable, véritable blanchiment écologique ? Un Center Parcs, c’est la destruction de zones naturelles pour une consommation de loisirs à la chaîne, produisant une pollution et un gaspillage d’énergie impensable (piscines sous dômes gigantesques, vagues artificielles, saunas, jaccuzi, plantes tropicales…).”

Les commentaires sont clos.

  1. Greenwashing… cet Ecoland devrait être d’accès libre car, comme vous le démontré, financé par les fonds publics. Catastrophe environnementale.

    Dijon Autrement le lundi 7 avril 2014 à 8h14

  2. Le fantasme de ” la création d’emplois” et des retombées économiques POTENTIELLES : voila bien la carotte qu’agitent les petits malins Parisiens; accapareurs de subventions publiques aux élus locaux ” bien trop provinciaux” pour beaucoup .
    Cela s’appel des ” éléphants blancs” : Le Louvre Lens , Beaubourg Metz.. center parcs.. des structures fort couteuses a entretenir; ne donnant pas après quelques années seulement d’exploitations toutes les retombées espérées ; mais finissant en bout de comptes en ruines squatées et insalubres.

    Patrick Lepak le lundi 7 avril 2014 à 11h50

  3. +1 avec Patrick!

    CamilleG le lundi 7 avril 2014 à 18h55

  4. A propos du Centre Beaubourg Metz : voir et lire toute une suite d’articles récents sur le web ; indiquant les coûts énormes d’entretiens du bâtiment , personnel; pour la Région Lorraine et la possible mise en faillite de ce qui était au départ ” le gros lot ” pour l’agglomération de Metz…

    Patrick Lepak le lundi 7 avril 2014 à 22h16

  5. Heu… on n’est tout de même pas dans le même sujet !
    Confondons pas Center Parc et Musées. SVP.

    Ici, il faut voir que les constructions sont faites avec des investisseurs qui défiscalisent leurs appartements de loisirs. Les aides publiques servent l’installation d’une entreprise privée et des particuliers qui recherchent des outils de défiscalisation. Suivent les clients qui payent des prestations à prix d’or. Le promoteur Pierre-et-Vacances est gagnant sur tous les tableaux !!!!

    L’aspect écologique de ce projet est doûteux : faire se concentrer en un lieu éloigné des urbains enfermés dans une enceinte touristique a un coût énvironnemental incroyable avec la somme des déplacements générés. Pourquoi ne pas localiser un tel parc plus près des grandes villes, sur des territoires desservis par train ?

    Enfin, les emplois créés sont souvent précaires, à temps partiels, modulables. Le nombre d’emplois annoncé est ainsi artificiellement gonflé, sorte de miroir devant les yeux des grands élus décideurs, et aveuglés… qui emploient alors le denier public ici plutôt que de soutenir les gîtes et relais ruraux, sources d’emplois dispersés sur le territoire, permettant le maintien d’une agriculture paysanne offrant le couvert aux urbains, pour des séjours moins concentrationnaires !

    Joseph B le mardi 8 avril 2014 à 1h46

  6. D’accord avec Joseph B. Se rappeler le Parc de la T’O à Dijon

    Dijon Autrement le mardi 8 avril 2014 à 12h38

  7. Monsieur Joseph B
    Votre analyse est pertinente et j’en partage la presque totalité :si je fais un comparatif entre certaines structures culturelles d’Etat ” foireuses au départ” et Les Center-parcs de l’article ; c’est surtout pour en souligner l’évidence de gaspillages de fonds publics au final dans presque tous les cas ; et ce a coup de dizaines de millions.

    Patrick Lepak le mardi 8 avril 2014 à 14h10

  8. Pourquoi toujours critiquer quand il y a quelque chose de bien qui se passe chez nous… 300 emplois c’est pas rien à l’heure actuelle et toutes les autres retombées économiques au niveau touristique. Pour ma part, je suis bien contente de cette installation et ne comprends pas trop toutes ces polémiques stériles…

    Stéphanie C le mardi 8 avril 2014 à 14h19

  9. Stéphanie C
    On voudrait y croire effectivement a ces promesses d’emplois ; seulement trop d’expériences passées; lointaines ou récentes nous auront largement appris a modérer notre enthousiasme! Quelques exemples : THELETEC CAMPUS avec ses 600 promesses d’emplois à Dijon qui ne sont ; plusieurs années après que tout juste une trentaine et encore ; largement subventionnés par l’Etat! Le magasin GAP rue de la Liberté qui aurait du être ” une locomotive pour l’emploi ” dans le secteur de la vente en confection ; aujourd’hui.. FERME ! Alors 300 emplois dans un secteur RURAL pas spécialement ” touristique ” ; au milieu des bois et pâturages a charolais..?

    Patrick Lepak le mardi 8 avril 2014 à 19h56

  10. Bien d’accord avec Stéphanie C
    Et blablabla, et blablabla! C’est le mal français on critique toujours et on n’est jamais content quand il se passe quelque chose!! Ca devient vraiment gavant à force. Je pense que le journaliste a surtout dû passer un sale WE dans un Center Parcs et qu’il s’est fait plaisir là!! Et pour Patrick, on n’a qu’à plus rien faire et rester chez soi comme ça plus de problème ça sera plus simple!

    Yoann le mardi 8 avril 2014 à 20h15

  11. @ Stéphanie C : un autre monde est possible ! Si si ! :-)

    @ Yoann : le “mal français”, ha bon ? dans les autres pays, on ne parle ni ne réfléchit ? Réfléchissez-y ! :-)
    Patrick n’invite pas à rester chez soi, mais à vivre autrement, loin des systèmes concentrationnaires et aux douteux montages financiers gaspillant l’argent public, càd nos impôts, pour permettre des revenus juteux à seulement quelques uns. Réfléchissez vraiment.

    Joseph B le mercredi 9 avril 2014 à 0h08

  12. Le groupe financier aurait “rasé” à terme la forêt ? N’importe quoi !
    Le consei général de Saône-et-Loire justifie son investissement financier comme il peut.
    Voila où partent les impôts des contribuables de Bourgogne du Sud !!

    Si ce projet était viable, pourquoi faut-il que Pierre&Vacances ait tant besoin du denier public ???

    Antoine le jeudi 10 avril 2014 à 23h15

  13. C’est un scandale on va détruire une usine à bois en pleine production alors que la France est déficitaire en bois.Les peuplements n’arriveront pas à maturité dans les 10 prochaines années et la coupe rase n’est pas une obligation il y a d’autres techniques pour renouveler la forêts.
    On peut trouver en 71 des zones incultes pour recevoir Center Parc sans détruire des peuplements qui ont été sans doute subventionnés par l’état.

    Martin le mercredi 16 avril 2014 à 19h26

  14. Pour info, ce ne sont pas 30 km qui séparent Le Rousset et Poligny mais près de 150 km.

    Ce n’est pas du tout la même région ni les mêmes paysages.

    Après, il y a beaucoup d’erreurs dans cet article et je ne suis pas convaincu de la neutralité de l’auteur…

    PG le mardi 22 avril 2014 à 17h29

  15. Dans le Jura, ça “gueule” aussi…
    Et ce qui est marrant c’est que Pierre et Vacances fait exactement les mêmes promesses aux deux sites choisis, leur promettant les mêmes touristes (ils vont les cloner ?) et les mêmes emplois… Enfin, marrant…
    Voir la version jurassienne du projet, dénoncée ici : http://www.verre2terre.fr/2014/05/chateau-chalon-et-la-bulle-infernale-de-center-parcs/

    Jérémie le lundi 26 mai 2014 à 6h05

  16. Bonjour,
    Es ce que je peux avoir un mail pour contacter la personne qui s’occupe des emplois s’il vous plait?
    cordialement.

    goyet le mercredi 30 juillet 2014 à 14h24

  17. Les élus ne pensent pas AVENIR, ils pensent rapport de voix aux prochaines élections, un politiques ne voit pas plus loin que sont intérêt personnel. Hélas pour le pays, la planète. et notre descendance.

    Pépone le dimanche 3 août 2014 à 9h20