François Rebsamen, résolument à gauche

Photo Jonas Jacquel

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Et un, et deux, et trois zéro. prend le micro juché sur une table et entonne cette chanson. Reprise en chœur par l’ensemble des sympathisants et militants socialistes. De la sueur perle sur son front. Il s’essuie, remercie les électeurs.

Mis en ballotage par l’UMP et le Front national, le sénateur-maire de Dijon retrouve bien son siège au palais des Ducs de Bourgogne, pour la troisième fois. Ce dimanche 30 mars 2014, il devance assez largement son adversaire de l’UMP-UDI (34,03%) et le candidat frontiste Édouard Cavin (13,13%). Et si Dijon fait office de micro-climat au milieu de la vague bleue qui a déferlé sur la France, François Rebsamen n’a pas manqué de marquer ses distances avec la politique du gouvernement.

L’avertissement à Hollande et Ayrault

Il est à peine vingt heures que déjà les réseaux sociaux s’affolent. Les résultats des premiers bureaux de vote circulent déjà depuis quelques minutes et sont sans appel : la gauche conserve la ville. François Rebsamen poste une photo accompagnée d’un simple, mais lucide “Happy”. La victoire est sienne. En quelques minutes le message sera re-tweeté à près de 200 reprises – syndrome Barack Obama qui avait aussi choisi ce réseau social pour annoncer sa victoire en 2013.

Photo Jonas Jacquel

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Pourtant, le dépouillement est loin d’être achevé. De l’autre côté du mur de son bureau, la salle des États est transformée en centralisateur. Les résultats des différents bureaux sont réceptionnés ici, validés et diffusés sur divers écrans en temps réel. Si l’écart en début de soirée est net, il ne changera que très peu. “C’est une très large victoire”, se félicite-t-il en arrivant devant la presse dans le salon bleu du palais des États. Traditionnellement, c’est dans cette antichambre de l’ancienne salle du conseil municipal que se tiennent les conférences de presse.

À peine a -t-il débuté sa courte allocution que les résultats définitifs tombent : 52.84%. C’est moins bien qu’en 2008 où il avait été élu dès le premier tour. “Mais mieux qu’en 2001,”, date à laquelle il a repris la mairie à la droite, note-t-il. “C’est un sévère avertissement pour la gauche et je souhaite que ce message soit entendu. J’ai une pensée pour les maires qui ont été victimes de cette sanction et qui ont perdu leur poste de façon injuste, parce que les citoyens ne comprenaient pas la politique du gouvernement”.

Avec 4 000 voix supplémentaires par rapport au premier tour, il a bénéficié du report des électeurs du Front de gauche, mais aussi, sans doute, de ceux de David Lanaud du Gray. “J’attends désormais de François Hollande qu’il s’exprime”. Comme lors de l’interview qu’il nous a accordée avant le second tour, il se lance dans un véritable plaidoyer pour défendre les valeurs de la gauche. “La gauche doit s’occuper en priorité des gens qui souffrent. Il n’y a pas que le Medef dans la vie. Nous menons à Dijon une politique de rassemblement et de justice sociale. C’est cette politique que nous voulons au gouvernement”.

L’échec de l’UMP

Lorsqu’il quitte le salon, il est entouré de son directeur de cabinet, mais aussi de Marie d’Ouince, ancienne conseillère en communication de Lionel Jospin et porte-parole de Matignon. De là à y voir un signe pour sa future carrière, lui persiste : “Je ne demande rien”. Et d’ajouter : “La politique, c’est une histoire d’amour et pas uniquement de chiffre”.

Dans l’autre aile du palais des Ducs de Bourgogne, le buffet ravit les papilles des militants et représentants politiques. Lorsque le maire arrive pour proclamer officiellement les résultats, la foule scande “On a gagné”. Il est vrai que la victoire est nette. Il devance de 8 775 voix son adversaire Alain Houpert. Des huées s’élèveront même lorsqu’il citera son résultat. “Le temps du dénigrement est achevé, nous allons passer à l’action dans la sérénité”, promet-il sans manquer de rappeler son mécontentent envers le gouvernement.

Dans sa permanence, Alain Houpert ne peut que constater son échec. “Je ne suis pas triste, car nous avons créé un mouvement, nous avons rassemblé la droite”, assure-t-il. “Nous avons poussé le maire au second tour, nous l’avons mis en colère, il a montré son vrai visage. Il reste une tache rose au milieu de cet océan bleu, mais c’est une tache rose flétrie”. Avec 34.03% des suffrages (15871 voix), il fait moins, beaucoup moins que son prédécesseur François-Xavier Dugourd. En 2008, ce dernier recueillait 17 756 voix au premier tour. Et si l’ambiance était morose, il a annoncé qu’il dirigerait bien le groupe d’opposition au conseil municipal, démissionnant de fait du conseil général de Côte-d’Or.

La droite n’aura donc que dix sièges dans la future assemblée de la ville. “C’est le plus mauvais score de l’UMP”, rappelle ainsi malicieusement François Rebsamen. Sur les dix, seuls trois étaient présents dans l’ancienne opposition : Laurent Bourguignat, Catherine Vandriesse et François Hélie. Franck Ayache reste lui à la porte, onzième. Mais l’opposition sera désormais multi-canale. Car si l’UMP enregistre son plus faible score, le Front national a réussi à recruter de nouveaux électeurs entre les deux tours. “C’est typiquement un vote d’adhésion”, se félicite , le chef de file de la liste Dijon bleu marine.

Photo Jonas Jacquel

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Dans les couloirs de la préfecture, son frère lui tombe dans les bras, ses principaux colistiers aussi. “C’est une belle victoire pour les Dijonnais et la démocratie. Nous ne serons pas là pour nous opposer systématiquement, mais nous serons une véritable force de proposition”. Et ce sera même un frontiste, Bernard Bonoron qui dirigera la première réunion du conseil municipal. À 71 ans, il est en effet le doyen de l’assemblée.

Début des hostilités vendredi

Rendez-vous est donc pris vendredi 4 avril pour cette première séance. “Les Dijonnais sont satisfaits”, note François Rebsamen. “Nous allons poursuivre notre action pour que Dijon reste la ville que nous aimons pour vivre ensemble”. Comme un clin d’œil, il demande a ce que la cité fasse la fête, toute la nuit. Au cellier de Clairvaux, les jeunes militants socialistes sont chauffés à blancà force d’attendre leur candidat. Drapeau à la main, écharpe autour du cou, ils patienteront de longues minutes avant de le voir arriver. Peu avant 23h.

Dans la foule, Christine Durnerin, conseillère sortante, note que le score des écologistes est plus élevé que celui du Front national. “EELV a noué beaucoup d’alliances donc c’est plus difficile à quantifier, mais l’exemple de Grenoble est symbolique [le nouveau maire de Grenoble, Éric Piolle est membre d’EELV]. La poussée des écologistes fait sans doute moins peur”.

Les flashs crépitent, chacun veut sa photo avec le maire. Il monte sur une table micro en main pour remercier les militants. “Une élection, c’est déjà une belle équipe, un bon projet et ensuite un maire”. C’est déjà debout sur une table qu’il avait débuté sa campagne.

Les commentaires sont clos.

  1. “Et ensuite UNE maire”:Une femme écolo pour lui succéder en 2020 serait l’idéal-e

    Dijon Autrement le lundi 31 mars 2014 à 8h28

  2. Rebsamen résolument à gauche !!! C’est la meilleur blague de la journée.
    Le PS est le plus grand frein au retour de la gauche dans la politique française. Ce parti n’a qu’une utilité, remplacer les partis de droite quand tout va trop mal pour les salariés et ainsi éviter les grands mouvements sociaux.
    Et pire encore, cette politique, écœurant les plus démunis, les font se tourner vers l’extrême droite.
    Le PS est donc le véritable ennemi de la gauche.

    Sireuil le lundi 31 mars 2014 à 15h55

  3. Ouai c’est clair on se marre.
    Par contre JLorant résolument à genoux pour servir les intérêts des plus forts….. Rame Jérémie rame…

    SpongeBob le mardi 1 avril 2014 à 10h37

  4. F Rebsamen : “victoire large” dit-il, lui qui croyait passer dès le premier tour…

    Cavin et consorts : “Nous ne serons pas là pour nous opposer systématiquement, mais nous serons une véritable force de proposition”, on regardera à ce que ce soit le cas !

    Selon C Durnerin, le score EELV est plus élevé mais c’est difficile à dire car la plupart du temps EELV était en fondu dans le PS. Reine du raccourci facile !

    Joseph B le mercredi 2 avril 2014 à 22h25