Cité de la gastronomie : Un gâteau pour quatre, bien mérité

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L’épopée pour la conquête de la aura duré un an. Une longue année, débutée par une candidature déposée au dernier moment, une année de rebondissements, une année de petites phrases et de coups bas politiques. Mais au final, après avoir repoussé plusieurs fois la décision, Dijon l’aura, sa .

Seulement, il faudra partager le gâteau. Les ministères de la Culture, de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire ont tranché quatre parts de ce qui sera prochainement un “réseau de cités de la gastronomie”. Parmi celui-ci, Dijon constituera “le pôle de référence en matière de promotion de la culture de la vigne et du vin”, Lyon se chargera de la thématique “nutrition et santé”, Paris-Rungis des “enjeux des marchés et de l’approvisionnement des centres urbains”, tandis que Tours sera un “pôle moteur dans le domaine des sciences” avec la constitution d’une Université des sciences et des cultures de l’alimentation.

“Save the date !” Sur le site officiel du projet bourguignon, le maire de Dijon donne d’ores et déjà rendez-vous aux habitants au printemps 2016 pour inaugurer la fameuse Cité de la gastronomie. Pour lui, c’est certain, ” Dijon a gagné “. Certes, mais elle n’est pas la seule. Le projet originel de 55 millions d’euros envisageant d’installer la cité touristique au cœur de l’ancien Hôpital général, a-t-il toujours son entière place ? Faudra-t-il le revoir à la baisse en laissant de la latitude aux autres villes ?

Réponse lundi 24 juin prochain, lorsque l’annonce sera officiellement faite aux Dijonnais à l’occasion du conseil municipal. Il semblerait que ce soit pour l’heure la course à qui finira les travaux le premier. Et sur ce point, François Rebsamen était une fois encore plus que confiant mercredi 19 juin lors de l’annonce des résultats : les financements, principalement privés, seraient déjà prêts.

En attendant, retour sur cette épopée, qui au vu de l’épaisseur du premier tome promet de croustillants rebondissements durant les trois années à venir…

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Dijon met les petits plats dans les grands

Tout a commencé le 28 juin 2012, lorsque la ville de Dijon créait la surprise en candidatant à l’appel de la Mission française du patrimoine et des cultures alimentaires pour la création du Cité de la gastronomie. Un appel à candidature accessible à toutes les villes de France, motivé par l’inscription par l’Unesco en 2010 du “repas gastronomique des Français” au patrimoine de l’Humanité. “Il est temps que la France se dote d’un équipement culturel destiné à mettre en valeur les cultures culinaires de France et du monde : la Cité de la Gastronomie”, expliquait alors la Mission française pour motiver son idée.

Mais la candidature de Dijon n’était pas si absurde. Un an auparavant, le classement du repas gastronomique des Français avait justement été fêté au Clos Vougeot (21), en présence de 600 personnes. “Renforcer le rôle de Dijon capitale de la gastronomie” constituait même la promesse de campagne de François Rebsamen durant les Municipales de 2008.

Lors de cette annonce, Dijon ne dispose que d’une quinzaine de jours pour déposer son dossier. Au jeu du lièvre et de la tortue, elle compte coiffer tout le monde au poteau et ce, au moment où sa voisine beaunoise reçoit un courrier récapitulatif de la Mission française du patrimoine saluant les “atouts indéniables susceptibles”, de sa candidature.

Face a cette précipitation, la municipalité dévoile ses cartes : présentation du projet et grand oral, quelques semaines plus tard, le 15 octobre, avec les autres villes candidates (Beaune, Paris-Rungis, Lyon, Tours et Versailles). Dijon en est certaine, son dossier est béton. Il fait même 120 pages, détaillant les relations de la capitale bourguignonne à la gastronomie, ainsi que le patrimoine historique de la Cité des Ducs. Patrimoine imposant dont compte bien se servir la ville, notamment dans le choix d’implantation de la future Cité…

L’hôpital général comme théâtre

Car c’est précisément à l’emplacement de l’Hôpital général, au niveau de l’actuelle place du 1er mai, que le projet se dessine. Une presqu’île bordée par l’Ouche, dont l’histoire médicale et religieuse remonte à plus de huit siècles. Même si les bâtiments restent aujourd’hui majestueux, avec notamment la Grande Chapelle, peu de travaux ont été entrepris depuis les années 1960. En 2011, les locaux ont été pour leur plus grande partie désertés vers le nouvel hôpital du Bocage, et ils attendent un avenir meilleur.

C’est précisément ce que le projet dijonnais de Cité de la gastronomie propose, en réexploitant tout ce patrimoine historique pour aménager un tout nouveau site. Dans une des cours intérieures de l’Hôpital, un marché couvert est même envisagé.

Cliquez sur l’image pour découvrir les futures infrastructures de la Cité de la gastronomie.

La guerre des soutiens

Mais encore une fois, Dijon n’est pas la seule ville en lice, et ses rivales ont autant d’atouts à faire valoir. Notamment en Bourgogne, puisque Beaune est également dans la course. Alors dans la région, c’est la course aux soutiens. Pour le dossier dijonnais, une trentaine de personnalités appuient officiellement de leur signature le projet. Sur la liste figurent les appuis essentiels et habituels : Présidents de l’université de Bourgogne, de la Chambre de commerce et d’industrie de Côte-d’Or, mais aussi professionnels et représentants du secteur hôtelier ou agroalimentaire.

Mais plus encore, c’est une véritable guerre des étoiles qui se mène entre Dijon et Beaune. A Dijon, quatre chefs soutiennent officiellement l’implantation de la Cité de la gastronomie sur l’actuel site de l’Hôpital général. Ce qui dote Dijon d’un total de quatre étoiles, ou six, si on ajoute le chef doublement étoilé Jean-Pierre Vigato du restaurant Apicius à Paris (75). Du côté beaunois, quatre étoiles également, et pas des moindres, puis que la ville compte l’appui de Dominique Loiseau, triplement étoilée.

A l’approche de janvier, date de l’annonce présumée des résultats officiels pour les cinq villes finalistes, la tension monte et les porteurs de projet se tirent la bourre médiatique à coups de petites phrases et d’intox par presse interposée. Tandis que le maire de Lyon affirme un jour : “Je ne veux pas avoir l’air impérialiste en écartant tout le monde, mais on devrait l’emporter”, en raillant la ville “très endettée” de Dijon. Le lendemain François Rebsamen réplique : “J’ai appelé récemment Stéphane Le Foll. Il me dit que Collomb fait un pressing permanent, qu’il casse les pieds à tout le monde”.

Et le maire de Dijon n’hésitera pas à surenchérir à la veille du 9 janvier 2013, jour de l’annonce des résultats, en mentionnant la Cité de la gastronomie comme la “surprise du chef” lors de ses vœux pour la nouvelle année.

Rendez-vous en 2016

Mais manque de chance, les résultats ne sont pas à la hauteur des égos de chaque candidat. Tandis qu’Alain Suguenot, maire de Beaune, dénonçait avec Lyon l’absence de gastronomie pure dans la capitale bourguignonne, son projet n’est finalement pas retenu.

Quant aux autres, on ne peut pas réellement parler de “choix” de la part des ministères de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Culture. Le 9 janvier 2013, après plusieurs semaines de rebondissements politiques, ils optent pour une annonce à l’amiable. Il n’y aura pas une mais DES cités de la gastronomie, sous la forme d’un réseau, partagé entre Tours, Dijon et Paris-Rungis. Beaune est écarté, Lyon n’est pas mentionné – et son maire exulte de rage, annonçant qu’il ne voulait désormais plus voir un seul ministre dans sa ville. Les trois finalistes ont jusqu’à avril pour se mettre d’accord…

Finalement, la conclusion de l’épopée n’est tombée que mercredi 19 juin. Le réseau sera composé de quatre cités, la ville de Lyon étant revenue miraculeusement dans la course – après que son maire a calmé son discours. L’heure n’est plus aux rancunes, y a du pain sur la planche. Le réseau devra être finalisé en mai 2016.

Les commentaires sont clos.

  1. Finalement, la candidature de Dijon n’était pas une blague?
    http://dijon-ecolo.blogspot.fr/2012/08/cite-gastronomie-dijon-blague-mcdo-quick.html
    Bon, il va y avoir certains trucs à revoir dans les rues donc…

    dijon-ecolo le vendredi 21 juin 2013 à 8h05

  2. Très bon article mais, svp,en français on dit après que son maire A calmé son discours….

    isazoozoo le lundi 24 juin 2013 à 10h04

  3. A Dijon, la gastronomie s’affiche dans les rues…
    http://citedelagastro-dijon.com

    dijon-ecolo le vendredi 24 octobre 2014 à 23h19