Gaspillage, une maladie de riches

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Le gaspillage est une caractéristique des pays opulents… En France, on considère que chaque année, les particuliers jettent entre un et deux millions de tonnes de nourriture (comestible). Sans grand état d’âme. Sauf que depuis le 14 juin 2013, quelque chose a changé, la lutte contre le gaspillage a commencé en France. Mais aussi dans les départements comme c’est le cas avec Eco-tidiens 21, et les agglomérations grâce à des initiatives localisées comme celle de (Dijon) qui propose une exposition interactive jusqu’au 31 juillet 2013.

L’objectif ? Réduire de moitié cette malheureuse performance d’ici à 2025. D’autant que ce serait une économie pour chaque ménage. D’après le gouvernement français, chaque personne jette 20 kilos de nourriture par an, ce qui au total, pour une famille de 4 personnes représente en moyenne 400 euros.

De l’argent jeté par les fenêtres, mais surtout des denrées alimentaires qui ont perdu de leur valeur symbolique depuis qu’agriculture rime avec sur-abondance. Celle-ci se traduit de la manière la plus flagrante dans les allées réfrigérées de supermarchés. Apparus à la fin des années 1950 en France, le premier à s’installer sur le territoire dijonnais a choisi le quartier des Grésilles date de 1962, talonné par un second implanté en 1963 rue de Talant.

Depuis, rares sont les familles qui ne parcourent pas des kilomètres chaque semaine sur le carrelage glissant de ces hangars éclairés aux néons, poussant un caddie rempli de boîtes ultra-marketées. Aujourd’hui, alors que ces centres commerciaux sont à leur apogée, ils sont également remis en question sérieusement.

La lutte finale

Photo Jonas Jacquel

Photo Jonas Jacquel

Le self-service induit non seulement une logique de réduction de l’emploi – en diminuant le nombre de commerces de proximité – mais aussi une surconsommation d’emballages ainsi qu’une présentation d’un stock de denrées souvent surestimé – on compte que dans le monde un tiers des produits en rayon ou achetés seront jetés tels quels. Une mauvaise habitude, donc, même si elle n’a jamais été autant répandue, et populaire. Le gouvernement, Guillaume Garot – ministre de l’Agro-industrie – en tête a signé un pacte conjointement avec les enseignes de la grande distribution pour y remédier.

Mais les moyens mis en œuvre sont-ils à la hauteur ? C’est avec une pomme rouge estampillée “Anti-Gaspi” que la France veut faire mouche sur ses concitoyens, misant tout sur une communication très “didactique” avec des slogans du type : “Manger c’est bien, gaspiller ça craint”, “Qui jette un œuf, jette un bœuf” ou encore “J’aime la nourriture, je la respecte”. A noter que le kitsch est à la mode. Le pacte rassemble onze bonnes intentions qui ne convainquent visiblement pas. Si ce ne sont… les enfants. Un message tout adapté pour rentrer des pratiques dans l’esprit des générations qui feront les consommateurs de demain.

“Sans les supermarchés… on ne pourrait pas manger”

Photo Jonas Jacquel

Photo Jonas Jacquel

“Pour les gosses, c’est comme un jeu. Et puis on sait qu’ils seront un bon relais auprès de leurs parents, d’autant que beaucoup d’entre eux tiennent le caddie les jours de courses.” L’association UniCités, animatrice du jour, a séparé un petit groupe d’enfants en deux : les premiers doivent remplir leur panier pour un pic-nic de quatre personnes, les autres pour un week-end entre amis.

Ils déambulent dans les rayons d’un supermarché reconstitué par les soins de Latitude 21 et comparent les prix, les emballages, et les labels. Les filles déclarent avoir l’habitude d’accompagner leurs parents pour acheter de la nourriture, les garçons demandent plutôt des bonbons et des jouets en annexe des courses. Mais tous fréquentent régulièrement les chaînes de la grande distribution… “Bah, sinon on ne mangerait pas…”, explique avec lassitude Chloé, qui lève les yeux au ciel.

Photo Jonas Jacquel

Photo Jonas Jacquel

Sur le parcours, Loïc et Jordan vont droit au but : chips, bananes, petites bouteilles d’eau, oeufs, le pic-nic sera simple, la note n’est pas chère. Pragmatique. Marion, Chloé et Tiffany, choisissent pour le week-end entre amis plusieurs produits ménagers et des produits de qualité tout en étudiant soigneusement prix au kilo et labels verts. Consciencieux. “Nous voulons qu’ils se rendent compte que les produits locaux et de saison sont souvent moins chers et meilleurs que ceux qui ont transité des heures par avion”, explique l’animateur.

L’expérience de l’expo-supermarché nous apprendra aussi que pour une bouteille d’eau achetée, c’est un verre de pétrole consommé, qu’un téléphone portable de 100 grammes produit à lui tout seul 75 kg de déchets lors de sa fabrication, que du raisin hors-saison voyagera en avion – alors que la plupart des enfants présents ne l’ont jamais pris. Un livre de recettes sponsorisé par nos chefs locaux (Septime, Derbord et l’Escargotière) prévoit de “raccommoder les restes”. La plus célèbre d’entre toutes restant le pain-perdu : du pain rassi trempé dans du lait sucré puis dans un bain d’œufs battus avant d’être tranquillement cuits à la poêle sur un peu de beurre.

Zéro déchets, 100% énergie.

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