A Dijon, les surveillants pénitentiaires contre la “surpopulation carcérale”

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Le chiffre, éloquent, est tombé début juin : la France renferme 67 977 détenus dans les murs de ses prisons. Des murs qu’elle ne peut pas pousser, puisqu’il y a seulement 58.000 places disponibles. Il faut donc entasser les 20.000 détenus en trop, fruits de la politique carcérale de la justice française, dans des conditions difficiles autant pour les condamnés que pour les surveillants pénitientaires.

La Bourgogne n’est pas épargnée par la situation. Conséquence directe des conditions d’incarcération ou pas, un détenu s’est suicidé dimanche 16 juin 2013 dans l’après-midi à la maison d’arrêt de Nevers (58). En parallèle, plusieurs surveillants pénitentiaires étaient présents ce mardi 18 juin 2013 devant la maison d’arrêt de Dijon. Suivant un large mouvement national, ils protestent contre la politique nationale en matière pénale.

10m² pour trois détenus

Ils étaient ainsi une vingtaine dès l’aube à camper devant l’historique prison de la rue d’Auxonne, barricadant l’entrée à l’aide de palettes et de pneus. En service, ils n’ont pas le droit de faire grève. Alors c’est sur leur jour de repos qu’ils se sont rassemblés très tôt, afin de tenter un blocage des extractions judiciaires prévues dans la matinée.

La journée d’action nationale étant connue de tous, l’administration avait pris ses dispositions et fait décaler les extractions. Mais qu’importe, la journée d’action est avant tout “symbolique”, “pour envoyer un message sur la politique carcérale “.

C’est Thierry Cordelette, responsable local de l’Ufap – premier syndicat de l’administration pénitentiaire – qui coordonne dans le calme le mouvement. Ce qu’il dénonce avec ses collègues de la politique carcérale nationale, c’est avant tout sa conséquence : la surpopulation dans la prison. “Sur les 150 places de base que comporte la maison d’arrêt de Dijon, on en compte presque le double !”. En effet, la prison de la rue d’Auxonne avoisine les 170% de surpopulation. Les cellules devraient même “tripler” à terme, imposant l’incarcération de trois détenus par cellule de 10m². Un phénomène auquel il faut impérativement “mettre fin”, insiste le surveillant.

Photo Jonas Jacquel

Photo Jonas Jacquel

“On n’est pas gardiens pour être dans des miradors avec des fusils !”

Car la conséquence première de la surpopulation, ce sont les conditions de travail des gardiens. Avec un ratio trop important de détenus par surveillant, la tension augmente. A cela s’ajoutent les récentes dispositions prises par la ministre de la Justice Christiane Taubira dans le plan national de sécurité des prisons, interdisant les fouilles au corps de détenus qui ont des contacts avec l’extérieur.

Alors avec l’évasion spectaculaire du détenu Redoïne Faïd en avril 2013, le sentiment d’insécurité augmente chez les surveillants : “Ce n’est pas que les personnels pénitentiaires n’ont pas peur de faire ce métier-là. C’est un métier dangereux, on le savait en rentrant dans l’administration pénitentiaire. Cela dit, on ne demande pas que la politique carcérale nous mette plus en danger aujourd’hui. On n’est pas rentrés dans cette institution là pour devenir de la chair à canon”, dénonce Thierry Cordelette.

Mais n’est-ce pas paradoxal de souhaiter, en tant que surveillant de prison, qu’il y ait moins de détenus, donc moins de “travail” ? “Malgré le terme usuel, nous ne sommes pas des ‘gardiens’ !”, insiste le responsable syndical. “Nous avons deux missions : la sécurité et la réinsertion carcérale. Nous n’avons pas signé dans le but d’être dans des miradors avec des fusils ! Moins de détenus avec de courtes peines dans les prisons nous permettrait de faire un meilleur travail sur  les longues peines, et essayer de les remettre dehors dans un meilleur état d’esprit que dans lequel ils sont rentrés. C’est ça le but de la prison, de s’amender ! “.

100 € par jour et par détenu

Car c’est bien ce que souhaitent les surveillants de prison présents ce matin devant la maison d’arrêt :  ne plus envoyer systématiquement un condamné en prison. “Un détenu coûte environ 100 € par jour à l’Etat. Quel intérêt de l’envoyer en prison, dans une ‘jungle’ lorsqu’il à seulement trois semaines à faire, alors qu’il y a tant d’alternatives : les travaux d’intérêt généraux, le placement sous contrôle électronique… “, détaille Thierry Cordelette.

Dijon ayant échappé de peu au projet de grande prison de 600 places envisagé en 2011 – que les surveillants locaux qualifient aujourd’hui “d’usine” et “d’école du crime” -, les employés de l’administration pénitentiaire espèrent désormais que leur ministre fera prochianement des annonces pour revoir la politique carcérale, et “qu’on mettra bon nombre de ceux qui sont dans nos murs dehors, sous un autre type de prise en charge”. Et le syndicaliste Ufap de conclure : “Posons-nous enfin la question du sens de la peine, de ce que doit être la prison aujourd’hui”.

Les commentaires sont clos.

  1. Eh bien les courtes peines n’ont rien à faire dans ces prisons moyenageuses, ou dans ces établissements High tech, sans contact humains…Pour etre allée qq fois dans cet établissement rue d’auxonne,j’ai croisé des pauvres, des jeunes, des immigrés,des malades psychique…et les autres les voleurs de grande envergure(les milliards détournés…)ils sont ou? dans les palaces? Décidément depuis le Moyen Age rien n’ à changé…Courage aux gardiens et …aux détenus

    Boisson Yvette le mercredi 19 juin 2013 à 23h14